Effroi, stupéfaction, horreur. Trois mots qui reviennent dans la bouche et sur les visages de tous ceux qui étaient présents à Brétigny-sur-Orge ce vendredi en fin d’après-midi. Reportage en images sur place.

Les voyageurs du Paris-Limoges étaient choqués par l'accident (QB/EI-

Les voyageurs du Paris-Limoges étaient choqués par l’accident (QB/EI)

Il est 18 heures, la nouvelle commence à se répandre. Un terrible accident a eu lieu à la gare de Brétigny-sur-Orge (lire notre article). Alors que les radios titrent sur cette nouvelle, sur la Francilienne, les voitures qui roulent en accordéon sont doublées par des véhicules de police et de protection civile. A l’entrée de Brétigny, nombreuses sont les personnes à revenir de la gare ou y aller à pied. Tandis que les forces de l’ordre installent les premiers cordons, le climat semble confus à l’entrée arrière de la gare, côté Clause-Badeaux.

Les usagers de la ligne de RER cherchent un bus de remplacement ou tendent le pouce pour essayer de se faire prendre en stop. A l’entrée des entrepôts de la Sernam boulevard Brossolette, de petits groupes de voyageurs avec bagages sortis du train accidenté, sont pris en charge par les membres de la protection civile. Des agents de la SNCF sont là pour aider les victimes et les usagers en état de choc. Ils distribuent des bouteilles d’eau dans la précipitation, peu de mots, beaucoup de compassion.

Certains tentent l'autostop pour rentre chez eux, comme Fanny, qui va à Saint-Michel-sur-Orge. (JM/EI)

Certains tentent l’autostop pour rentre chez eux, comme Fanny, qui va à Saint-Michel-sur-Orge. (JM/EI)

Un centre de secours est mis en place le long des voies dans les entrepôts, et les personnes les plus fragiles y sont conduites à l’intérieur. Les pompiers interviennent eux auprès des blessés. Les personnes ont leurs valises, toutes leurs affaires, ne comprennent pas où les a mené leur voyage. Une femme en état de choc, est dans une totale incompréhension « on est parti que depuis 20 minutes ! ».

La plupart ne connaissent pas la ville, essayent d’appeler des proches vivant aux alentours. Ils ne parviennent pas à comprendre « Comment c’est possible que ça déraille ? » se demande l’un d’eux. Une certaine forme de détresse se lit dans leurs visages inquiets, meurtris, mais presque impassibles. Certains discutent, « t’étais à l’avant toi ? » « On parle de 6 morts », au téléphone « j’ai eu de la chance mais ne t’inquiète pas ». Une femme confie « On est très choqués mais chanceux » elle essaie de sourire, pour rassurer les enfants qui l’entourent.

Parfois, un moment de panique, on cherche quelqu’un, une femme ou une fillette, les pompiers et les agents accourent. Ceux-ci se donnent ainsi plusieurs missions : le recensement des passagers, la gestion des bus et des solutions de départ pour les plus chanceux, l’accompagnement des personnes les plus sensibles dans des locaux.

Les agents et les secouristes semblent organisés, ils tentent de rassurer toutes les personnes. Ces dernières se montrent satisfaites du secours qui leur est apporté « Quand ils nous ont sortis du train ils ont été très gentils, ils nous demandaient de rester calme et nous rassuraient. » confie un passager du second wagon. Mais certains s’emportent « Ils n’auraient pas pu intervenir plus tôt non ? ». On ne sait alors pas que certains voyageurs attendent toujours dans les wagons. Les hélicoptères planent dans le ciel et leur ballet perpétuel rythme les allers et venues des cheminots et pompiers.

Ceux qui connaissent la ville ont pu s’y sentir tout un coup étrangers. Des gens affluent, de toutes rues, on se rassemble, on essaye de comprendre. Les gens se penchent aux vitres des restaurants, des commerces, pour savoir, connaître la blessure qui défigure ces rues du quotidien, ces gens qui pleurent dans leurs mains. Devant le parvis de la gare, où se dressent des postes médicaux, les employées d’une boutique située en face sont devant la porte. Un tel « drame » les émeut.. et bloque le quartier. L’une d’elle finit par se faire à l’idée qu’elle ne récupérera pas sa voiture ce soir, située dans le parking souterrain.

Le dispositif rouge a conduit à la présence de très nombreux secours. (JM/EI)

Le dispositif rouge a conduit à la présence de très nombreux secours. (JM/EI)

Aux étages, les curieux sont rivés aux fenêtres ou à leur balcon. Annie, dont l’appartement du cinquième étage donne sur la place, est marquée par ce « grand bruit » survenu alors qu’elle se repose. Elle a vu « une grande fumée » puis de l’agitation, et des Brétignolais s’afférer aux premiers secours, avant que n’arrivent les pompiers et le Samu. Sur la place, des familles entières sont assises sur le sol, attendant des soins ou tout simplement pour se remettre du choc. L’air abattu est de rigueur. Certains s’en sortent avec quelques pansements et d’autres seront transportés pour passer la nuit à l’hôpital.

Rue Anatole France on n’entend plus que les sirènes. Au croisement du boulevard de la République ça bourdonne. Les habitants, les médias et les forces de l’ordre se bousculent. On tente de faire passer les secours, quelques voitures aux passagers tétanisés. Quelques bousculades éclatent entre riverains et forces de l’ordre pour l’accès à certaines rues barrées. Certains riverains s’énervent : « on ne peut même pas rentrer chez soi » peste ce père de famille.

Un très important dispositif policier a maintenu la foule à l'écart de la gare. (JM/EI)

Un très important dispositif policier a maintenu la foule à l’écart de la gare. (JM/EI)

Le quartier est peu à peu bouclé et les curieux refoulés plusieurs rues plus loin. Le long du boulevard de la République, les commerçants sortent pudiquement la tête de leur boutique, avec un soupçon de peur, la main sur la poitrine. Certains habitants sont à leurs fenêtres, terrifiés par l’agitation. « Mais c’est la guerre ! » s’exclame l’un d’eux.

Avenue Georges Guynemer, les véhicules du SAMU se rassemblent au centre de secours, ils sont guidés vers la gare. La circulation est difficile au croisement de l’Avenue Maryse Bastié. Beaucoup de klaxons, ça hurle, un homme traverse de force en tapant au passage un capot. Les agents du SMUR de Corbeil et d’Argenteuil sont là, ils attendent les consignes, regroupés, essayant de comprendre eux aussi, quel est ce climat singulier qui se répand dans toute la ville.

Le poste aménagé en plein-air n'a pas désempli de la soirée. (JM/EI)

Le poste aménagé en plein-air n’a pas désempli de la soirée. (JM/EI)