En mars prochain, le maire de Verrières-le-Buisson ne s’appellera pas Bernard Mantienne. Mais son remplaçant Thomas Joly a de grandes chances de garder la ville à droite.

Verrières-le-Buisson a été dirigée par le même homme pendant 30 ans. Au bout de la cinquième année de son cinquième mandat, Bernard Mantienne a préféré laisser la place, reprise par son premier adjoint Thomas Joly. En poste depuis janvier 2013, ce dernier a ainsi eu un an pour faire ses preuves, prendre la suite du maire historique et se préparer pour les municipales. « Les Verrièrois ne m’ont pas choisi, reconnaît-il. Je suis arrivé en court de route avec peu de temps avant les élections pour prendre des initiatives et communiquer avec les habitants. »

Pourtant, le représentant UPE (Union pour l’Essonne, élus indépendants divers droite) au département sera pour la première fois à la tête d’une liste pour les municipales, où il doit défendre son court bilan et celui de la majorité depuis 2008. Entre nouveauté et continuité, il défend « une même ligne politique mais des méthodes différentes notamment en interne. J’ai recadré notre travail sur des thématiques : la question du haut-débit, la sécurité, la circulation douce… » Il assure aussi vouloir plus de démocratie participative, avec un récent questionnaire auprès de la population sur les rythmes scolaires, auquel auraient répondu 900 personnes.

Quelles ambitions à gauche ?

La relative inexpérience de Thomas Joly peut-elle alors remettre en cause sa place à l’hôtel de ville ? À gauche, le Parti Socialiste compte également sur la nouveauté. Baptiste Fournier, 28 ans, sera pour la première fois à la tête de la liste PS pour les municipales. Successeur d’un Pierre Guyard parti tenter sa chance à Savigny-sur-Orge, il mise sur sa connaissance du territoire : « J’habite à Verrières depuis mes trois ans, c’est naturel que je me présente ici. Je n’ai pas envie d’aller faire de la politique ailleurs. »

Pour Baptiste Fournier, la prise de fonction de Thomas Joly n’apporte rien de différent : « Il y a une continuité totale entre Mantienne et Joly. l’équipe reste la même, avec un maire qui décide de tout. On manque de démocratie locale. Nous devons donner une nouvelle dynamique à une ville implantée en Île-de-France, à la limite de l’Essonne et des Hauts-de-Seine. Il y a une qualité de vie exceptionnelle ici, avec tous les potentiels réunis pour être la ville de demain, mais elle n’est pas entretenue. »

La liste Réussir Verrières 2014 rassemble les représentants socialistes et d’EELV et des personnes du monde associatif. On retrouve ainsi Vincent Hulin, membre du bureau exécutif départemental des Verts, en cinquième position sur la liste. Le candidat socialiste a également fait un appel du pied au PC et au Parti de Gauche pour qu’ils rejoignent sa candidature. « On est dans l’opposition ensemble, nous sommes en accord avec le Front de Gauche sur tout ce qui est voté à l’échelle locale. » Mais pour l’instant pas de réponse de leur part.

Un ancien directeur de campagne face au maire ?

Un concurrent inattendu pourrait également participer au scrutin, à savoir Fabrice Baron, ancien colistier de Bernard Mantienne et conseiller municipal jusqu’en novembre dernier. La raison de son opposition à Thomas Joly ne se veut pas idéologique mais concernant le manque de modernité dans la gestion de la ville. « J’ai toujours suivi Mantienne, j’ai beaucoup de respect pour lui. S’il avait été candidat, je l’aurais soutenu. Mais on a changé de maire, et certaines méthodes qui fonctionnaient avant ne sont plus adaptées maintenant. Avec Joly, je m’attendais à un tournant plus démocratique, plus à l’écoute du fait qu’il soit plus jeune. Aujourd’hui, je constate qu’on a de très bonnes équipes de campagne mais pas de bonnes équipes de gestion. »

Cette liste indépendante « Réveillons Verrières », le maire sortant la juge « étonnante, d’autant plus qu’il a dirigé ma campagne quand j’ai voulu prendre la place de Bernard Mantienne. J’ai eu l’unanimité à l’investiture UDI en partie grâce à lui. C’est quelqu’un que j’estime, que j’ai même défendu parfois devant l’ancien maire. Je ne vois pas ce qui lui pose problème. »

Reste à savoir si Fabrice Baron jouera les trouble-fête jusqu’au 23 mars. « J’espère que la liste ira jusqu’au bout de la campagne. Il me faut constituer une équipe de professionnels, des gens capables de gérer un budget, les dossiers de la ville, et c’est très compliqué. Je pense que certains acteurs locaux ont peur de s’engager, par peur de perdre le soutien de la municipalité actuelle. »

Le candidat annonce qu’il prendra une décision définitive sur sa participation au scrutin d’ici fin décembre « afin de ne pas mobiliser des gens pendant des mois pour rien. Si ma liste ne se fait pas, je ne me présenterai sur aucune liste. Je ne veux pas un poste, je défends avant tout des idées ».

Deux ou trois listes, peut-être un seul tour

Les adversaires de l’édile ne sont donc pas nombreux. Pas de candidat Front National annoncé pour le moment « même si rien n’est figé, explique la secrétaire départementale Audrey Guibert. Verrières et Wissous sont dans la même agglomération, et nous comptons présenter une liste dans une de ces deux villes. Le choix sera officialisé lors de notre prochaine conférence de presse en janvier. » Wissous part néanmoins favori, compte-tenu des derniers résultats électoraux du FN sur place.

Thomas Joly part donc favori de se scrutin, soutenu par l’UDI, l’UMP et le Modem. L’ancien adjoint compte s’entourer d’une équipe renouvelée, avec des étiquettes politiques variées. « J’ai même tendu la main à Vincent Hulin d’EELV pour nous rejoindre, en lui promettant un poste d’adjoint, et une place intéressante pour une colistière, mais ça ne s’est pas fait. »

Le challenge du maire sortant est désormais de se faire bien identifié par les Verrièrois. « Bernard Mantienne a tellement imprimé sa marque sur la ville depuis 30 ans, je dois encore me faire connaître. Je reçois encore du courrier à son nom. » Son programme ne sera communiqué que début 2014, mais on voit difficilement le conseiller général UPE être en difficulté dans une ville ancrée à droite depuis 30 ans, et pourquoi pas élu dès le premier tour comme son prédécesseur. Thomas Joly n’a plus qu’à se faire un nom.