La spectaculaire agression survenue samedi soir dans une rame du RER D fait beaucoup réagir, en Essonne jusqu’aux bancs de l’Assemblée Nationale. Pendant ce temps, les vraies questions ne sont peut-être pas posées.


  • Photo : le ministre de l’Intérieur a pris le RER à Grigny et est allé jusqu’à Evry-Courcouronnes (Capture BFM)

Ne prononcez plus le nom de « Grigny » , qui résonne aujourd’hui plus que jamais à l’échelle du pays comme une ville « dangereuse » où il ne « faut surtout pas mettre les pieds » . Sur la toile ou dans les médias, les commentaires sont nombreux depuis la médiatisation de ce fait divers particulier. Samedi soir dans une rame du RER D en direction de Corbeil-Essonnes, plusieurs voyageurs sont agressés et pris à partie alors que le train est en gare de Grigny-centre. Entre quinze et vingt individus s’en sont pris aux Essonniens qui rentraient chez eux, aux alentours de 22h30, et les ont pour certains violemment délesté de leur sacs à main, téléphones portables ou autres biens.

Au total 9 victimes ont été recensées, 6 plaintes ont été déposées, et pour le moment les forces de police n’ont procédé à aucune interpellation. L’enquête est confiée au commissariat de Juvisy, dont dépend le secteur de Grigny, qui tente notamment d’utiliser les images enregistrées par les caméras de la SNCF. En visite ce mardi après-midi sur place, le ministre de l’intérieur Manuel Valls a parlé d’un « guet-apens prémédité » et a dénoncé ce qu’il appelle des « agressions barbares »« Quelques crétins décérébrés pourrissent la vie des habitants, impunité zéro » a pour sa part déclaré sur RTL le président du Conseil Général et député, Jérôme Guedj.

Pour l’heure, des renforts policiers quadrillent le secteur de la gare, et la SNCF a renforcé ses patrouilles de la police ferroviaire (SUGE) sur la ligne. La gravité des faits a ainsi fait la Une de l’actualité ce mardi, après que plusieurs médias se soient rendus sur place dans la journée, recueillant des témoignages d’Essonniens désabusés voire paniqués par la situation. Lors des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale, des députés de l’UMP en ont profité pour faire du bruit, accusant la gauche au pouvoir de laxisme avec « des signaux d’impunité » selon les mots de Valérie Pécresse. « Les grandes phrases et les belles envolées ne tiennent pas face à la hausse de l’insécurité » leur a répondu Manuel Valls.

Les questions que l’on ne se pose pas

Les usagers du RER D doivent-ils désormais avoir peur lors de leurs trajets? Ce genre d’agression reste « exceptionnelle » à en croire les témoignages recueillis par Le Monde auprès de conducteurs de trains, souvent premières personnes à pouvoir intervenir dans pareil cas. Si l’on s’en tient aux faits, les voyageurs détroussés ont subi une attaque d’une rare violence, et espèrent que l’enquête permettra de retrouver ses auteurs. Ceux-ci risquent des peines de prison pour vol avec violence, cela en bande organisée. Mais la seule punition, largement prônée par tous les commentateurs, suffira-t-elle à répondre au malaise? Il faudra expliquer ce qu’il s’est passé, et surtout le comprendre, pour éviter que cela ne se reproduise et qu’un travail soit fait sur le long terme.

Un certain emballement médiatique semble pour le moment prévaloir, et il serait périlleux de chercher à analyser une situation dont personne ne connaît les tenants et aboutissants. Ce mardi après-midi par exemple, sollicité par les nombreux journalistes venus en Essonne, le procureur de la République d’Evry a du tenir une conférence de presse dans laquelle il n’a donné aucune nouvelle information ou avancée de l’enquête. Tandis que sur Twitter, des journalistes de TF1 recherchaient des témoignages, et d’autres réalisaient des micros trottoirs sur les quais de Grigny-centre. « On est un peu sous pression de nos rédactions » relate un confrère de région parisienne, qui note que la presse nationale « se fait très pressante » sur la question.

Attention à la stigmatisation

La présence policière renforcée ne saurait pourtant masquer le fait qu’en temps normal, les patrouilles de la sécurité publique s’arrêtent à 20 heures dans la zone. Dans les RER, des équipes sont bien présentes sur les derniers trains au départ de Paris, et des brigades tournent entre Villeneuve, Juvisy et Corbeil, mais elles ne peuvent être partout à la fois. Concernant les renforts en gare et aux abords depuis cette semaine, ceux-ci sont temporaires, et les agents sur place sont ceux affectés depuis peu à la Grande Borne pour la nouvelle ZSP (Zone de sécurité prioritaire). « Cela pose un problème car on ne sort pas les collègues du chapeau » ironise un responsable syndical de la police en Essonne, « On doit donc jongler avec les mêmes effectifs pour couvrir les deux secteurs » .

La question des effectifs de la police se pose donc, et plus généralement celle de la présence humaine. Les caméras qui ont enregistré l’agression ne sont pas directement visionnées, et servent a posteriori pour l’enquête. Alors que les gares se vident également de leurs agents, où sont les éducateurs de rue? Le club de prévention de Viry-Grigny, situé à deux pas de la gare, ne dispose pas de personnel suffisant pour couvrir les soirées et aller à la rencontre des jeunes, et travailler à prévenir ce genre de comportement. La marginalisation d’un certain public fait craindre aux acteurs sociaux, déjà peu nombreux, de voir ce territoire se dégrader encore, et que le nom de « Grigny » continue à pâlir d’une image détestable, ce qui rajouterait au sentiment de stigmatisation vécu par les habitants.