Voici pourquoi Pierre Poilievre suivra la campagne des élections provinciales au Québec

MONTRÉAL – Cela fait plus de dix ans que les électeurs québécois n’ont pas confié à un parti un second mandat de gouvernement. Au cours de cette période, le Parti Québécois, les Libéraux et la Coalition Avenir Québec ont tous eu un tour à la barre.

Le 3 octobre, le premier ministre François Legault espère briser cette tendance. Alors que la campagne est officiellement lancée depuis ce week-end, voici cinq points de vue préliminaires sur l’état du jeu au Québec :

1. Tous les sondages suggèrent que l’élection est à perdre pour Legault. Avec une opposition divisée en quatre, il pourrait obtenir une énorme majorité. Mais si le passé électoral récent au Québec est une indication, la CAQ serait sage de ne pas compter ses poulets avant qu’ils n’éclosent.

Ni la vague du NPD en 2011, ni la première place de Justin Trudeau dans sa province natale quatre ans plus tard, ni la résurrection subséquente du Bloc québécois en 2019 n’étaient sur le radar le jour où ces trois élections fédérales ont été déclenchées. Et en 2018, Legault est parti de l’arrière en route vers sa victoire majoritaire.

2. Pendant la majeure partie de son existence, le parti conservateur québécois a montré peu de signes de vie réelle. Mais cela a changé après que l’animateur de radio Éric Duhaime soit devenu son chef l’année dernière. Surfant sur la vague du mécontentement populaire à l’égard des restrictions COVID-19, il a porté le soutien de son parti à un niveau compétitif.

Avec des intentions de vote de 10 à 15 pour cent pour les conservateurs depuis le printemps, leur parti pourrait être le joker de la campagne québécoise, d’autant plus que son vote est fortement concentré dans le territoire de la CAQ.

Ancien stratège de l’Alliance canadienne et du Parti conservateur fédéral, M. Duhaime est proche du candidat à la direction du PCC, Pierre Poilievre. Les deux partagent la même image de marque libertaire. Sur cette base, la campagne provinciale pourrait servir de test pour l’attrait d’un parti fédéral dirigé par Poilievre au Québec.

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3. Le mois prochain, cela fera un an que M. Legault a appelé les Québécois à battre les libéraux de M. Trudeau lors des élections fédérales de l’été dernier. Bien qu’elle soit généralement civile, la relation entre les deux gouvernements est loin d’être cordiale.

Contrairement à la période précédant les élections ontariennes du printemps dernier, la précampagne québécoise n’a pas été marquée par le genre d’annonces conjointes et chaleureuses qui ont amené le premier ministre Doug Ford et le premier ministre à partager plusieurs scènes.

Il est hors de question pour Trudeau d’intervenir directement dans les élections provinciales. S’il le faisait, cela se retournerait contre lui. Legault lui-même s’est avéré avoir surjoué sa main quand il a essayé d’instruire les Québécois sur la façon de voter au niveau fédéral.

Mais il reste à voir si le premier ministre et son caucus québécois feront la sourde oreille si, comme beaucoup s’y attendent, le dénigrement d’Ottawa devient un élément essentiel de la campagne de la CAQ.

4. Au Québec, comme en Ontario au printemps dernier, les cousins provinciaux de Trudeau sont en difficulté. Sous la direction de la dernière chef du parti, Dominique Anglade, les libéraux du Québec ont perdu un terrain critique au Québec francophone tout en perdant du soutien parmi les électeurs anglophones et allophones. Deux partis naissants sont prêts à concurrencer les libéraux pour obtenir les votes de ceux qui sont en colère contre les politiques linguistiques et sécuritaires de M. Legault.

Au début du mois d’août, un sondage Léger évaluait le soutien des libéraux à 18 pour cent, soit 26 points derrière la CAQ, qui est en tête. En Ontario, l’image de marque des libéraux provinciaux a connu un déclin marqué au cours des deux dernières élections. Les libéraux du Québec pourraient également être relégués à une relative obscurité à l’Assemblée nationale après le 3 octobre.

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5. Depuis qu’il a perdu le pouvoir il y a huit ans, le Parti Québécois, autrefois puissant, est devenu l’ombre de lui-même. Dans cette campagne, il n’est pas plus un prétendant au gouvernement que le tout jeune parti conservateur.

En effet, selon certaines projections, le parti qui a été le fer de lance de l’indépendance de la province serait réduit à un ou deux sièges à l’Assemblée nationale.

Avec son parti frère menacé d’extinction, le Bloc Québécois est prêt à être plus actif dans la prochaine campagne provinciale qu’il ne l’a jamais été dans son histoire.

Une note finale : Avec le débat sur l’avenir politique du Québec en veilleuse, les principaux champions provinciaux des camps fédéraliste et souverainiste tournent à vide.

Le PQ et les libéraux québécois ont perdu leur place centrale dans l’univers politique de la province, laissant la place à de nouveaux acteurs tels que la CAQ, mais aussi le parti de gauche Québec Solidaire et les conservateurs de Duhaime.

Cette campagne pourrait ouvrir la voie à une nouvelle redistribution des cartes dans la province, notamment du côté de l’opposition à l’Assemblée nationale.

Mais cela ne signifie pas que le Québec en a fini avec la polarisation.

À l’époque où le PQ s’efforçait d’atteindre la souveraineté, il s’efforçait, du moins du bout des lèvres, d’aller au-delà du Québec francophone. Et le parti libéral provincial offrait aux électeurs une grande tente au sein de laquelle cohabitaient allophones, anglophones et francophones fédéralistes.

Au cours des dernières années, les ponts entre la majorité francophone et les minorités de la province se sont amenuisés.

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