Les syndicats enseignants du premier et second degré ont fait le bilan du premier mois de cette année scolaire. Les inquiétudes demeurent sur la question des effectifs profs/élèves et l’application des nouveaux rythmes.

Ça devait être une rentrée sous le signe du changement, le résultat ne leur a pas trop plu. Les organisations SNES et SNUipp, membres de la FSU91 (Fédération syndicale unitaire) ont présenté ce jeudi leur analyse de cette rentrée. Premier constat, eux qui attendaient une meilleure répartition du ratio entre personnel enseignant et élèves sont déçus.

« Dans le premier degré, les enseignants ne voient pas d’amélioration cette année, juge Emmanuel Cariban, coordinateur départemental du syndicat SNUipp 91. Les 123 postes créés ont été absorbés par la hausse démographique, qui n’a pas été anticipée. L’académie projetait 1 894 élèves en plus en juin, il y en a au moins 2 900 actuellement. On a des classes surchargées, avec des maternelles à 30, 31 élèves. »

Situation similaire dans les collèges et lycées, avec l’arrivée des enfants du baby-boom du début des années 2000, et des élèves de 3ème de plus en plus nombreux à s’inscrire en Seconde. « On a des groupes de 6ème à 29 élèves, de 3ème à 30, de 35 dans les lycées… , énumère Sophie Vénétitay, co-secrétaire du syndicat Snes.Ça remet même en cause la sécurité des jeunes : au lycée Brassens à Courcouronnes, certains groupes sont trop nombreux pour les normes de sécurité des cours de physique-chimie. Pour compenser ces effectifs trop lourds, on a eu des ouvertures de classes tardives, qui ont chamboulé la répartition des enseignants sur les classes : au lycée Rosa Parks de Montgeron, la 24ème classe de Seconde a eu trois profs de maths depuis un mois. »

Des questions sont posées également autour de la vie scolaire, avec la suppression de 42 postes de surveillants dans l’Essonne pour cette rentrée, « des postes qui avaient été créés à peine un an avant. Résultat, on ne sait plus comment encadrer les élèves en demi-pension pendant les pauses ».

Où sont les profs?

Le manque de remplaçants est important, la hausse forte du nombre d’élèves a fait que 20 postes de remplaçants qui avaient été créés ont été supprimés à la rentrée. Conséquence directe, il n’y avait en effet que deux professeurs de maths disponibles à la rentrée sur toute l’académie de Versailles, d’après le syndicat. « Au niveau national, il y a plus de 1 200 postes non pourvus, et un fort déséquilibre entre les matières. Il y a notamment une pénurie sur les matières scientifiques : physique, maths, technologie », précise Sophie Vénétitay.

Cours à fréquence variée, voire inexistants, des Terminale ES qui n’ont pas cours de Sciences Économiques et Sociales… les exemples sont nombreux. Au lycée Corot, à Savigny-sur-Orge, les parents d’élèves seraient ainsi prêts à porter plainte auprès du tribunal d’Évry pour les cours non dispensés.

On constate par ailleurs des inégalités territoriales, parfois à cause de la réputation de certaines villes. « Il manque six professeurs à Grigny, tout simplement parce que les enseignants ne veulent pas y aller. » La situation est telle que dans certaines villes, les proviseurs se tournent vers les parents d’élèves pour leur demander s’ils connaissent des enseignants qui seraient disponibles.

La pénurie d’enseignants serait d’ailleurs une spécialité essonnienne. « Nous sommes derniers au niveau national sur le nombre moyen d’élèves par classe, et moins de cinq enseignants en moyenne pour cent élèves », avance Emmanuel Cabiran. En plus de la forte attraction démographique du département, l’Ile-de-France dans son ensemble a également du mal à garder les jeunes professeurs, qui sont nombreux à venir faire leurs études dans la région, mais préfèrent partir travailler en province.

De façon générale, les représentants syndicaux, eux-mêmes enseignants, constatent amèrement un manque de valorisation de leur métier. « Un Master 2 en maths va préferer devenir trader plutôt que prof. Il n’y a pas assez de candidatures aux concours, et le niveau des candidats n’est pas forcément assez élevé. D’ailleurs la dotation pour le concours de recrutement en 2014 devrait être plus faible que cette année. »

Mercredi trop fatigant ?

Sur cette rentrée avec le nouveau rythme, les enseignants notent paradoxalement plus de fatigue chez les enfants : le temps d’études a diminué mais le temps dans le contexte scolaire a augmenté. « Avec la matinée prolongée, on a moins l’impression de gaver les élèves d’informations, mais le nouveau rythme fait des journées longues. Et avec le mercredi matin en plus, on constate des retards le jeudi et le vendredi, car les enfants ont du mal à se lever. »

Jusqu’en 2008, la demi-journée supplémentaire était placée le samedi. «  On travaillait d’une autre manière, se rappelle Emmanuel Cabiran. Les enfants et les enseignants supportaient plus le samedi, ça laissait une coupure dans la semaine. Le mercredi est plus pratique en terme d’organisation pour les familles, mais au quotidien c’est discutable. »

Le SNUipp a déposé un préavis de grève sur toute l’année, depuis le 16 septembre jusqu’au 5 juillet, pour que les enseignants puissent à tout moment s’exprimer sur leur situation. « Ça arrivera peut-être prochainement à Ris-Orangis, où la situation est tendue. Les horaires sont différents chaque jour, les parents et les enfants n’ont plus de rythme chronologique. C’est un cas typique ou le changement de rythme a été forcé par la mairie. Les bons rythmes sont ceux validés par toute la communauté éducative. »