Pour la première fois, des volontaires du Service Civique participaient dimanche dernier aux cérémonies du 14 Juillet. Les 92 jeunes venus de toute la France ont eu une semaine pour se préparer, accueillis par les péniches de l’association Alternat, venues de Juvisy-sur-Orge jusqu’à Paris.

La péniche habituellement stationnée en Essonne a passé une semaine à Paris (MP/EI)

La péniche habituellement stationnée en Essonne a passé une semaine à Paris (MP/EI)

Stationnées au quai d’Orsay, face au Grand Palais, les péniches Alternat et Bali offrent un cadre plus qu’agréable pour découvrir la capitale. Terrasses aménagées, cuisine, grandes salles à l’intérieur, et même une scène… les deux bateaux de gabarit Freycinet (soit 38,5 m de long et 5,05 m de large) ont un véritable attrait touristique. Mais ce n’est pas exactement leur vocation.

« La péniche Alternat est un projet qui a été lancé par des jeunes, notamment de Juvisy, qui voulaient promouvoir la paix, la non-violence et les objecteurs de conscience, rappelle Éric Sapin, le chef des lieux. Ils étaient au sein d’une association, le Service Civil International, créée après la Première Guerre Mondiale pour reconstruire Verdun avec des bénévoles du monde entier. C’est pendant la guerre froide qu’est venue l’idée de la péniche : réfléchir aux enjeux de la paix, et comment on peut la garantir de manière réaliste. »

Responsable des deux péniches, Éric multiplie les casquettes : président de l’association Alternat, capitaine du bateau du même nom, et même secrétaire général du comité de coordination pour le service civil et le volontariat. « On a pour but d’accueillir tous les matins des associations qui font de l’accueil et de l’aide sociale, le midi on propose un service de restauration ouvert à tous, géré par des restaurants d’insertion qui créent des emplois pour des personnes en situation difficile. L’après-midi est consacré à des temps de formation par des associations, et le soir à des activités culturelles, où on met en valeur les pratiques amateurs. »

La péniche Alternat était à l’origine censée traverser l’Europe mais les moyens financiers, humains et matériels ont manqué. Aujourd’hui logée au port d’attache de Juvisy, en compagnie de sa petite sœur Bali, elle fait l’aller-retour entre l’Essonne et Paris deux à trois fois par semaine pour accueillir des évènements, en attendant patiemment que le Port Autonome de Paris lui accorde un poste fixe.

Si le projet de développer un centre socio-culturel n’est pas encore abouti, l’association peut en tout cas se targuer d’une forte implication dans la vie des associations franciliennes, et sur les enjeux de l’engagement citoyen et de volontariat, incarnés notamment par le Service Civique. C’est ainsi qu’Alternat s’est retrouvé au cœur de l’initiative de Martin Hirsch, président de l’agence du service civique, de faire participer des volontaires aux cérémonies du 14 juillet.

Les jeunes volontaires ont eu plusieurs journées de préparation (MP/EI)

Les jeunes volontaires ont eu plusieurs journées de préparation (MP/EI)

Une nouvelle forme de citoyenneté

C’est en effet en bord de Seine sur les deux péniches que se sont retrouvés les participants au cortège du dimanche matin. « Ils sont 92 jeunes venus de toute la France, d’associations, ou collectivités territoriales, explique Joane Chahine, responsable de l’encadrement des volontaires pour l’évènement. Ils participent à deux animations : dans un premier temps, ils vont dérouler un drapeau en l’honneur de la médaille du mérite, et à la fin pour la commémoration de la médaille de la résistance, face à la tribune présidentielle. […] 

Depuis lundi, ils ont commencé les préparatifs : les essayages des tenues, les répétitions tôt le matin dès mardi sur les Champs-Élysées puis dans un camp militaire. L’après-midi, ils ont un peu de temps libre, répétition des chants, des activités sur la péniche. Jeudi, ils ont vu un concert aux Invalides, vendredi une visite de l’Assemblée Nationale et samedi une balade sur les Bateaux Mouches. »

Myriam, 22 ans de Viry-Châtillon, est une des 50 volontaires à participer à l’animation finale, la commémoration de la médaille de la Résistance. « On marche au pas en file indienne, on se retourne vers la tribune présidentielle et on présente les coussins où sont brodés les noms des villes et des bateaux à qui la médaille est remise. Ensuite, on chante le « chant des partisans ». J’avais appris le premier couplet en troisième, donc j’ai du apprendre le reste. »

En service civique avec « Unis-Cité » à Juvisy, Myriam a collaboré avec la Poste à Corbeil-Essonnes sur des cours de français pour aider les clients à être plus autonomes, et sur un recueil de témoignages de personnes en maison de retraite à Chilly-Mazarin. Elle s’est retrouvée ici un peu par hasard. « J’aurais jamais cru que je participerais un jour au 14 juillet. Voir les Champs vides, c’est génial. Et puis la garde républicaine, les armées, ça donne un peu de pression. Mais tout le monde était content, donc ça devrait aller. »

Les volontaires étaient à l’honneur ce week-end, avec la présence d’un stand consacré au service civique samedi après-midi sur la place des Invalides. « On fait en sorte de faire connaître le service civique, avec l’objectif d’atteindre 100 000 volontaires, annonce Éric Sapin. C’est encore en phase de rodage, mais il faut bien poser les bases de cet engagement. Ce n’est pas de l’emploi. En France, on a du mal à croire à la culture du volontariat, on veut directement un contrat de travail. Une charte de principes et des bonnes pratiques est en élaboration et devrait permettre de garantir ces valeurs. » La péniche pour la paix continue de naviguer, face à un courant parfois capricieux, mais peut voir dans cette fête nationale un début de reconnaissance.