Le réaménagement du quartier de la gare prévu depuis dix ans fait polémique, avec l’arrivée d’un centre commercial qui divise la Ville et ses commerçants.

  • Photo : La pétition contre le nouveau centre commercial est affichée à l’entrée de l’Intermarché voisin.(MP/EI)

En 2003, la patinoire fermait et le quartier de la gare était sujet à rénovation. Dix ans plus tard, on n’y trouve qu’un parking délabré et surchargé en attente de mieux. Pourtant, le projet est loin d’être enterré.
La municipalité de Yerres prévoit en effet de développer un nouveau pôle public-privé qui comprendrait une centaine de logements, une agence Pôle Emploi, une crèche, et surtout une surface commerciale de 4 500 m² composée d’un centre Leclerc de 2 300 m² et de plusieurs boutiques.

Si la nécessité de réhabiliter la zone fait l’unanimité, l’idée d’une nouvelle surface de vente est vivement débattue, dans un département où les centres commerciaux sont déjà nombreux. C’est ainsi que le collectif Le Chêne Yerres s’est créé en février pour empêcher la mise en place de ce nouveau centre, avec à sa tête Daphné Ract-Madoux, architecte-urbaniste qui avait travaillé sur le projet d’aménagement en 2003.

« Cette surface est bien trop grande, il n’y a que dix mètres entre la gare qui est sur une butte et la rue qui est trois étages en-dessous. La zone sera trop restreinte, trop condensée. Une étude faite par la Ville de Yerres en 2005 démontre par ailleurs qu’une telle superficie commerciale est inadaptée à une offre déjà satisfaisante. » Pour preuve, le maire Nicolas Dupont-Aignan avait refusé à la même époque le déménagement du magasin Intermarché sur la zone de la gare jugeant le projet trop conséquent en terme de taille.

Parmi les collaborateurs du Chêne se trouve l’association des commerçants de la ville, composée de 92 magasins. « Ce projet détruit un rythme de vie, s’inquiète Isabel Sequalino, présidente de l’association. Nicolas Dupont-Aignan veut conserver une certaine idée du bon-vivre, et à côté il veut développer un projet qui met à mal le commerce de proximité. Leclerc va se donner les moyens de se faire connaître, on peut craindre à des fermetures d’enseignes dans le centre-ville et au-delà. » Un avis que partage Christophe Herrio, directeur du magasin Intermarché et membre de l’association : « C’est inquiétant pour nous car une surface d’une telle taille va créer un pôle d’attraction. Il est aberrant d’installer deux centres commerciaux de taille équivalente à 300 mètres de distance, d’autant plus que nous avons fortement investi pour moderniser le magasin il y a à peine deux ans. Ça risque de faire baisser notre chiffre d’affaires et d’avoir un impact sur l’emploi. Le fait de créer une nouvelle structure ne va pas foncièrement changer l’offre et augmenter la clientèle. »

« Rendre la ville attractive »

Du côté de la municipalité, on comprend mal la réaction d’opposition au projet. « Cette surface de 2 300 m² est un projet de longue date, rappelle Véronique Thiebaut, directrice du cabinet du maire. Les habitants n’utilisent que 20 % de leur pouvoir d’achat sur Yerres alors qu’on devrait atteindre le double. »
Contrairement aux inquiétudes des commerçants, l’équipe municipale pense que l’arrivée de l’enseigne Leclerc favorisera l’émulation. « Nous voulons rendre la ville attractive : répondre aux besoins des Yerrois chez eux, et potentiellement attirer des visiteurs, ce qui permettrait de rapprocher le centre-ville de la gare. »

La question de la circulation autour de la gare est également posée, notamment en terme de places de parking. Pour le directeur de l’Intermarché : « Ni les usagers de la gare, ni les riverains ne trouveront leur compte. » La mairie, elle, annonce un flux équilibré entre le parking privé et l’autre public, selon l’affluence en semaine et le week-end, ainsi qu’une circulation plus fluide avec la création d’un rond-point.

Cette polémique autour de la gare de Yerres cache également un enjeu politique. Si Nicolas Dupont-Aignan a été élu lors des deux dernières élections municipales avec une facilité déconcertante (plus de 75 % des votes dès le premier tour), rien ne dit que ce conflit avec ses habitants ne va pas lui coûter une partie de ses voix l’année prochaine.
D’autant plus que la porte-parole du collectif Le Chêne est également représentante nationale du Modem, et pourrait jouer un rôle dans ce scrutin : « S’il faut aller au combat, on ira. C’est ma responsabilité du fait de ma connaissance du sujet, et ça se traduit par mon engagement politique. »

La municipalité souhaiterait faire débuter les travaux début 2014, même si, à l’heure actuelle, aucun permis de construire n’a été signé, et que le contenu de la galerie commerçante n’a pas encore été décidé. Les opposants continuent, eux, de penser que Nicolas Dupont-Aignan changera d’avis quant au projet global. Le débat pourrait bien durer encore longtemps.