Le cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois rassemble plus de symboles de la culture russe qu’aucun autre endroit en dehors de la mère patrie. Visite en images.

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20 ans que Rudolf Noureev réside ici. En bordure d’une allée, tapissée d’une mosaïque aux couleurs sang et or, se trouve la dernière demeure du célèbre danseur chorégraphe. Sans aucun doute la tombe la plus célèbre du cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, mais pas forcément la plus évidente à trouver, ou la plus marquante. L’ensemble du domaine est un hommage à la relation qui existe entre la ville essonnienne et les hommes et femmes russes qui ont marqué l’Histoire depuis plus de 150 ans.

Ici, pas de séparation : les tombes orthodoxes pullulent au milieu de leurs congénères génovéfains, les membres de la famille impériale avec les anonymes, et le commun, l’intime côtoie parfois le grandiose, en toute humilité au milieu des arbres.

Pour comprendre la force de ce lieu, il faut se rappeler qui en sont ses occupants : quand en 1927, la princesse russe Véra Mestcherskaïa obtient une part du terrain du cimetière communal grâce au soutien de la bienfaitrice Dorothy Paget, c’est pour y enterrer les émigrés russes qui ont fui la Révolution menée par les bolcheviks. Ceux qu’on appelle les Russes Blancs sont les défenseurs du Tsar Nicolas II et de l’impérialisme, opposés à la prise de pouvoir des communistes. Suite à une guerre civile qui fera plus de huit millions de morts, les vaincus choisissent de s’exiler à travers l’Europe et le Monde dans les années 1920, et notamment en région parisienne.

C’est ainsi qu’est acquis en 1927 le château de la Cossonerie à Sainte-Geneviève-des-Bois, qui devient une maison de repos et de retraite pour la diaspora baptisée la Maison russe. La suite logique veut que les pensionnaires décédés seront inhumés sur place.

Cimetière russe

Les descendants de l’écrivain Léon Tolstoï sont enterrés ici. (MP/EI)

Le cimetière de Liers devient ainsi un symbole de l’émigration russe, et pas seulement noble : des descendants du tsar, archiducs et autres princes et princesses, mais aussi des artistes, écrivains ou peintres, dont la tombe se résume parfois à une simple croix en bois abîmée par le temps. Des traces des Grands du passé sont présentes ici et là : femme et enfants du compositeur Igor Stravinsky, fils du joaillier Fabergé, petit-fils de Léon Tolstoï… une façon de perpétuer l’importance de ce lieu pour la communauté russe. C’est d’ailleurs ici qu’est enterré l’acteur Patrick Topaloff, décédé il y a à peine trois ans.

Aujourd’hui, on y trouve 5 220 stèles russes où sont inhumés plus de 15 000 personnes, des prix Nobel comme des divisions militaires, dans la plus grande nécropole orthodoxe en dehors de Russie. Véritable monument historique, et accompagné de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, ce gigantesque patrimoine demeure malgré tout un lieu de recueillement. Loin du morbide, un bel endroit pour se souvenir.

Le cimetière russe de Liers est situé rue Léo-Lagrange à Sainte-Geneviève-des-Bois, accessible jusqu’à fin septembre de 8h à 19h, puis de 8h à 17h jusqu’en mars.