Lors d’une conférence de presse la semaine dernière, François Bayrou et Jean-Louis Borloo ont fondé leur nouvelle alliance, l’Alternative. Les présidents des deux grands mouvements centristes, le MoDem et l’UDI, officialisent donc le rapprochement qui s’opère depuis quelques mois. Basé sur un « partenariat naturel avec la droite », cela pourrait avoir aussi des conséquences dans l’Essonne.

« Quelle belle assistance ! Quel honneur de retrouver des amis communs ! » lance Jean-Louis Borloo lors de la conférence commune avec François Bayrou. La charte présentée indique ainsi : « Nous nous présenterons ensemble à toutes les élections nationales, régionales et européennes. » Le ton est donné, le rapprochement qui n’était qu’une rumeur il y a quelques mois est bien là. Le positionnement est simple : se placer dans l’opposition, tout en proposant une alternative à la montée du Front National dans les sondages. Bayrou précise que « si la situation n’avait pas été aussi grave, nous n’aurions pas fait cet effort ». Les deux hommes souhaitent ainsi s’engager ensemble pour protéger le pays de « toute tentative ou de toute dérive en direction des extrêmes ».

Même si le président du Mouvement Démocrate insiste pour ne pas catégoriser cette alliance au centre droit, cela apparaît assez clairement. La charte de l’Alternative insiste pour se placer dans l’opposition : « l’alliance avec le PS et les appareils de la coalition au pouvoir est impossible ». Il est par ailleurs indiqué que « la droite républicaine est naturellement » leur « partenaire politique ». La charte indique néanmoins que la France a besoin d’une « large majorité réformiste, allant non seulement de la droite républicaine au centre mais jusqu’aux sensibilités écologistes et sociales-démocrates ».

D’un point de vue organisationnel, cela prendra la forme d’une réelle coopération, et non d’une fusion. Les deux partis se présenteront ensemble à toutes les élections nationales, régionales et européennes, dans la mesure du possible. Le candidat du centre pour l’élection présidentielle pour 2017 sera « désigné en commun par une procédure démocratique ».

Et l’Essonne dans tout ça ?

Contacté par Essonne Info, le sénateur-maire de Massy, Vincent Delahaye explique que le MoDem et l’UDI avaient « des valeurs et des idées pas très éloignées », et dans une société qui a «  trop tendance à diviser, tout ce qui peut rassembler est une bonne chose ». Le président de l’UDI 91 a également précisé qu’un rapprochement entre le Parti Socialiste et l’Alternative au niveau local, en Essonne, n’était « pas du tout dans le type d’alliance prévu aujourd’hui ». Il caractérise l’Alternative comme représentative d’une « certaine variété de centre », ce qui en fait selon lui sa richesse. Vincent Delahaye juge également que beaucoup de gens se retrouvent entre l’UMP et le PS, l’objectif est donc de leur proposer une alternative, d’où l’alliance entre les partis de Jean-Louis Borloo et François Bayrou.

Serge Gaubier, président du Mouvement Démocrate de l’Essonne, estime que l’Alternative ne fait pas passer le MoDem au centre-droit, prônant « un centre fort, indépendant en mesure de faire des alliances ». L’unique objectif doit être de « donner au centre la dimension nécessaire pour incarner une réelle force politique » exprime-t-il. D’autant plus que le MoDem s’alliera avec plusieurs listes de gauche lors ds prochaines municipales (lire notre article)

Selon le site internet du Monde, les alliances locales, et donc également en Essonne, entre le Parti Socialiste et le MoDem seront régulées. Les militants étant déjà dans des listes PS ne seront pas sanctionnés, mais pas soutenus par le parti. C’est par exemple le cas à Orsay, où la liste majoritaire est composée d’élus du parti de François Bayrou, aux côtés d’élus PS. Les nouvelles alliances de ce type provoqueront par ailleurs l’exclusion immédiate du parti.

Des réactions mitigées chez les militants du Modem en Essonne

Cette annonce a provoqué de nombreuses réactions, et notamment au sein des adhérents du Mouvement Démocrate. Les opinions des militants varient beaucoup sur ce sujet.

Ivan Digon-Exocet, étudiant et vice-président des Jeunes Démocrates de l’Essonne, soutien très clairement cette initiative. Selon lui, le centre est « morcelé depuis onze ans », l’Alternative représente la « meilleure solution pour valoriser les deux partis centristes ». La montée des extrêmes lui fait peur, et cette alliance pourrait «  être un bon moyen pour la contrer ». Il voit « une alliance dans l’opposition constructive », restant dans « l’état d’esprit initial du parti ». Il nous explique également que le MoDem, sans cette alliance, aurait « continué à avoir aussi peu d’audience » et serait demeuré « un parti d’idées » plutôt qu’un parti d’élus. « Sans alliance, le Mouvement Démocrate se serait maintenu dans une sorte d’indifférence générale de la part du peuple » lâche-t-il.

Martine Debiesse, conseillère municipale à Gif-sur-Yvette et adhérente MoDem depuis sa création en 2007, n’est pas du tout de cet avis. Elle précise également que « l’état d’esprit indépendant du Mouvement Démocrate est profondément remis en cause », puisque selon la charte présentée ce mardi, l’alliance ne peut être qu’à droite. Celle-ci stipule en effet que : « L’alliance avec le PS et les appareils de la coalition au pouvoir est impossible. En ce qu’elle respecte les valeurs humanistes, la droite républicaine est naturellement notre partenaire politique ». Selon elle, il aurait fallu demander aux militants de s’exprimer individuellement sur la question avant d’annoncer une telle alliance, ce qui n’a pas été fait. Elle en « attendait personnellement plus d’un parti dont le nom est démocrate ». David Saussol, maire-adjoint à Orsay et adhérent MoDem depuis l’origine lui aussi, partage tout à fait cette analyse de la situation.

Aucune statistique générale n’est encore sortie à ce sujet, mais le président du Modem 91 a demandé l’avis aux adhérents par courrier. Attendons donc de voir ce qu’en pensent les militants, et surtout les résultats de l’Alternative.