Trois élections municipales d’affilée, des informations judiciaires ouvertes contre MM. Dassault et Bechter, un climat démocratique local surréaliste : retour sur les cinq années les plus tumultueuses de la municipalité de Corbeil-Essonnes.

Corbeil-Essonnes aura connu cinq années assez mouvementées, avec notamment la tenue de trois élections municipales en trois ans. Pour rappel, la commune est passée pour la première fois aux mains de la droite avec la victoire du milliardaire et homme d’affaires Serge Dassault en 1995, face à la maire sortante Marie-Anne Lesage (PCF) qui avait remplacé Roger Combrisson en 1992. Serge Dassault s’installait donc dans l’Hôtel-de-Ville géré depuis un demi-siècle par des maires socialistes ou communistes. Après avoir été réélu dès le premier tour en 2001, le président d’honneur du groupe Dassault Aviation se présente une nouvelle fois en 2008 pour briguer un troisième mandat. Malgré une nouvelle victoire, cette fois serrée (50,65% contre 49,35% pour Bruno Piriou), l’édile se voit contester puis invalider sa réélection par le Conseil d’État. Il est reproché à Serge Dassault des dons d’argent à des habitants pendant la campagne « de nature à altérer la sincérité du scrutin ».

Puni d’un an d’inéligibilité, l’ancien maire passe la main à son bras-droit Jean-Pierre Bechter, sous-préfet, secrétaire général de sa fondation, administrateur de la Socpresse (Le Figaro), et président directeur général de l’hebdomadaire Le Républicain de l’Essonne. Très disputé, le scrutin de 2009 est finalement favorable à ce dernier qui l’emporte aux dépens de Michel Nouaille avec seulement 27 voix d’écart. Mais en raison de la présence du nom de Serge Dassault sur le bulletin de M. Bechter, l’élection est une nouvelle fois annulée courant 2010. Un dernier appel aux urnes pour les Corbeil-Essonnois verra finalement la liste de droite l’emporter une fois de plus sur celle de gauche, une nouvelle fois conduite par Bruno Piriou.

Alors que tout laissait penser que ces affaires étaient enterrées, des enregistrements compromettants vont remettre le feu aux poudres. Une caméra cachée réalisée par deux Corbeil-Essonnois relatant des échanges avec le sénateur détaille le fait que 1,7 million d’euros auraient été distribués durant les élections municipales de 2010 de la part de Serge Dassault pour acheter des voix. Une nouvelle histoire dont les proportions ont pris une ampleur hors norme. Cette affaire pourrait être à la base d’un règlement de compte fin février en pleine ville, plaçant « une nouvelle fois Corbeil-Essonnes dans la rubrique des faits divers », soupire l’opposant Michel Nouaille.

Un climat toujours aussi électrique

Une information judiciaire a été ouverte par le Parquet de Paris à l’encontre du sénateur Serge Dassault et du maire Jean-Pierre Bechter pour « corruption, abus de biens sociaux, blanchiment et achat de votes pour les élections 2008, 2009 et 2010 ». Alors que les deux hommes sont au centre de cette procédure judiciaire, la majorité continue de faire confiance à son maire. « Quand un milliardaire est dans une ville comme la nôtre, cela attise les jalousies, explique un élu. Tant que la justice n’a pas délibéré, il n’y a rien à dire. Faisons confiance à la procédure ».

Du côté de la majorité, l’équipe municipale se réjouit de son bilan malgré l’existence de ces affaires et d’un mandat très court. « Pour nous, ce mandat de trois ans est satisfaisant aux vues de ce que nous avons réalisé, souligne l’adjoint délégué aux affaires scolaires et à l’aménagement du territoire Sylvain Dantu. Nous avons misé entre autres sur l’éducation et sur la rénovation urbaine de notre ville comme grands projets  ». Pour l’opposition au contraire, « cette politique au coup par coup ne fera pas oublier les comportements insupportables qui auront abîmé la ville », souligne le député et conseiller général Carlos Da Silva.

Ainsi, la vie politique suit son cours à Corbeil-Essonnes, mais toujours dans un climat bien particulier. En témoigne le dernier conseil municipal du 27 mai dernier, boycotté par les élus de l’opposition suite au fait que les caméras de Dimanche+ se soient vues refuser l’accès par les agents de sécurité postés devant la mairie. Nombreux sont les observateurs à s’interroger sur une situation jugée préoccupante à l’échelle de la ville, au centre d’un « système clientéliste » résume sur son blog Sylvain Renard, qui a lancé un débat entre les forces de gauche en ligne.

Car si l’équipe Bechter est bien en place, et pourrait bénéficier d’une division de son opposition (lire notre article), plusieurs témoignages relatant des pratiques de l’actuelle majorité posent le problème de la sincérité de la vie démocratique dans ce cadre si singulier. Un microcosme corbeil-essonnois illustré dans le documentaire La Cause et l’usage qui filme des scènes de la campagne de 2009, sorti en septembre dernier.

Sollicité à plusieurs reprises pour la réalisation de ce dossier, Jean-Pierre Bechter a refusé les demandes d’entretien d’Essonne Info.