Le maire de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter est pour l’instant le seul candidat déclaré pour les municipales 2014, même si la gauche commence à accélérer le rythme à neuf mois du scrutin. Suite aux précédents démêlés avec la justice, le combat pour la mairie promet d’être rude dans la deuxième ville la plus peuplée du département. 

Passée à droite en 1995, Corbeil-Essonnes, deuxième ville du département derrière Évry avec près de 43 000 habitants, aura connu pas moins de trois élections municipales en trois ans, un record au niveau départemental. Les années 2008 et 2009 auront vu les victoires de Serge Dassault et de Jean-Pierre Bechter invalidées par le Conseil d’État pour irrégularités. Au final, Corbeil-Essonnes ne connaîtra l’identité de son maire qu’au soir du 12 décembre 2010, avec la victoire de Jean-Pierre Bechter face à Bruno Piriou, l’emportant avec une large avance malgré un taux d’abstention de plus de 53%.

Après trois ans de mandat, Jean-Pierre Bechter a fait part de son souhait de briguer un second mandat pour les échéances de 2014. Bien que le maire ait obtenu le soutien de l’UMP pour les prochaines élections, cela n’empêchera peut-être pas certains membres de sa majorité de monter des listes dissidentes. C’est d’ailleurs ce qui s’était produit lors des deux dernières campagnes électorales. Jean-Michel Fritz et Jean-François Bayle avaient respectivement été candidats en 2009 et en 2010 au premier tour avant de se rallier à Jean-Pierre Bechter durant l’entre-deux tours. Aujourd’hui, même si personne n’a encore clairement affiché ses ambitions, ce cas pourrait-il se reproduire ?

Pour Sylvain Dantu, 3ème adjoint délégué aux affaires scolaires et à l’aménagement du territoire, « il est encore trop tôt pour le savoir. À Corbeil, il n’est pas rare que la situation se décante quelques mois, voire quelques semaines avant le scrutin », avance-t-il pour évoquer de possibles candidatures. Après s’être démarqué en quittant l’UMP pour rejoindre l’UDI courant 2012, l’actuel responsable UDI sur la 1ère circonscription de l’Essonne pourrait être tenté de monter une liste imitant de ce fait son père Serge Dantu, candidat en 2008. « Il n’y a pas de raisons qu’on ne soutienne pas un maire qui a fait son boulot, précise-t-il néanmoins. Tant que l’intérêt des Corbeil-Essonnois et que mes idées sont respectés par l’équipe municipale, je ne vois pas pourquoi je ferais une liste à part ». Alors qu’à droite il semble encore trop tôt pour y voir plus clair, à gauche, les forces en présence tentent de s’organiser.

Trois personnalités bien connues à gauche, Carlos Da Silva (PS), Michel Nouaille (FdG) et Bruno Piriou (PCF) (de g. à dr.). (DM/EI - DR - DR)

Trois personnalités bien connues à gauche, Carlos Da Silva (PS), Michel Nouaille (FdG) et Bruno Piriou (PCF) (de g. à dr.). (DM/EI – DR – DR)

La gauche saura-t-elle se rassembler?

Depuis la fusion des communes de Corbeil et d’Essonnes en 1951, la ville a été gérée successivement par des maires socialistes ou communistes avec notamment le long mandat de Roger Combrisson, plébiscité par les Corbeil-Essonnois à cinq reprises entre 1959 et 1992. La ville reste toujours autant marquée à gauche comme le soulignent les résultats des dernières élections législatives, cantonales et même présidentielles. Or, l’opposition peine à remporter les élections municipales. Le député de la 1ère circonscription de l’Essonne, Carlos Da Silva, donne son explication. « La division est la principale source de défaite de la gauche ». L’ancien tête de liste PS aux municipales de 2008 et 2009 compte bien faire peser sa qualité de député dans cette bataille pour la mairie. « En tant que député, j’ai une responsabilité particulière. C’est pourquoi je fais tout pour que la gauche apparaisse unie, sur une même liste, pour gagner Corbeil ».

Par le biais de son appel, le député vise à construire le rassemblement sans pour autant revendiquer la tête de liste. «  Pour le moment, le but de cette action est de faire converger rapidement les composantes de la gauche et de tirer les enseignements des défaites en étant honnêtes sur ces résultats, insiste-t-il. Les temps politiques viendront à l’automne ». Celui qui est aussi conseiller général de la ville devra également composer avec une section socialiste qui a connu quelques tensions ces dernières semaines, deux militants en venant aux mains et son responsable contraint de démissionner de son poste.

De son côté, Michel Nouaille, battu de seulement 27 voix par Jean-Pierre Bechter lors de l’élection municipale de 2009 semble bien armé pour être investi par le Front de Gauche pour le prochain scrutin. « Il est le plus apte à conduire une large liste de rassemblement » dit de lui l’élue PG Pascale Prigent. Récemment accompagné d’Éric Coquerel, secrétaire national du Parti de Gauche, lors d’une soirée débat à Corbeil-Essonnes, l’élu de l’opposition aspire également au rassemblement de la gauche. « J’ose espérer que nous y arriverons le plus rapidement possible, assure Michel Nouaille. Toutefois, tout se jouera sur le contenu qui reste pour le moment peu évoqué. Il faudra également que ce rassemblement, s’il se fait, passe par une implication plus grande de la part des citoyens dans le projet ».

Candidat en 2009, Jacques Picard (EELV), devenu entre-temps conseiller régional semble disposé à réaliser l’union avec les socialistes. « Nous n’avons jamais eu d’alliance avec le PS au premier tour sur cette commune, cependant, elle est envisageable et elle est envisagée comme une hypothèse ». Bien que l’idée d’une liste autonome ne soit pas exclue, l’élu des Verts laisse sous-entendre que « si l’union se fait, nous ne réclamerons pas la tête de liste ».

Pour la majorité, le possible rassemblement n’impressionne guère. « Vu comme la gauche est en train de se pinailler entre le Front de Gauche et le PCF qui sont très divisés et un PS qui est assez absent, je ne pense pas qu’ils arriveront à se mettre d’accord », estime Sylvain Dantu.

Un Printemps qui interroge

Outre les grands partis comme le l’UMP, le PS, le Front de Gauche ou encore les Verts, un mouvement citoyen a vu le jour, au courant du mois de mars dernier. Le Printemps de Corbeil-Essonnes, c’est son nom, est une démarche collective dont le but est de « créer un espace politique qui permette au plus grand nombre de Corbeil-Essonnois sur la base de valeurs, de construction démocratique, de débats… de pouvoir permettre aux citoyens de discuter de l’avenir de leur ville », comme le précise l’un des organisateurs, Oscar Segura. En deux mois, deux réunions ouvertes à tous ont ainsi rassemblé entre 70 et 90 personnes. Lors de ces soirées, plusieurs débats sur des thématiques comme l’urbanisme, l’école ou encore sur la santé étaient à l’ordre du jour. « Au cours de ces discussions ouvertes, chacun exprime son point de vue sur ce qui ne va pas et sur ce qui pourrait faire changer les choses à Corbeil-Essonnes », récapitule Oscar Segura.

Ce rendez-vous citoyen qui prône l’Education populaire n’est pas sans rappeler les épisodes de Génération Citoyenne et de La Ville Ensemble. «  Le Printemps est une sorte de continuité de ces deux associations », développe l’organisateur. Au final, ces deux associations citoyennes avaient toutes deux débouché sur l’élaboration de listes pour les municipales de 2001 puis de 2008, conduites par le Conseiller général Bruno Piriou. Cinq ans après l’expérience de La Ville Ensemble, l’élu d’opposition fait également partie de cette nouvelle expérience. « Je me considère comme un citoyen parmi tant d’autres, insiste-t-il. Seulement, j’ai une expérience singulière, en ayant mené directement ou indirectement quatre campagnes municipales, je suis aussi là pour apporter toute mon expérience au mouvement ».

À en croire les organisateurs, il se pourrait fortement que le mouvement citoyen emprunte la trajectoire prise par ses aînés, car «  nous ne nous reconnaissons pas dans l’appel au rassemblement du député, précise Oscar Segura. C’est une posture politicienne ». « C’est ce type de pratique politique que je ne supporte plus », rajoute Bruno Piriou. Même si ce dernier préférerait « voir émerger de nouvelles personnes » plutôt que de conduire lui-même la liste, tout reste à faire, notamment pour la question du financement d’une possible campagne.

Le 21 mai dernier, lors de la seconde rencontre du Printemps, certains participants ont exprimé des interrogations sur le débouché politique d’une telle démarche, question qui n’est pas clairement tranchée pour le moment. Parmi les autres composantes de la gauche, cette initiative ne laisse pas indifférent. Presque d’un commun accord, Carlos Da Silva, Michel Nouaille et Jacques Picard s’accordent à dire que si la droite gagne de nouveau, ce sera cette initiative et ses organisateurs «  qui porteront le brassard de la défaite ».

Bref, à droite comme à gauche, l’été promet d’être riche en négociations…