Ce jeudi soir a lieu la réunion d’ouverture du Débat public concernant la construction du Grand stade de la FFR, sur le site de l’ancien hippodrome de Ris-Orangis. Etat des lieux d’un projet d’envergure pour le département, et des questions qu’il soulève, avec le président de la Commission particulière du Débat public Jacques Archimbaud.

Plus que quelques mois avant la décision définitive. C’est à l’issue du débat public et de la validation du cahier des charges complet que sera lancée la construction du prochain stade de la Fédération française de rugby (FFR) de 82 000 places, à Evry Ris-Orangis. Un pas important vers la réalisation de cet équipement a été effectué en juin dernier. L’agglomération d’Evry s’est portée acquéreuse des terrains de l’ancien hippodrome auprès de France-Galop pour 13,5 millions d’euros. Une manière de formaliser les engagements financiers pris par les collectivités dans ce projet mené par les instances du rugby français.

Le débat public, ouvert le 7 novembre et qui se termine le 21 février prochain, marque une autre étape essentielle dans la suite du calendrier. Il s’agit du moment où le projet est véritablement mis sur la place publique. Particuliers, entreprises, collectivités et associations ont l’occasion de s’exprimer sur l’un ou plusieurs aspects du projet, sous la forme de questions qui amèneront des réponses de la part de la maîtrise d’ouvrage, ou de contributions au débat. « Tous les avis seront pris en compte, lors des réunions, par courrier, sur le site ou par cahiers d’acteurs » explique Jacques Archimbaud, dont l’équipe se chargera d’analyser, regrouper et transmettre les points de vue. Selon le président de la Commission particulière du Débat public (CPDP), c’est là l’intérêt de la procédure : « en tant qu’institution, nous n’avons aucune position de départ sur le projet » , il s’agit pour la CPDP de « donner le relief » des avis exprimés.

« Faire en sorte que toutes les informations soient mises à disposition du public »

Car après le dévoilement de l’architecture de l’enceinte (lire notre article), et la définition d’un projet d’ensemble en lien avec les collectivités essonniennes, il est temps pour la FFR de convaincre aussi bien l’Etat, que les habitants de la région, le public du rugby, ou encore les partenaires financiers de l’utilité et de la viabilité de ce nouveau stade. La Fédération, mais aussi le département, l’agglomération d’Evry et les communes de Bondoufle et Ris-Orangis s’engagent en tant que maîtres d’ouvrage à rendre publiques toutes les études relatives au projet. Le rôle de la CPDP consiste à diffuser ces éléments, et « faire en sorte que toutes les informations soient mises à disposition du public » indique Jacques Archimbaud. « Le débat public permettra d’éclaircir certains points » assure pour sa part Stéphane Raffalli, le maire de Ris-Orangis très impliqué sur le projet.

Parmi les questionnements déjà soumis à travers la presse et certains élus franciliens, celui des conséquences pour l’organisation des grands équipements dans la région capitale, en premier lieu desquels le Stade de France. Un débat aura ainsi lieu à Saint-Denis le 5 décembre sur « les effets d’un stade comme celui-là » résume le président de la CPDP, « afin d’étudier les concurrences comme les complémentarités » des deux équipements. Géré par un consortium déjà déficitaire, il perdrait l’accueil des matchs de rugby au profit de Ris-Orangis, au risque de creuser son déficit. « L’Etat serait alors amené à augmenter sa contribution » analyse Didier Brisebourg, membre d’Attac Centre Essonne et participant de l’atelier introductif du Débat public.

La venue d’un tel équipement pose surtout la question des nombreux impacts pour le territoire essonnien, en premier lieu desquels les conséquences financières. Outre l’engagement du département pour sa compétence voirie, dans la réalisation de 45 millions d’euros d’aménagements routiers, le Conseil général se porte garant de l’emprunt de la FFR à hauteur de 450 M€, sachant que l’ensemble est estimé à 600 M€. Didier Brisebrourg dit ainsi craindre « que le contribuable soit mis à contribution » si le stade n’est pas rentable. Dans son business plan qui doit servir à convaincre les banques d’émettre les prêts, la FFR se donne 20 ans pour rembourser ses dettes, à raison d’un chiffre d’affaires attendu du stade de 109 millions d’euros par an. Les recettes annoncées proviennent en grande partie de la billeterie grand public des matchs (17 M€), des places « VIP » (37 M€), de la location des loges (28 M€), ou encore des partenariats et panneaux publicitaires vendus (13,5 M€). Elle souscrira au préalable un emprunt obligataire pour investir 200 millions d’euros en fonds propres (lire notre article).

« C’est très différent d’un partenariat public-privé »

Pour Frédéric Bolotny, économiste du sport, invité lors de la rentrée économique de la CCI, il faudra chaque année « 17 à 18 événements pour être rentable » selon les projections, et insiste-t-il, sans compter « les aléas de fréquentation » . Outre les 5 ou 6 matchs joués par les Bleus, le Grand stade devrait accueillir les demi-finales et la finale du Top 14. Restera 8 ou 9 autres événements à organiser dans l’enceinte. Pierre Camou, le président de la FFR, imagine « du sport comme le tennis ou le volley, mais aussi des salons, des foires et concerts » . Chez les porteurs du projet, on se veut rassurant quant à la rentabilité à venir, et aux risques encourus par les collectivités : « c’est très différent d’un partenariat public-privé » assure Stéphane Raffalli, qui prévoit après les investissements en voirie et aménagements, « des rentrées fiscales à long terme qui compenseront les dépenses d’aujourd’hui » .

L’horizon de l’ouverture du Grand stade en 2018 marquerait en fait une étape vers la construction d’un nouveau quartier à côté de l’équipement. Pour le maire de Ris-Orangis, il faut aller plus loin autour du projet : « à côté du stade, nous souhaitons que les acteurs de l’économie se rejoignent au sein d’une projet de territoire, un cluster » . Il s’agit ni plus ni moins que de « repenser le développement de nos villes » à travers le Grand stade affirme l’élu du centre Essonne. Jacques Archimbaud invite d’ailleurs chacun à se saisir de ce débat. « Comment ce projet s’insèrera dans une dynamique urbaine de territoire? Quels usages voudra en faire la population? Il s’agit de mesurer l’ensemble des impacts, pour la future métropole, sur les transports, le prix de l’immobilier local ou encore pour la nature » détaille le président de la Commission particulière.

Mais il sait qu’il marche sur des oeufs, concernant un projet qui suscite beaucoup d’attente de la part des acteurs locaux et des instances du rugby. Pour preuve la mise en retrait du précédent président de la CPDP, Jean-Luc Mathieu, après des déclarations dans le quotidien L’Equipe le 8 octobre dernier, dans lequel il évoquait une certaine « omerta » sur ce Grand stade à l’échelle locale : « il est difficile, au vu de la conjoncture économique, de questionner un projet censé générer des emplois » admettait-il. Reste pour la suite à découvrir la teneur des débats, pour le premier des huit prévus, ce jeudi soir au centre Desnos de Ris-Orangis.

  • 1ère réunion publique de la CPDB à Ris-Orangis, également retransmise sur son site
  • Jeudi 28 novembre à 20h au Centre culturel Robert Desnos

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Article réalisé avec Manuel Perreux