Il avait filmé les fameuses « images interdites » au cœur du D3 de Fleury-Mérogis. Samir sort aujourd’hui à la lumière pour promouvoir un projet d’association d’insertion dans son quartier d’origine, les Erables de Viry-Chatillon.

Ces images avaient fait parler d’elles, après leur diffusion dans un numéro du magazine de France 2, Envoyé spécial, puis continuent à attirer l’attention après leur publication sur les sites de partage de vidéo. Un livre a ensuite été publié (« Reality-taule » en 2010), retraçant les conditions de tournage et le quotidien des prisonniers de la plus grande maison d’arrêt d’Europe. Mais pour se protéger, les auteurs de ce film étaient jusqu’alors restés dans l’anonymat.

La donne change aujourd’hui, après que Samir, 28 ans, a décidé de témoigner. Il participe depuis quelques semaines à des projections du film coréalisé par l’association GrignyWood, « D3, au delà des barreaux » dans des structures de quartiers ou au sein d’associations. Il livre ainsi son ressenti, sur des questions « qui sont toujours d’actualité » selon lui : la surpopulation carcérale, les suicides, la violence de la détention… L’objectif de sa présence est affirmé : « je raconte les conditions de vie et les difficultés rencontrées par les prisonniers, pour faire comprendre les réalités aux plus jeunes » .

Eviter à certains jeunes de « mal tourner »

Touché par une génération « qui n’a plus peur de la prison » , Samir se reconnait dans le parcours de certains plus jeunes qui commencent les bêtises, le renvoyant 10 ans en arrière : « je sais le chemin qu’ils prennent, d’abord avec de petites conneries » . Celui qui a réalisé plusieurs séjours derrières les barreaux se rappelle de sa condition une fois sorti. « Il y a les services de probation (le Spip), mais une fois dehors, je n’avais plus aucun suivi » explique Samir.

Alors pour tenter de prendre le problème à la racine, l’ancien détenu s’est lancé dans la création d’une association, basée dans son quartier d’origine, les Erables, sur le plateau de Viry-Chatillon. Viry Jeunes Insertion est en quelque sorte son moyen d’éviter à certains jeunes de mal tourner. « Il existe un certain nombre de dispositifs pour eux, mais les jeunes ne vont pas naturellement vers la mission locale ou le pôle emploi » justifie-t-il, « il s’agit d’aller les chercher dans la rue, pour notamment remettre ces jeunes déscolarisés dans le circuit, qu’ils bénéficient de formations par exemple » .

Si un club de prévention et un certain nombre de structures existent sur le territoire, Samir affirme qu’une association de ce type manque aux Erables, « à la Grande Borne ou la Cilof (les Coteaux de l’Orge) il y a des choses, mais pas assez ici » . Si il reçoit le soutien des pouvoirs publics, ce qu’il espère en se servant de sa petite notoriété, il souhaite ouvrir un local qui accueillerait les jeunes. Désormais à découvert, il sait qu’il prend des risques car son film réalisé au sein de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis pourrait lui valoir des poursuites. Mais Samir assume, et sa volonté de travailler dans une dynamique d’insertion sera selon lui « bien perçue » .