Plusieurs médias ainsi que des personnalités ont réagi ce week-end à des rumeurs autour du tragique accident ferroviaire survenu en gare de Brétigny-sur-Orge. Beaucoup de bruit et un début de polémique autour d’actes de délinquance présumés et des caillassages. Présents sur place, les journalistes d’Essonne Info ont assisté aux « faits », qui se résument à quelques tensions autour des lieux.

Le climat était singulier vendredi soir autour de la gare de Brétigny. A la suite du dramatique accident survenu en fin d’après-midi, les riverains  assistent au ballet incessant des ambulances, des camions de pompiers, et des caméras, qui occupent le bas du parvis de la gare. Les observateurs sont tous postés hors du périmètre de sécurité gardé par les forces de l’ordre. D’autres curieux sont présents en ville à cet instant, mais aussi de nombreuses personnes cherchant une solution pour trouver un bus de substitution ou tout simplement rentrer chez elles.

Les voitures sont rapidement écartées du centre-ville, et parmi les automobilistes garés à proximité de la gare certains ne peuvent accéder à leur véhicule. Les commerçants quant à eux sortent de leur boutique, attendent comme les autres des nouvelles de la catastrophe. Une atmosphère pesante règne sur les lieux (lire notre reportage), les uns essayant de voir la scène et arracher toutes nouvelles informations, et les autres tachant de remplir leur mission de secourisme ou de maintien de l’ordre.

Au croisement du boulevard de la République et de la rue Maurice Boyau les forces de l’ordre installent un premier barrage. Les esprits s’échauffent au moment où des brigades mobiles repoussent les personnes au delà d’un périmètre élargi. Certains tentent alors de rentrer à leur domicile, et se font fermement stopper. « Je dois dîner chez mon frère » s’énerve une jeune femme, « il habite à quelques mètres derrière le barrage » . Impossibilité de passer, on lui demande de faire le tour. « Mais le tour par où? » s’interroge-t-elle tout haut.

Une pierre a été lancée

Un instant plus tard, une mère de famille souhaite aller à la supérette pour acheter des couches. On lui refuse le passage et l’un des agents lui propose de « demander à [ses] voisins » . Les forces de l’ordre sont inflexibles et le dispositif de sécurité mis en place est très impressionnant. Peut-être trop ? Un groupe de personnes bloquées rue Boyau, exprime son mécontentement. Le ton monte lorsque plusieurs gardes mobiles les refoulent énergiquement au fond de la rue. Quelques insultes fusent, et un jeune homme lance à ce moment un projectile en direction des policiers. Ces derniers sortent les flashballs prêts à riposter. Mais ils n’en ont au final pas eu besoin, puisque les quelques personnes énervées se sont tout de suite écartées des lieux.

Oui, une pierre a bien été lancée, cela dans un état de tension ambiante. Toutefois nul caillassage ou émeute, comme certains ont pu l’écrire, parfois dans le but de profiter d’une polémique ainsi créée sur ces soi-disant « voyous » ou « barbares » . Quant aux informations faisant état de pillage de victimes, d’histoires de vols sur les personnels de secours et les journalistes, il s’avère que rien de cela ne s’est déroulé. Seul un vol isolé dont a été victime un membre du SAMU a été confirmé. Tout serait partie d’une « source policière » et d’un membre du syndicat Alliance cités par Europe 1. Mais le soir même et plusieurs fois le lendemain, le préfet Michel Fuzeau, les services de pompiers, le SAMU ou encore la Croix Rouge ont affirmé à nos confrères que les opérations de secours s’étaient déroulées sans heurts et dans le calme.

Les personnels de la SNCF ont été au devant des victimes. Photo prise samedi. (Mathieu Miannay / EI)

Les personnels de la SNCF ont été au devant des victimes. Photo prise samedi. (Mathieu Miannay / EI)

Solidarité et entraide

Cette affaire montée en épingle montre à quel point des informations peu fiables relayées par quelques commentateurs peuvent suffire à passer sous silence l’entraide dont ont fait preuve plusieurs Brétignolais, présents sur les lieux ou habitant à proximité, pour venir en aide aux personnes blessées et choquées. Très vite après l’accident, alors que le centre-ville apprend la catastrophe, une chaîne humaine, partie depuis le magasin Intermarché apporte à la gare de l’eau et des vivres. Autour de la gare, l’entraide est de mise, pour sortir les voyageurs du train déraillé, réconforter les personnes choquées et ouvrir la voie des secouristes.

Au milieu de cette foule, beaucoup de personnes perdues, ne sachant pas où elles se trouvent. Les personnels de la SNCF sortent également au devant des victimes, et ne compteront ce soir là pas leurs heures supplémentaires. Solidarité de mise également en ville, où plusieurs Brétignolais et habitants des alentours ramènent les personnes sans solution de transport. Comme cette femme qui propose naturellement à cette habitante de Saint-Michel-sur-Orge de la conduire chez elle, celle-ci ne sachant pas comment faire.

Ce type d’intox touche malheureusement de plus en plus le journalisme. Il ne s’agit pas ici de mettre en défaut les journalistes, mais de mettre en lumière un système global. A l’heure de Twitter et de l’Information mort-née, car périmée à l’instant même où elle apparaît, l’immédiateté de l’actualité se révèle le pire ennemi du journalisme d’investigation. Le temps des médias empêche la prise de recul et le temps long de l’analyse, de la vérification et confrontation des sources, en somme du sens critique. Les pires dérives sont alors possibles, la raison laisse place à l’affect, et un événement aussi tragique que ce déraillement de train peut devenir l’outil d’une instrumentalisation plus politique et pernicieuse.