Ce mercredi 24 juillet, le procureur de la République d’Évry a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour homicides et blessures involontaires suite au drame survenu en gare de Brétigny-sur-Orge. Les premiers bilans et quelques éléments nouveaux ont été établis.

Le train s'est totalement encastré sur les quais. (JM/EI)

Le train s’est totalement encastré sur les quais. (JM/EI)

Le 12 juillet dernier, le train corail Intercité 3657 terminait sa course encastré en partie sur les quais de la gare de Brétigny-sur-Orge. Parti de la gare d’Austerlitz à destination de Limoges, le train a été victime d’un déraillement à hauteur de la gare essonnienne. Avec six décès, cet accident est ainsi devenu le plus meurtrier après le drame qui coûta la vie à 56 personnes il y a 25 ans après la collision entre deux trains à l’entrée du tunnel de la Gare de Lyon.

Deux semaines après ce terrible drame, le procureur de la République d’Évry Éric Lallement a ouvert une information judiciaire pour homicides et blessures involontaires. Au court d’une longue conférence de presse, Éric Lallement est longuement revenu sur l’enquête en cours, tant sur les potentielles causes du drame que sur les différents événements qui ont suivi la catastrophe.

L’acte de malveillance écarté

« C’est une enquête différente à celles que la police judiciaire a l’habitude de faire, c’est un contexte un peu plus compliqué auquel il fallait s’adapter ». C’est par ces mots que le procureur commence l’explication des possibles causes de l’accident, résumant la rareté d’un événement si violent. Depuis les premières heures qui ont suivi l’accident, la SNCF et la police judiciaire ont rapidement mené des investigations pour comprendre les raisons du déraillement du train Paris-Limoges. Après avoir procédé au gel des lieux peu de temps après la catastrophe, le procureur a ordonné la saisie de toutes les vis, écrous, éclisses, wagons ou encore aiguillages qui se trouvaient dans un périmètre assez proche du train. « Tout a été placé sous scellés pour être expertisé, explique Éric Lallement. Nous avons d’ailleurs mandaté un expert spécialisé dans les transports ferroviaires et réseaux routiers pour les besoins de l’enquête ».

Ainsi, avec le rapport de l’expert, Éric Lallement a apporté au cours de cette conférence de presse ses premières conclusions sur les investigations réalisées. « L’accident résulte probablement du basculement d’une éclisse qui a eu pour effet de frapper la roue du train à son passage et qui entraîna son déraillement et le drame que nous connaissons ». L’acte de malveillance et la faute humaine sont « écartés » suite à différents contrôles effectués sur le conducteur du train et auprès du personnel SNCF.

Trois magistrats instructeurs ont été nommés et sont en charge de cette information judiciaire qui a débuté à partir de ce mercredi 24 juillet. Éric Lallement annonce « qu’ils diligenteront des analyses métallurgiques dans les prochains jours pour confirmer ou infirmer les hypothèses du moment. Les recherches devront s’orienter sur les causes de l’absence, de la rupture et/ou du desserrage des écrous de cette éclisse ».

« Les événements périphériques »

Après avoir fait le point sur les probables causes de l’accident, le procureur en est venu à ce qu’il a appelé « les événements périphériques » qui ont suivi ce drame. Éric Lallement résume ainsi le moment durant lequel « quelques individus  auraient jeté des cailloux » vers cinq sapeurs-pompiers. « Un petit groupe aurait jeté ces pierres du ballast sur les pompiers pendant quelques instants avant que les forces de l’ordre n’interviennent, assure le procureur. C’est un événement grave, mais qui ne s’est pas renouvelé . Deux canettes ont été projetées vers les forces de l’ordre après l’élargissement du périmètre de sécurité également, ne causant aucune conséquence corporelle ». Répétant que ces actes restent inqualifiables et qu’une enquête suit son cours pour retrouver ces individus, Éric Lallement pointe du doigt le fait que cette affaire ait pris une telle envergure sur le plan national. «  J’ai entendu dire des mots que je ne reprendrai pas, car il ne s’agit pas d’actes systématiques, multiples, répétés ou faisant état d’événements mêmes insurmontables ».

Répondant aux journalistes sur la question de possibles pillages, le procureur de la République répond avec fermeté que « le mot pillage n’est pas un mot juridique, donc je ne le reprendrai pas également ». Depuis le drame, quatre plaintes pour vol ont finalement été enregistrées. Trois d’entre elles concernent des victimes de l’accident. Bien qu’un manteau, un portefeuille, un chéquier et un agenda aient été retrouvés en gare de Châtelet, ces trois personnes déplorent toujours comme objets manquants un téléphone portable et deux ordinateurs.

Le procureur évoque aussi le cas de ce médecin du SAMU qui a porté plainte pour vol de son portable. « Interpellé par un groupe de personnes qui souhaitait qu’il porte assistance à une de leurs amies à l’extérieur de la gare, le médecin a refusé disant qu’il y avait d’autres priorités notamment dans le train. S’en est suivi une altercation durant laquelle le médecin a perdu son téléphone ». Au final, ces personnes ont été placées en garde à vue avant d’être relâchées suite au visionnement des vidéos. Ces dernières avaient au préalable porté assistance aux victimes de l’accident dans des « conditions parfaitement normales ».

Ainsi, les différentes investigations poursuivent leur cours et il est « pour le moment impossible de savoir quand l’enquête sur ce drame de Brétigny-sur-Orge sera close », conclut Éric Lallement.