L’édito de la rédaction. Le récent article d’Essonne Info au sujet des prétendus « débordements » de Brétigny a suscité de vives réactions. Nous vous remercions de tous les témoignages de soutien que vous nous avez fait parvenir. Tandis que la polémique prend de l’ampleur, toutes nos pensées vont aux victimes et leurs proches, qui deviennent malgré eux l’objet d’une instrumentalisation nauséabonde.

« Des scènes de vol et de caillassage ont bien eu lieu » rapporte le journal Le Point jeudi soir. L’hebdomadaire publie des extraits d’un document « exclusif » et revient sur les tensions qui se sont déroulées vendredi 12 juillet 2013 en marge du tragique accident de Brétigny. Citant un rapport de la Direction centrale des CRS (DCCRS), le journal affirme que des scènes de vols avec violence ont bien eu lieu, évoquant des personnes « qui gênaient la progression des véhicules de secours en leur jetant des projectiles » et des « fauteurs de troubles » s’emparer « d’effets personnels éparpillés sur le sol ou sur les victimes » .

Un article qui ne va pas manquer de relancer la polémique, certains en font part dès jeudi soir sur les réseaux sociaux. Lundi, Essonne Info mettait en ligne son récit de cette soirée (lire notre article), dans lequel nous décrivions la situation sur place, les nombreuses marques de solidarité exprimées, ainsi que la teneur des « débordements » évoqués : quelques tensions entre riverains et forces de police.

Rappel des évènements qui se sont déroulés ce 12 juillet 2013

17h14, un corail Intercité déraille en gare de Brétigny, causant un véritable drame. Six morts et plusieurs blessés seront dénombrés. Les personnes présentes sur les quais, aidées par les cheminots de la ligne sont les premiers à intervenir. Quelques minutes après, les équipes de secours du SAMU, des pompiers et de la sécurité civile arrivent sur les lieux, et s’organisent pour évacuer les victimes et prodiguer les premiers soins. Autour des différents accès de la gare, un périmètre de sécurité est peu à peu mis en place par les agents de la police nationale, rejoints ensuite par plusieurs compagnies de CRS.

Au cours de la soirée, la radio Europe 1, s’appuyant sur un témoignage du syndicat de police Alliance rapporte des faits de caillassages sur les secours et des pillages sur les cadavres de l’accident. L’information est reprise par plusieurs médias nationaux, et alimente les débats sur la toile durant le week-end. Le Plus Obs raconte mardi comment la rumeur s’est propagée et a été amplifiée. Dès lundi, la publication de notre récit nuance les faits avancés, ce qu’affirmeront également la Direction départementale de la police (DDSP), ainsi que les responsables de la Croix-Rouge, du SAMU et du SDIS 91, les pompiers essonniens.

Caillassage de tweets

L’audience d’Essonne Info va connaître en quelques jours des pics, atteignant un nombre de visites jamais atteint jusqu’à présent. Pour celles et ceux qui nous ont découvert ces jours-ci, il semble important de rappeler qui nous sommes : un média d’information web centré sur la vie locale. Nous existons depuis trois ans et couvrons l’actualité dans le département. Média en développement, nous sommes totalement indépendants et ne rendons de comptes qu’à nos lecteurs. Vous avez d’ailleurs été des dizaines à nous témoigner votre soutien suite à la publication de cet article.

Depuis lundi midi cependant, de nombreux trolls agissent en ligne contre Essonne Info et les journalistes de notre rédaction. Il s’agit d’une opération de masse visant à décrédibiliser notre publication et nos témoignages. Quatre membres de notre journal étaient bien présents à Brétigny vendredi 12 juillet en fin d’après-midi, des deux côtés de la gare, mais aussi à l’intérieur et l’extérieur du périmètre autorisé. Nous avons observé la tension palpable, ainsi que les quelques altercations entre policiers et riverains. Nul caillassage, comme prétendu, mais des mots plus hauts que d’autres et quelques projectiles lancés par énervement.

Les mots utilisés ont tous une importance considérable, de par leurs significations implicites ils créent des analogies et des associations d’idées. D’où la responsabilité du journaliste dans les termes qu’il utilise. Qu’est-ce qu’un « caillassage » ? Qu’est-ce qu’une émeute ? Qu’est-ce qu’un pillage, et de surcroît un pillage de cadavres ? Un caillassage est une personne ou un groupe de personnes, qui assènent à un tiers un jet de projectiles de manière continue. Une émeute est une réaction virulente d’un groupe qui se traduit par une confrontation physique avec un autre groupe ou les forces de l’ordre. Un pillage est un acte organisé et délibéré pour voler de force plusieurs personnes ou des biens. Rien de tout cela vendredi dernier à Brétigny.

Aucune preuve tangible de caillassage et pillage

Présents au moment des faits, nous disposons de sources sérieuses et diverses, qui confirment toutes qu’à part un acte isolé dont a été victime un personnel du SAMU (une enquête est d’ailleurs en cours), tout le reste n’est qu’allégations. Nous avons recueilli les témoignages de voyageurs qui ont assisté au drame, de riverains, de membres des équipes de secouristes et d’agents de la SNCF présents ce soir là. Aucun ne fait état d’incidents majeurs dans la gare et ses alentours. Une semaine après l’accident, il n’y a pas d’éléments probants ou preuves réelles (vidéo, photo, témoin direct) permettant d’affirmer le contraire. Le parquet d’Evry a par ailleurs indiqué à nos confrères jeudi soir qu’aucune autre plainte n’avait été déposée.

Le rapport de la DCCRS cité par Le Point provient d’une synthèse de la CRS-37 de Strasbourg, établie à Meaux. Arrivée sur place plus d’une heure trente après l’accident, cette brigade a eu en charge la sécurisation des lieux avec le renforcement du périmètre. Ajouté à la version du syndicat Alliance, il s’agit des uniques propos faisant état de pillages et caillassages. Aucune autorité ou personne mobilisée ce soir là ne confirment ces dires, tandis que les responsables de la DDSP de l’Essonne les contredisent. Sans remettre en cause la fiabilité de ce rapport, suffit-il à lui seul comme preuve ? En outre Essonne Info publie aujourd’hui la seule photo connue représentant les CRS face aux riverains récalcitrants. Le cliché est pris à 19h24, très peu de temps après l’arrivée des CRS, soit bel et bien plus d’une heure et demi après le drame. La foule a vite été contrôlée, malgré quelques jets de projectiles comme mentionné plus haut. Quelques instants auparavant, un témoin affirme avoir entendu un policier demander le renforcement d’un périmètre en raison de « caillassages ». Deux possibilités, ou l’unité en question est arrivée après les « débordements », ou elle a su gérer ces « débordements » sans incidents majeurs dès son arrivée.

Nous ne doutons pas de la bonne foi ni de l’intelligence de toutes les personnes qui se sont saisies de notre article. Mais tandis que la polémique fait son effet, on oublie la solidarité à l’œuvre vendredi dernier, le sort des victimes et surtout l’instrumentalisation dont elles font l’objet. Entre gens de raison et ayant connaissance de cela, si le doute persiste encore, cela posera la question d’une réelle manipulation. Il est aujourd’hui nécessaire de savoir à qui profite la diffusion de ces rumeurs.