Pour la première fois en Essonne, l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Économique) met en place le programme CréaJeunes, un outil d’apprentissage pour ceux qui rêvent de créer leur entreprise sans connaître les règles du jeu.

« Vous allez passer de l’autre côté de la barrière. Si vous avez été employé, maintenant c’est vous les patrons. » Les patrons, ce sont une dizaine de jeunes d’environ 25 ans venus dans les locaux de la Maison de la Création d’Entreprise à Evry apprendre les secrets de l’entrepreneuriat. En face d’eux, des bénévoles de l’ADIE leur offrent une formation de six semaines sur les moyens de concrétiser leur projet. « Deux à trois fois par semaine, on leur propose une journée de cours et d’échanges sur les enjeux commerciaux, le développement personnel et la gestion financière, détaille Christelle Dechelle, coordinatrice à l’ADIE et chargée du programme baptisé CréaJeunes.

Ce dispositif inédit dans le 91 est destiné à des jeunes de 18 à 32 ans qui ont des projets de création d’entreprise, et un plan de financement d’une valeur inférieure à 30 000 euros. La deuxième session de l’année est en cours.

« La plupart des projets en sont encore aux prémices, mais avec des objectifs assez précis. On leur fait faire leur étude de marché intégralement, définir une stratégie commerciale et de communication, analyser la clientèle et la concurrence. Pour valider un thème, ils passent devant un jury. » En fonction de la validité de leur projet, ils pourront à terme demander un financement de leur activité par l’ADIE ou une banque et commencer à travailler à l’automne.

Du rêve à la réalité

Mais avant d’espérer, il faut surtout recadrer. C’est là que les formateurs jouent leur rôle, des bénévoles, pour la plupart retraités, eux-mêmes créateurs d’entreprises ou issus du secteur de l’économie. « Leur expérience permet de remettre les projets à plat, de voir ce qui fonctionne ou pas, analyse Christelle Dechelle. Beaucoup de participants arrivent avec des rêves dans la tête, il faut les replacer dans la réalité » .

Denis est un ancien professeur d’économie. Retraité depuis un an, il a voulu aidé des jeunes à développer leurs projets, un retour à ses classes. « Ça s’organise comme un vrai cours : ce matin on a travaillé sur les sociétés, cet après-midi sur les entreprises individuelles, avec un maximum de mises en situation pour mieux répondre à leurs questions. » Et ce qui bloque le plus souvent ce sont les questions financières et juridiques. « Ils n’ont pas de réflexion sur leur statut. Ils ont un projet commercial mais découvrent les enjeux de leur statut, les charges qu’ils devront payer… »

Ahmed et Vinoth veulent ainsi créer une structure de restauration rapide avec des spécialités du monde entier : mexicain, chinois, indien… « On veut savoir comment gérer une entreprise, ce qu’on peut faire et ne pas faire, explique Ahmed. Je ne m’attendais pas à ça, le statut juridique, les impôts, ça fait pas mal réfléchir. Mais j’apprends aussi à prendre confiance en moi. »

De son côté, Christelle souhaite promouvoir la culture africaine en vendant sur internet des produits issus du commerce équitable et fabriqués en Côte d’Ivoire, dont elle est originaire. Guillaume compte, lui, développer avec un ami graphiste une ligne de vêtements streetwear. « On a lancé la marque, on fait déjà du sponsoring pour des sportifs. L’objectif, c’est de commencer à vendre d’ici septembre. La formation m’a aidée à me remettre dans le droit chemin. »

Les participants à cette session présenteront leur projet global le 27 juin, une troisième et dernière session aura lieu dans quelques mois. Face au succès de la formation, l’ADIE pense étendre CréaJeunes à cinq séances de six semaines en 2014.