Catherine Barbaroux est présidente nationale de l’Adie. En visite en Essonne pour rencontrer les promotions du dispositif Créa-jeunes, elle s’exprime pour Essonne Info sur les débats autour du statut d’auto-entrepreneur, ainsi que sur le prochain « choc de simplification » annoncé.

450 salariés, 300 bénévoles. Dans les principales régions françaises, l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) accompagne des porteurs de projet et valorise le micro financement pour démocratiser l’accès au monde de la création d’entreprises. En Essonne, son antenne d’Evry dispense également depuis cette année une formation gratuite de six semaines dédiée aux jeunes créateurs (lire notre reportage).

Essonne Info : Le dispositif Créa-jeunes peut-il être un remède à la crise?

Catherine Barbaroux : La crise est si importante, en terme de chômage de masse, en terme de difficultés, qu’on ne peut pas utiliser qu’un seul moyen, il n’y a pas de recette miracle. Un de nos bénévoles avait une jolie formule, il disait : « le chômage ça se grignote » . Ce qu’on fait à l’Adie à notre taille, c’est de grignoter la crise. Sauf qu’on la grignote d’une manière assez utile au sens où on s’adresse à des gens qui sont vraiment en difficulté pour retrouver un emploi. On le fait en créant de l’activité économique, ce qui renvoie à des notions de chiffre d’affaires, pour des personnes qui vont consommer, payer leurs impôts à l’échelle locale. Qui vont embaucher aussi, puisqu’un certain nombre de nos créateurs réussissent à développer des activités dans lesquelles ils embauchent un, deux ou un peu plus de salariés. A notre modeste mesure, on a accompagné 13 000 créations l’année dernière. Divisées par le nombre de semaines, cela fait plus de 200 emplois créés par semaine, ce qui n’est pas rien dans la période actuelle

« C’est un statut assez vertueux »

Faut-il selon vous réformer le statut d’auto-entrepreneur?

L’Adie a une position très claire vis-à-vis de l’auto-entrepreneuriat : il a plus de qualités que de défauts. C’est simple, ça permet aux gens de tester des projets, de ne payer des charges que quand il y a des bénéfices. Vraiment, c’est un statut assez vertueux. Son développement le montre bien, il correspondait à un besoin. Un rapport de l’inspection générale des finances dit que globalement, ce statut remplit assez bien sa mission et qu’il est positif. Les quelques réglages à faire ne doivent pas aboutir à réduire la durée du statut. Il y a des personnes qui, au bout d’un an, sont capables de passer dans un autre système administratif et juridique, d’autres pour qui au bout de trois ans ça sera difficile. Mettre un couperet à deux ans, ça n’a aucun sens économique et c’est un risque social.

Parce qu’il simplifie les démarches?

Il faut que l’on continue à travailler calmement, sans s’invectiver, sur ces questions de réforme de l’auto-entrepreneuriat. Et surtout, il faut faire bénéficier à un maximum d’entreprises de règles de simplification, qui permettent vraiment aux gens de réussir leur projet, plutôt que de penser que c’est en brimant les uns que l’on va protéger les autres. Nous devrions à la place travailler à la simplification pour tout le monde.

« Il faut essayer de prendre un peu de risques »

Vous croyez en un choc de simplification?

J’ai déjà beaucoup entendu parlé des simplifications. J’espère que petit à petit, la prise de conscience s’accélère. Un rapport d’un élu de l’Essonne, Thierry Mandon (député) est plein de bon sens. Il dit que l’on ne peut pas tout faire, qu’il faut prioriser. Je pense pour ma part que le statut d’auto-entrepreneur doit être sauvegardé et que du travail reste à faire pour les autres catégories d’entreprises. La simplification doit être menée tranquillement, notamment à l’aide des nouvelles technologies, que l’on ne soit plus obligé de demander les mêmes informations à plusieurs endroits, on peut mettre les fichiers en réseau… Il y a encore plein de choses à faire. Il y a trop de gens dans la difficulté, trop de gens qui cherchent à s’en sortir, pour qu’on leur mette des plombs dans les chaussures. Il faut au contraire essayer de prendre un peu de risques.

Et dans le cas contraire?

Si on ne fait pas ça, si on n’accepte pas le risque de la simplification, on nourrira le travail informel et le travail au noir. On laissera les gens dans l’illégalité, puisque de toutes façons, si ils ne peuvent pas déclarer leurs activités de manière simple, ils les continueront dans la clandestinité.

La prochaine cession de Créa-jeunes se déroule au mois de novembre.

Entretien réalisé par Julien Monier