Les sondages indiquent que la question des élections au Québec n’est pas de savoir qui va gagner, mais qui va arriver en deuxième position.

MONTRÉAL – Alors que le parti Coalition Avenir Québec domine les sondages au début de la campagne électorale provinciale, la question la plus pressante de la course n’est peut-être pas de savoir qui va gagner, mais qui va arriver en deuxième position.

Et à cinq semaines du vote des Québécois, le 3 octobre, les experts affirment qu’un adversaire clair du chef de la CAQ, François Legault, n’a pas encore émergé.

Bien que le parti de M. Legault soit clairement en tête dans les sondages – avec un soutien plus de deux fois supérieur à celui de son plus proche adversaire – la bataille pour la deuxième place est beaucoup plus serrée. Au début de la campagne dimanche, quatre partis obtenaient entre 10 et 20 % des voix, dont le Parti libéral du Québec, Québec solidaire, le Parti conservateur du Québec et le Parti Québécois.

« C’est vraiment une bataille pour sortir de ce campement par quatre partis qui sont dans une position complètement marginale », a déclaré André Lamoureux, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal.

Les quatre partis d’opposition, a dit M. Lamoureux dans une entrevue lundi, font face à des défis qui rendront difficile leur percée.

Le gouvernement de la CAQ a pris des mesures au cours des quatre dernières années qui ont satisfait sa base nationaliste francophone, a dit M. Lamoureux. Il s’agit notamment de lois linguistiques plus sévères, d’une loi sur la laïcité qui limite les symboles religieux dans certaines branches de la fonction publique et de demandes d’Ottawa pour un meilleur contrôle de l’immigration.

Le résultat, selon M. Lamoureux, est qu’ils ont « coupé l’herbe sous le pied » du PQ, autrefois dominant, qui se trouve maintenant en cinquième position dans la plupart des sondages.

Le Parti libéral du Québec, bien qu’il arrive en deuxième position dans la plupart des sondages, a largement perdu le vote francophone – ce que Lamoureux attribue à la décision du parti de « se couper de la nation (québécoise) » en raison de son opposition aux lois sur la langue et la laïcité de la CAQ.

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Le Parti conservateur du Québec, qui n’était pas un facteur dans l’élection de 2018, a gagné en popularité dans la région de Québec, mais pourrait être limité par ce que Lamoureux décrit comme des promesses  » presque libertaires  » de démanteler le système public de garderies du Québec, de privatiser de plus en plus les soins de santé et de s’opposer à toutes les restrictions COVID-19.

Danielle Pilette, professeure agrégée en stratégie, responsabilité sociale et environnement à l’Université du Québec à Montréal, affirme que la course à l’opposition officielle se fera entre le Parti libéral du Québec et Québec solidaire, un parti souverainiste de gauche.

Pour se démarquer, un parti doit aborder de façon convaincante les questions liées au coût de la vie, a-t-elle déclaré dans une entrevue lundi.

« Les propositions qui seront les plus examinées sont celles qui proposent des rattrapages fiscaux pour les classes les moins favorisées, puis des rattrapages ou des compensations par rapport au coût du logement et au coût des transports », a-t-elle dit.

Ces questions, a ajouté Mme Pilette, surtout celles qui ont trait au logement, sont des questions auxquelles Québec solidaire est bien préparé à répondre. Elle a ajouté que le parti pourrait avoir de la place pour se développer dans les quartiers ouvriers de Montréal et d’autres centres urbains, dont certains ont récemment élu des maires progressistes.

Elle a déclaré que les choses seront difficiles pour le chef libéral Dominique Anglade, qui doit faire face à un défi de la part de petits partis pro-anglophones à Montréal, ajoutant que le chef doit également lutter contre l’héritage des gouvernements libéraux précédents qui ont été marqués par des scandales d’éthique et des politiques impopulaires. Cependant, a-t-elle dit, le parti – autre que QS – est le seul autre candidat de l’opposition  » par défaut « , car les autres n’ont pas une base assez large.

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Éric Bélanger, professeur de sciences politiques à l’Université McGill, affirme que les questions d’identité – notamment la protection de la langue française – et l’environnement sont les sujets qui permettront à un challenger d’attirer l’attention.

Comme M. Pilette, il affirme que Québec solidaire est fort sur ces questions et représente également l’alternative la plus claire au parti de centre-droit de M. Legault, bien qu’il note que la base du parti est composée de jeunes – un groupe démographique qui ne vote pas toujours.

Les résultats le jour de l’élection pourraient être plus serrés que ne l’indiquent les sondages, selon M. Bélanger. Le système uninominal majoritaire à un tour du Québec a tendance à introduire une « disproportionnalité » qui est exacerbée dans les circonscriptions à trois ou quatre voies, a-t-il ajouté.

Bien qu’il s’attende à ce que le parti de M. Legault l’emporte, il affirme que la majorité de la CAQ pourrait être plus faible que ne le suggèrent les sondages. Certains électeurs opposés à M. Legault pourraient décider de voter de façon stratégique et d’appuyer le chef qui, selon eux, est le mieux placé pour le défier, a-t-il ajouté.

Lamoureux, pour sa part, affirme que Québec solidaire a un plafond d’environ 15 pour cent des votes en raison de ses politiques de gauche  » communautaristes et très racialistes « , comme son insistance sur l’existence d’un racisme systémique – un concept dont la CAQ nie l’existence au Québec.

Selon lui, le Québec pourrait se diriger vers un résultat électoral que la province n’a pas connu depuis plus de 100 ans : aucun parti d’opposition ne recueille plus de 20 % des voix. L’opposition, ajoute M. Lamoureux, devra espérer des performances solides lors des débats des chefs pour avoir un espoir de faire bouger les choses.

Ce reportage de La EssonneInfo a été publié pour la première fois le 30 août 2022.

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