Vivre dans une usine désaffectée depuis plus d’un an n’empêche pas ce jeune Rom parfaitement francophone de poursuivre des études de droit à la Faculté Jean Monnet à Orsay.

Le premier jour de fac n’a jamais vraiment de sens. On commence à peine à scruter l’étendue du programme prévu sur l’année, souvent dans un amphi gigantesque que certains étudiants fuient dès la première pause. Pour Nicolae, c’est surtout le début des études supérieures et l’espoir de devenir dans quelques années avocat.  Une sacrée ambition quand on sait que ce jeune Rom vit avec sa famille dans l’usine Galland à Villebon-sur-Yvette (lire notre article).

Nicolae a grandi à 150 kilomètres de Bucarest dans un village où il a été à l’école puis au collège avant de changer de ville pour aller au lycée et décrocher son bac option littéraire. Il y a appris l’anglais et surtout le français qu’il parle aujourd’hui couramment. Le bachelier voulait d’abord devenir policier, pour suivre le rêve de son père. Mais du fait du coût des études, et des pots-de-vin qu’il faut souvent payer pour être intégré, il a dû laisser cette idée de côté. « En Roumanie, nous sommes acceptés mais on n’a pas les moyens d’aller à l’école car l’éducation, et la vie en général, est très couteuse. Alors les parents ont besoin de leurs enfants pour les aider à travailler. » Pour être sûr de pouvoir se garantir un avenir, il a décidé de venir en France. Implanté d’abord dans le Val de Marne, Nicolae et ses proches rejoignent ensuite le camp de Villebon où un des voisins de la famille était déjà présent.

Arrivé en France en 2012, Nicolae a tout de suite cherché une formation supérieure dans le commerce pour accéder à un métier qui puisse rapidement subvenir aux besoins de sa famille. Mais si l’inscription académique est déjà difficile, le plus compliqué a été de trouver une entreprise en alternance.

Afin d’envisager son inscription en France, Nicolae a dû retourner en Roumanie chercher ses diplômes pour prouver son niveau académique et son équivalence dans le système français. Mais l’année dernière a été marquée par un voyage formateur pour le jeune Rom : il a été choisi pour aller en Pologne représenter sa communauté en France lors d’une commémoration du génocide des tziganes à Auschwitz durant la Seconde Guerre Mondiale. « J’ai pu rencontrer des jeunes Roms de différents pays, et surtout Anina Ciuciu, étudiante à la Sorbonne qui a écrit un livre sur sa vie. Ça m’a motivé pour mes études, parce que j’ai pu vraiment me rendre compte des problèmes d’intégration qu’on pouvait avoir dans certains pays. J’ai envie d’être un porte-parole pour notre communauté. »

De là, l’idée de devenir avocat pour représenter ceux qui ne peuvent pas se défendre. Mais l’inscription a été compliquée du fait des nombreuses démarches administratives, Nicolae a dû être aidé par les associations de solidarité aux Roms : la décision positive n’a été rendue que lundi dernier.

« Les enfants qui vont à l’école apprennent très vite. Après je sais que les parents français ont du mal à accepter qu’ils soient dans les mêmes classes, mais c’est important pour leur intégration. »

Nicolae va faire sa licence à la faculté d’Orsay avant d’aller en master à la faculté de droit de Sceaux. A condition de pouvoir rester sur place. La résidence précaire du jeune étudiant dans l’usine de Villebon pourrait disparaître avant la fin de l’année, en fonction de la décision du tribunal d’Evry de fermer ou non le camp Rom. A ce moment-là, que fera Nicolae ? Pourra-t-il obtenir un logement du fait de sa situation particulière ? Il refuse en tout cas d’être aidé si sa famille ne peut pas rester avec lui. « Si j’ai une chambre, je ne veux pas qu’ils restent dans la rue. Sinon je préfère être avec eux. Je n’ai pas pris la décision de faire des études pour avoir un logement, j’avais envie de faire des études. Quand je dis que je veux défendre ma communauté, c’est vrai. »

Si tout se passe bien, Nicolae pourra réaliser son master de droit à l'université de Sceaux. (MP/EI)

Si tout se passe bien, Nicolae pourra réaliser son master de droit à l’université de Sceaux. (MP/EI)

Comment se construire un avenir quand on n’a même pas un domicile fixe et légal ? La question trotte sans doute dans la tête de Nicolae, alors qu’il devrait se concentrer sur ses nouvelles études. « J’ai commencé hier, avec un cours de droit civil. J’ai écrit des pages et des pages, ça faisait deux ans que je n’avais pas autant écrit. Mais j’aime ça. »