Au premier tour des élections municipales, les Massicois auront le choix entre trois listes. Deux pour une gauche divisée, et une pour le maire sortant, Vincent Delahaye (UDI). Avec la présence sur cette dernière, d’un ancien candidat indépendant, Dawari Horsfall.

L'hôtel-de-Ville de Massy. (CC/WK/Véronique Pagnier - DR).

L’hôtel-de-Ville de Massy. (CC/WK/Véronique Pagnier – DR).

Il laissait encore planer le doute sur sa candidature en avril dernier, Dawari Horsfall, candidat indépendant aux dernières municipales, ne fera pas cavalier seul cette fois. L’ancienne tête de liste de Massy Plus Juste rejoint celle du maire sortant, Vincent Delahaye, membre du Parti Radical et président de l’UDI 91. Dès 2008, les deux hommes avaient entamé une discussion mais n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord. C’est chose faite pour cette campagne 2014. A l’initiative du maire, ils se sont rencontrés en juillet dernier, « avec l’idée de travailler ensemble », raconte Dawari Horsfall. Le Massicois estime que le maire de la ville a réalisé durant ce dernier mandat les idées fortes soutenues par la liste qu’il défendait. « 75% de ce que nous avions proposé en 2008 a été mis en place par Vincent Delahaye. Pour cette campagne 2014, nous avons participé à l’élaboration du programme politique. Nos propositions ont été mises sur la table du maire », explique l’ancien candidat indépendant. Parmi les huit membres de Massy Plus Juste présents sur la liste, « il y aura des adjoints, c’est une certitude ».

Celui qui a grandi dans le quartier de Massy-Opéra – et y vit encore – a longtemps affirmé ne pas vouloir se situer sur l’échiquier politique. Pour autant, son engagement auprès de l’équipe de Vincent Delahaye, et de sa liste Rassemblés pour Massy, ne lui semble pas contradictoire : « Construire une route ou ouvrir une crèche, ce n’est ni de droite ni de gauche. Au niveau local, les dogmes ne doivent pas être présents ». Dawari Horsfall avait récolté 9,1% des suffrages en 2008. L’ancien candidat qui qualifie son orientation politique de « très très à gauche » apprécie que le maire, qui se définit lui de « tendance centre-droit », soit « très ouvert ». Pour le maire UDI, un tel soutien « permet de prôner la diversité, de travailler avec des sensibilités différentes ». Engagé dans le milieu associatif depuis plus de douze ans, Dawari Horsfall bénéficie d’un réseau et d’une popularité non négligeables pour Vincent Delahaye qui brigue cette année son quatrième mandat.

Un mandat de plus, qui fait grincer les dents de l’opposition, après plus de 19 ans au pouvoir. La candidate du Parti Socialiste, Hella Kribi-Romdhane, pointe « une gestion quasi-monarchique » de Vincent Delahaye depuis son accession à la mairie, en 1995. A la fois maire de la ville et sénateur de l’Essonne, Vincent Delahaye cumule et il s’attire les foudres de l’opposition. Alors que la loi du non-cumul des mandats a été validée par le Conseil constitutionnel jeudi 20 février dernier, et sera effective en 2017, Hella Kribi-Romdhane appelle le maire à se positionner. « Je souhaite que Vincent Delahaye dise dès à présent s’il devait choisir entre ces deux mandats lequel il conserverait, et qui serait le maire s’il quittait son poste ».

Une opposition, deux listes

Face au maire sortant, deux listes se disputent l’alternative politique. Olivier Fidon, tête de liste du Front National, a finalement dû renoncer. Le candidat « avait du mal à jongler avec son travail et l’investissement dans la campagne », déclare Audrey Guibert, secrétaire départementale du Front National de l’Essonne.

La division locale entre les deux listes de gauche (Front de Gauche et Parti Socialiste) est à l’image des dissensions nationales entre les deux partis. « Une liste sous Hella Kribi-Romdhane n’est pas envisageable. Mais elle peut très bien nous rejoindre sur la nôtre », lance, sans trop y croire, Josiane Laurent-Prévost, issue du Parti de Gauche et tête de liste de Massy, Place au peuple. « Nous sommes les seuls de gauche aujourd’hui. Nous nous mettons en rupture avec l’austérité », revendique la candidate.

Pour le Front de Gauche, les enjeux nationaux ne doivent pas être oubliés. « Le PS joue la carte du local, mais on ne peut pas nier que le national compte », s’agace Josiane Laurent-Prévost. Compte tenu du discrédit actuel des politiques à l’échelle nationale, les candidats ont tout intérêt à faire valoir leurs origines et leurs attaches locales. Parmi les documents de campagne Un Nouveau Souffle pour Massy, de Hella Kribi-Romdhane, aucun n’affiche le logo du Parti Socialiste. « On va le mettre, répond la candidate sur la défensive. Je ne suis pas comptable de l’action du gouvernement, je suis comptable de l’action que je mène à l’échelle locale ». Élue conseillère régionale en 2010, cette trentenaire a formé sa liste dans « une dynamique de rassemblement ». Elle bénéficie du soutien d’EELV et du Parti communiste.

Pour d’autres, la présence de certains colistiers sur cette liste suscite l’incompréhension. Aux dernières législatives, Colette Jan (PCF) souriait avec Philippe Juraver sur les affiches du Front de Gauche. Aujourd’hui, la communiste figure aux côtés de la candidate PS, Hella Kribi-Romdhane. Mais Josiane Laurent-Prévost ne souhaite pas « créer la division » et regrette avant tout que cette alliance « fasse le jeu de Vincent Delahaye », car « les gens se sentent trahis ».

Cette année encore, la division de la gauche massicoise pourrait bien favoriser le maire sortant, bien implanté. Malgré cela, Hella Kribi-Romdhane y croit. « Je pense qu’on va gagner, il le faut. Il y a une usure, après près de 20 ans, les gens veulent que ça change ».