La compétition pour les municipales sera serrée à Vigneux, avec plusieurs candidatures à gauche comme à droite. Si le pensionnaire actuel de la mairie paraît en théorie déstabilisé, la division de ses adversaires laisse le scrutin totalement ouvert.

C’est une fin de deuxième mandat plutôt difficile pour Serge Poinsot. Le maire vigneusien entré en poste en 2001 se retrouve en effet à devoir faire face à différentes contraintes qui pourraient remettre en cause sa crédibilité en vue d’une troisième candidature.

Tout d’abord vis-à-vis de sa politique, vivement critiquée par ses opposants. Plusieurs représentants de partis critiquent ainsi l’absence d’un centre-ville à Vigneux, et l’absence de services publics malgré de nombreux projets de construction urbaine, notamment la rénovation du quartier de la Croix-Blanche« Il faut réorganiser les transports, la scolarité, des choses que M.Poinsot n’a pas vraiment fait depuis deux mandats, considère Didier Hoeltgen, conseiller général PS du canton. Les parpaings et le ciment ne suffisent pas, il faut aussi un projet pour cette ville et ses habitants. » 

Des propos que le maire réfute en rappelant la création d’une crèche collective, et que la question des transports, entre autres sur la zone du Clos de la Gare, est en discussion avec le STIF. « On comble notre retard doucement, mais aucune ville à part peut-être Corbeil-Essonnes n’a été sujet à une rénovation aussi importante en si peu de temps. »

Il y a ensuite les accusations de corruption liées à ces mêmes travaux immobiliers faites par le site internet Mediapart. L’enquête révèle que Serge Poinsot aurait favorisé l’attribution de certains permis de construire, dont ceux du clos de la Régale, à certains promoteurs, et qu’il aurait lui-même reçu un 4×4 en contrepartie de ce coup de pouce. Le maire risque des poursuites judiciaires si ces informations s’avèrent vraies. « Mediapart ferait mieux d’enlever ses pieds de la merde et de s’intéresser aux vrais projets, rétorque-t-il. Les gens ne sont pas des poubelles à qui on peut vendre n’importe quoi. Je ne lis pas leurs articles, je n’en ai rien à faire et je ne vais pas gaspiller mon argent pour engager un avocat pour répondre à ce genre de déclarations. »

Et puis il y a la question du soutien politique en vue des élections. Poinsot, maire élu UMP, sera soutenu pour les municipales par… l’UDI. « Ces deux partis sont liés », répond-t-il.  Mais alors pourquoi n’a-t-il pas l’aval du parti qu’il a représenté pour ses deux investitures ? « C’est en discussion, rien n’est décidé ». Et quand on lui demande si cette situation est liée aux tensions qui existe entre lui et Georges Tron, président de la fédération UMP 91, il préfère renvoyer la balle au maire de Draveil.

Un opposant UMP, et deux discours à gauche

C’est en tout cas son ancien collaborateur, Jacques Vaudron, qui pourrait bien obtenir le soutien UMP que Serge Poinsot n’a pour l’instant pas eu. Celui qui pourrait jouer la carte de l’alternance à droite préfère rester discret pour le moment. « Tout est encore en phase de réflexion, rien n’est arrêté à l’heure actuelle concernant cette élection. »

Ces adversaires sont, eux, surs de sa candidature. D’après Patrice Finel, conseiller municipal Parti de Gauche, «  il est salarié de l’agglomération depuis peu, et donc soutenu par son président Nicolas Dupont-Aignan, en plus de Georges Tron. » Une carte qui pourrait jouer en faveur de l’ancien premier adjoint du maire mais que semble regarder de haut l’édile de Vigneux. « Vaudron a été soutenu en 2008 et il a fait 7%. Les Vigneusiens sont intelligents, ils feront la différence entre un parachuté, un apparatchik, et quelqu’un qui a un bilan d’activité. »

La confrontation à droite devrait donc profiter à la gauche, à condition qu’elle se mette d’accord d’ici là. D’un côté, Didier Hoeltgen martèle un message de rassemblement : « j’ai été très clair au lendemain de mon élection au Conseil général, j’ai envoyé un courrier aux différentes forces de gauche pour demander que l’on travaille tous ensemble, les communistes, le Front de Gauche, le parti de Gauche, les Verts… Le débat, en tous cas, dans ma tête, est tranché. Il faut s’allier, et dès le premier tour. Ceux qui ne voudront pas de cette union feront peut-être perdre la gauche. »

De l’autre, le candidat perdant face à Poinsot en 2008, Patrice Finel affiche un discours bien différent : « Nous allons faire une liste citoyenne, que je dirigerai, soutenue par le Front de Gauche, l’élue régionale d’Europe Ecologie Les Verts Ghyslaine Degrave et d’autres » et ajoute « nous voulons montrer que le PS a peur des socialistes. »

À défaut d’unifier les forces, Finel préfère tenter un coup de poker : « la gauche n’est pas en position de gagner, mais la droite peut clairement perdre. Je pense que cette élection va se jouer dans une triangulaire au second tour, avec deux listes de droite. Reste à savoir qui représentera la gauche, mais je pense être devant, compte-tenu de mes récents résultats lors des cantonales, et de la mauvaise réputation nationale du PS. »

Le rôle des outsiders

Les quatre têtes d’affiche devront en tous cas prendre en compte l’importance des autres listes dans leur calcul. Karim Bouhassoun, sous l’étiquette indépendante « Ensemble pour Vigneux », pourrait être bien plus que la cinquième roue du carrosse. « La cantonale de 2011 a été une première étape électorale, la liste que je dirigeais avait remporté près de 10 % des voix à l’époque. Maintenant il faut avancer pour 2014, cette ville a besoin d’une nouvelle génération d’acteurs politiques ». Bouhassoun se considère comme un « socio-démocrate qui veut rassembler les forces pour battre la droite et l’extrême-droite. Je reproche à l’extrême-gauche d’avoir laissé Vigneux à la droite, en ratant la transformation de la société française. Les Vigneusiens ne doivent pas tomber dans le piège. »

Une autre liste pourrait d’ailleurs rentrer dans la course, celle du Front National, et grappiller des voix sur le thème de l’insécurité qui revient souvent dans la bouche des prétendants à la mairie. « On travaille actuellement sur la stratégie à adopter pour ces municipales, explique Audrey Guibert, secrétaire départementale du parti. En septembre, nous organiserons une conférence de presse pour présenter les candidats qui représenteront une liste FN ou de rassemblement Bleu Marine dans l’Essonne. La présence d’un candidat à Vigneux sera liée à nos ambitions sur certaines villes comme Chilly-Mazarin ou Arpajon. » Le FN est encore en phase d’implantation dans le 91, avec l’ouverture d’une première permanence départementale à Savigny-sur-Orge courant juin. Pourtant, le parti de la famille Le Pen est déjà bien présent sur Vigneux, preuves en sont les nombreuses affiches à l’effigie de sa présidente que l’on trouve dans la ville.

Difficile de dire qui est vraiment favori dans cette bataille des urnes, et pourtant, Serge Poinsot « appréhende cette élection avec sérénité. On m’avait déjà dit que la compétition serait difficile en 2008, et j’ai gagné avec 58 % après avoir fait 44 % au premier tour. On veut donner de l’ampleur à ce scrutin alors que c’est une municipale, pas une élection au CG ou à la région. »

Mais au final, on pourrait bien revoir en mars prochain une scénario comparable à celui du premier tour des cantonales il y a deux ans, où les cinq premiers candidats avaient tous réalisé un score entre 16 et 21 %. Reste à savoir qui s’en sortira, et quelles alliances feront pencher la balance.