Depuis le 6 juillet les familles roms vivant dans un campement de fortune au sein de la ZAC des Hauts de Wissous sont privées d’eau. Le maire a en effet décidé de couper l’eau des bornes incendies alentours, qui servaient à défaut de point d’eau. Une décision assumée par le maire, mais qui est dénoncée par différents acteurs politiques, judiciaires, et associatifs, qui pointent plus largement un climat de marginalisation de la communauté rom.

L'eau est par exemple utilisée pour laver le linge (QB/EI)

L’eau est par exemple utilisée pour laver le linge (QB/EI)

« On se sait plus quoi faire ». Eve Desjardins, élue au conseil politique départemental d’Europe Ecologie les Verts, est consternée. Elle nous conduit au cœur du camp de Wissous, tout près du rayonnant centre d’innovation d’Antonypole : « quelle misère si près de notre luxe ! » déplore-t-elle. Ici se sont réunies des familles dont le dernier bidonville a brûlé il y a un an à Massy. Celle qu’on appelle « Mama » s’y rend quotidiennement, elle apporte au camp les plats préparés que délaissent les compagnies aériennes de l’aéroport d’Orly. En tant que membre du collectif des chômeurs et précaires de l’Essonne, elle vient en aide aux familles et à la cinquantaine d’enfants qui vivent ici. Leur situation a été rendue d’autant plus difficile en ce mois de juillet, le maire, Régis Roy-Chevalier (PS), a décidé de couper l’alimentation en eau courante du campement, en asséchant trois des cinq bornes d’incendies de la ZAC. La dernière l’a été mercredi 24 juillet. Depuis le 6 juillet les familles manquent donc d’eau, alors que météo France craint une canicule redoutable. Nécessaire pour l’alimentation, comme pour l’hygiène, l’eau est un « droit inaliénable » pour Eve Desjardins qui ne supporte pas « qu’on prenne ainsi des femmes et des enfants en otage. ». Elle a porté au sein d’EELV une indignation collective, la section départementale dénonçait ainsi lundi 22 juillet : « une violation des droits humains les plus primordiaux, cautionnée par un élu de la République ».

La crainte d’une marginalisation « qui porte atteinte à nos valeurs »

Du point de vue des écologistes, ce geste de la municipalité est perçu comme un aveu de faiblesse pour un maire qui tente de pousser au départ ceux qu’il ne parvient pas à expulser dignement. EELV 91 craint ainsi une marginalisation des Roms, dont la mairie serait en partie responsable par ses décisions. La municipalité aurait ainsi décidé d’interdire aux enfants roms l’accès aux activités de la manifestation Festiv’Eté, qui propose aux jeunes de la commune des jeux autour de plans d’eau et de structures gonflables. Alors que les enfants sont bien scolarisés dans les écoles de Wissous, et devraient ainsi pouvoir y accéder gratuitement, « même l’entrée payante leur est refusée » regrette Eve Desjardins, tandis que le maire dément. EELV juge « inhumain et dégradant » ce traitement inégalitaire revendiqué par un élu municipal face aux associations de soutien à la communauté rom. Eve Desjardins se demande, indignée : « comment reconnaissent-ils un enfant rom ? » et dénonce même « une forme de ségrégation » et des décisions qui « portent atteintes à nos valeurs ».

De son côté, le maire de la ville Régis Roy-Chevalier se défend de telles accusations. La coupure d’eau est avant tout et selon lui une mesure de « réparation nécessaire » des bornes d’incendie de la zone, qui ont été rendues inutilisables et engendraient un gaspillage important. Le maire a par ailleurs assuré que cette coupure ne favorisait pas un risque accru d’incendie, étant donné que des bornes restent utilisables à l’intérieur de certains bâtiments et que « les pompiers ont été mis au courant. ». Concernant les activités Festiv’Eté, M. Roy-Chevalier dément les allégations d’EELV et en particulier de Mme Desjardins, il s’agirait d’une « instrumentalisation politique » le maire ayant seulement décidé de rendre payant l’accès à cette manifestation pour les personnes qui ne résident pas légalement sur le territoire de la commune. C’est la commune qui est également victime selon l’édile, qui préfère privilégier « la population légale » tout en dénonçant une situation difficile pour les collectivités modestes face à l’inertie de strates plus élevées, notamment européennes. Le maire assure avoir le soutien de sa majorité, et veut s’assurer avant tout de satisfaire ses habitants, au risque de se désolidariser de la position nationale du PS à propos des Roms : « la situation est urgente au niveau local et beaucoup d’élus pensent comme moi » a-t-il affirmé à Essonne Info, tout en réfutant un quelconque mépris pour la communauté rom.

Des droits « trop souvent bafoués »

Pourtant, pour l’avocate Julie Bonnier, qui avait pris la défense de 100 familles Roms et qui suit le camp de Wissous depuis son installation, le maire joue clairement double-jeu. D’un côté l’édile s’en tient à la décision de justice, qui a reporté le jugement concernant l’expulsion au 13 septembre, mais de l’autre il presse les Roms de partir au plus vite par ses dernières décisions. Ce dont M. Roy-Chevalier ne se défend pas : « si je peux faire accélérer l’expulsion je le ferai ». Me Bonnier s’efforce donc de défendre les droits juridiques des Roms jusqu’à la décision de justice. C’est elle qui avait soulevé une difficulté d’exécution lors du premier jugement, qui prévoyait l’expulsion pour fin juin, alors que d’autres familles avaient entre temps rejoint le camp. Or, un avis d’expulsion doit être nominatif, un huissier est donc revenu recenser les occupants pour préparer la prochaine décision de justice. L’avocate ne se fait pas d’illusion, les Roms seront certainement expulsés, même si selon elle, cela ne conduira qu’à un déplacement, mais il faut faire valoir leurs droits, « trop souvent bafoués », jusqu’en septembre. La ligne est fixée, elle s’accompagnera d’autres combats : « la rentrée verra la mobilisation de nombreuses associations pour la scolarisation de tous les enfants roms ». Me Bonnier a peur que se délite par ces décisions tout le travail qui avait été conduit dans le camp, en termes d’insertion et de formation, et rappelle qu’ « il y a une vraie vie dans ce camp à protéger. » Selon elle, les prises de position du maire sont clairement électoralistes, elles visent à quelques mois des municipales à rassurer l’électorat wissoussien pour un élu qui « entre en campagne ». Les prochaines échéances pour le maire de Wissous sont donc fixées pour le mois de septembre concernant l’expulsion ou non du bidonville, et à mars prochain pour savoir si ses habitants approuvent sa position.