De trois en 2008, le nombre de listes en compétition pour les municipales devrait au moins doubler l’année prochaine. Et face au maire sortant, la concurrence est rude.

  • Photo : Laurence Spicher-Bernier (CNIP) et Éric Mehlhorn (UMP). (MP/EI-DR)

Un maire remplacé en début de mandat, des scissions dans la majorité, des changements de parti, un bilan municipal critiqué, des conflits avec l’agglomération, les cinq dernières années ont été mouvementées dans la quatrième ville de l’Essonne.

Là où Savigny-sur-Orge avait connu la continuité depuis 1983 avec Jean Marsaudon, son décès en 2008 a quelque peu chamboulé l’échiquier politique. Sa remplaçante, Laurence Spicher-Bernier, s’est retrouvée rapidement en conflit avec une partie de son équipe municipale. Écartée de l’UMP après avoir présenté une liste dissidente aux dernières législatives, elle a ensuite intégré le Parti Radical, puis le Centre National des Indépendants et Paysans, sous la houlette du rassemblement UDI. Beaucoup se montrent aujourd’hui négatifs sur son bilan politique : « On peut reprocher à Mme Spicher-Bernier de ne pas avoir respecté le programme de Jean Marsaudon, considère le conseiller général UMP et ancien collaborateur du maire, Éric Mehlhorn. Il y a une mauvaise gestion de l’entretien des routes, des subventions pour la culture et le sport. Il y a eu de nombreuses dépenses inutiles qui ont diminué notre budget communal. Dépenser 20 000 euros pour des repas en l’honneur des anciens combattants alors qu’on pourrait utiliser la même somme pour réparer la clôture d’une école, c’est incompréhensible. »

article2

  • Photo : Jean-Marc Defrémont (PS) et David Fabre (DVG). (MP/EI – DR)

Pour l’élu David Fabre, « Il n’y a pas de dynamique urbaine globale. Par exemple la seule dynamique concernant le commerce local c’est de maintenir les commerces de proximité. C’est un signe qu’il y a un manque d’ambition. On est la quatrième ville de l’Essonne, on n’est pas un village. [ …] Depuis  la mort de Jean Marsaudon, la situation a vraiment changé,  Ça été le début des ambitions personnelles. On était en fort désaccord avec Marsaudon sur certains aspects politiques, mais nos relations étaient respectueuses. Aujourd’hui, le maire n’est pas respecté, il y a un problème de légitimité mais aussi de personnalité. » Un point de vue repris par le socialiste Jean-Marc Defrémont : « Les changements constants de parti de Mme Spicher-Bernier sont révélateurs du fait qu’il s’agit d’une personne qui est plus intéressée par son parcours personnel que par les idées qu’elle défend, puisqu’elle en change assez souvent. C’est une personne qui crée du clivage, sa majorité est beaucoup plus fragile. »

Néanmoins, à moins d’un an des élections municipales, Mme Spicher-Bernier ne se démonte pas face à ses adversaires et se veut satisfaite de son action. « J’ai suivi le programme sur lequel nous avons été élu. Aujourd’hui, je suis le maire sortant. Si je ne me représentais pas, ça voudrait dire que tous les projets que nous avons mis en place sur ce mandat ne m’intéresseraient pas. »

Celle qui se présente comme une femme de droite décomplexée et indépendante devra en tous cas faire face à une opposition nombreuse et diverse, à commencer par la droite. Éric Mehlhorn, dissocié de l’équipe du maire depuis bientôt quatre ans, sera candidat pour l’UMP sur la ville de Savigny-sur-Orge. « Je viens d’être audité et soutenu par le comité national. » La représentante CNIP se dit cependant ouverte à la négociation : « Il n’y a pas de division de la droite. J’accueillerai M.Mehlhorn s’il compte revenir vers nous. Je ne suis pas contre une alliance avec l’UMP, des gens de mon équipe sont eux-mêmes de ce parti. » Un schéma cependant peu plausible : « il n’y a plus de contact entre nous à l’heure actuelle, précise l’intéressé. Une alliance au premier tour me semble aujourd’hui impossible, et je l’imagine mal négocier un poste de conseiller municipal pour le second tour. »

Ni outsiders, ni favoris

À gauche aussi, il y aura du choix. Les socialistes comptent lancer une alliance la plus large possible, en lien avec les Verts mais aussi avec le PC et le Front de Gauche. De l’aveu de Jean-Marc Defrémont : « Les questions nationales vont compliquer le débat mais je pense qu’on peut les dépasser. 30 ans de droite c’est d’abord de l’étalement urbain, qui a favorisé fiscalement les ménages aisés, qui a appauvri les équipements notamment scolaires, et une structure budgétaire en mauvais état. C’est une situation de blocage, on n’a plus la place d’aménager de nouvelles infrastructures sans en supprimer d’autres. On doit aussi rendre certains services plus accessibles, moins onéreux. » La liste officielle des 39 noms retenus devrait être connue d’ici septembre, reste à savoir qui en prendra la tête.

Mais le PS ne sera pas seul, et aura comme adversaire un de ses transfuges, David Fabre. « J’ai quitté les socialistes en 2010 avec une partie de l’équipe. Certains comme moi ont depuis rejoint Europe Ecologie mais pour cette élection nous avons préféré faire une liste sans étiquette, avec des personnalités civiles diverses. Il nous faut des gens compétents au service de la ville et non pas de leurs ambitions personnelles et de leurs idéologies politiques. Je ne sais pas si les gens vont prendre en compte le climat national, mais si c’est le cas, ça fera le jeu du FN. Les gens ne doivent pas se retourner vers eux par défaut, par dégoût des autres partis. »

D’autres listes devraient venir apporter leur grain de sel dans l’élection : le groupe Savigny Égalité, parti de gauche républicaine représenté par Jean Estivill, et le Front National qui avait créé la surprise aux élections cantonales en 2011 quand Jean Mérey avait atteint le second tour dans le canton de Juvisy-sur-Orge, avec plus de 36 % des voix face au socialiste Etienne Chaufour. « Nous affichons clairement des ambitions pour les municipales à Savigny. Pour l’instant, notre candidat n’est pas déterminé, nous ferons appel à une personnalité locale. Nous ne sommes pas fermés à des alliances au cas par cas, notamment avec des gens sans étiquette. On veut rassembler, ce que n’arrivent à faire ni la gauche, ni la droite » indique t-on au parti frontiste.

Six listes potentielles et peu de négociations en vue, la bataille sera longue dans un climat sans nul doute tendu. Savigny ne sera pas gagnée dans la douceur.