Les chroniques amoureuses du XXIe siècle par Audrey Osseni. Le Capitalisme de l’amour, d’Audrey Osseni, aux éditions Edilivre. Revu, coupé et corrigé par l’auteur pour Essonne Info. La fin a été modifiée. Le suspens reste donc entier !

XI.

Elle était d’une tristesse sans but. Et Pierre n’était plus comme aux premiers jours. Elle savait qu’elle ne tarderait pas à le perdre et à le retrouver, plus tard. Chaque fois qu’elle le voyait pour la dernière fois, elle le savait. Mais ces dernières fois étaient provisoires, et les premières, à répétition.

Mais elle savait aussi que quand elle le verrait pour la toute dernière fois, elle le saurait aussi surement que je sais quand sous la bille vient la fin du chapitre.

XII.

Plus le temps de rencontrer. Plus le temps de tout recommencer au risque que ce soit du temps perdu. On voudrait laisser faire la spontanéité mais on y arrive plus. Voir un inconnu dans l’escalier mécanique d’une gare, tomber sous son charme et dans ses bras. Pourquoi ne pas prendre l’amour là où il est ? Devant ce qui pourrait être l’objet d’un nouvel amour nous voilà les victimes d’un tétanos foudroyant. Syndrome qui nous mène jusqu’en haut de l’escalator avec le seul souvenir d’un regard échangé si rapidement que le doute persiste quant à son existence. Home sweet home. Comme Ulysse, si l’on voyage c’est toujours pour mieux rentrer.

XIII.

Elle sentait bien qu’elle en deviendrait folle. Plus de lui, mais folle. Il lui avait fait, perdre la tête. Elle finirait le regard vide dans un rockin chair ou la cause d’un retard de train pour « accident de personne ». Le processus était en cours. Inutile de résistait elle disait. A présent elle croyait le voir, le grand dessin des choses.

XIV.

L’impasse, c’est quand le début et la fin se ressemblent. C’est quand l’histoire n’avance plus. Et qu’elle n’a d’ailleurs jamais vraiment avancé.

Ils n’ont pas l’air heureux mais je ne les plains pas. Ils n’ont pas l’air heureux parce qu’ils sont lâches. Ce qui est dur dans cette vie c’est de changer sa volonté. Aussi inflexible qu’une barre de fer que l’on tord. L’on s’obstine à vouloir changer la volonté de l’autre alors que ce n’est que sur la sienne propre que nous avons du pouvoir. Pourquoi vouloir changer le monde tout entier pour qu’il soit en adéquation avec son désir alors qu’il serait tellement plus simple de le changer, son désir ? De désirer le monde tel qu’il est ?

Ainsi les êtres perdus cesseraient de nous manquer car on désirerait ce monde sans eux. L’on cesserait de vouloir réguler les capitalistes effrénés car on ne les désirerait plus, ou bien on ne désirerait plus les changer.

Le problème est l’acceptation. L’on n’accepte rien et l’on veut tout changer selon son désir. Si l’on veut tout changer et que rien ne change, c’est l’impasse. L’impasse, c’est quand le début et la fin se ressemblent.

Le Capitalisme de l’amour, d’Audrey Osseni, aux éditions Edilivre. Revu, coupé (et corrigé?) par l’auteur pour Essonne Info. La fin a été modifiée. Le suspens reste donc entier!