Le maire de Ris-Orangis est la cible des associations de droits de l’Homme et du Front de gauche. Ils lui reprochent sa gestion de la scolarisation des enfants roms de sa commune. Celui-ci justifie sa décision et critique ses détracteurs.

  • Photo : Le nouveau maire de Ris-Orangis a reçu Essonne Info dans son bureau en mairie (DM/EI)

Alors que se tenait à Evry une manifestation devant les grilles de la préfecture (lire notre article), la polémique ne retombe pas après la décision de la ville de Ris-Orangis de scolariser une douzaine d’enfants roms en dehors des salles de classe traditionnelles. Contacté par Essonne Info, le maire Stéphane Raffali nous a reçu ce jeudi. Dans une entrevue sur la situation, il s’en prend aux associations qu’il accuse de s’attaquer personnellement à lui, et justifie la manière de procéder de ses services.

Essonne Info : On vous accuse de ne pas faire appliquer le droit à l’école pour tous, qu’avez-vous à répondre à cela ?

Stéphane Raffali : C’est tout le contraire ! J’ai veillé à deux choses. La première c’est d’avoir une liste très précise des enfants concernés, pour prendre en charge seulement ceux qui sont sur le territoire de ma commune, et pas les enfants qui viennent d’ailleurs. Or j’avais des demandes épisodiques de scolarisation qui n’étaient pas certaines, car domiciliées au Secours catholique des Ulis et au Secours catholique d’Orsay. Mon premier travail avec l’éducation nationale a été d’établir une liste d’enfants pour la maternelle et l’élémentaire installés sur Ris-Orangis. Cette liste a été établie avec la directrice de l’Académie, donc au plus haut niveau de la hiérarchie de l’éducation nationale, sans le parasitage de tous les activistes qui tournent autour de ce dossier et qui l’instrumentalisent. Nous sommes arrivés à une liste de douze noms.

« J’essaie de m’adapter à la situation de ces enfants »

Stéphane Raffali : Deuxième chose, quand on est Maire, on veille au principe de solidarité et au principe de cohésion sociale du territoire. Ensuite je voulais avoir la garantie que ces enfants, qui n’ont jamais été scolarisés bénéficient d’une prise en charge scolaire adaptée à leur situation. J’ai donc demandé à ce qu’il y ait du personnel spécifique, dédié, formé pour ça. Et il y a deux personnes. C’est exceptionnel ce que j’ai obtenu pour ces enfants. Je reçois des leçons de gens qui filment comme une névrose les enfants, sans respecter leur droit à l’image, en les instrumentalisant, parlant en leur nom, alors que moi-même je fais le travail discrètement. Plutôt que de brandir le drapeau rouge, j’agis.

Essonne Info : Mais n’est-ce pas créer de la ségrégation que de les scolariser dans un complexe sportif en dehors des écoles rissoises?

Stéphane Raffali : Mais dans toutes les écoles de France, les enfants qui sont en décrochage bénéficient d’une géographie particulière. Forcément vous créez des sas. Nos écoles fonctionnent aujourd’hui avec trente élèves par classe. C’est ça, ma moyenne à Ris-Orangis. Donc, je ne déstabilise pas ce qui existe et ce qui fonctionne, j’essaie de m’adapter à la situation de ces enfants. J’essaie de bâtir quelque chose sur mesure pour eux. Et c’est ce que je suis arrivé à faire.

« Il faut démanteler le camp »

Essonne Info : Et dans l’hypothèse où il y’aurait de nouveaux habitants à Ris-Orangis et donc de nouveaux enfants, où seraient-ils scolarisés ?

Stéphane Raffali : Pour l’instant je ne crée pas de classe supplémentaire, je n’en ai pas les moyens. Donc je verrai avec l’éducation nationale si la situation se présente, en fonction du nombre d’enfants concernés et de leur situation sociale. On fera du sur mesure. Imaginez, si j’avais décidé de dire, les douze enfants je les mets dans un groupe scolaire, de classe normale, ça n’aurait pas été admis par toute la communauté scolaire. Ni par les élèves, ni par les enseignants. Vous n’imposez pas le traitement d’une solidarité à une population, vous l’organisez, cela se construit par petites touches, ça se construit intelligemment. Et pas en sur-politisant les problèmes.

Essonne Info : Pourquoi voulez-vous démanteler le bidonville rom ?

Stéphane Raffali : Dès ma prise de fonction, j’ai fait le diagnostique que le campement cristallise toutes les attentions. Il est apparu qu’il fallait absolument éviter le danger sur ce campement, parce que le péril est imminent. Il est dangereux pour plein de raisons, à la fois pour les Roms eux mêmes, mais aussi pour les riverains et pour les automobilistes qui passent à proximité et qui sont très nombreux, car on est à proximité de deux axes majeurs, la nationale 7 et la CD31. Donc, il faut démanteler le camp, absolument pour ses raisons là. Je fais attention à la sécurité des personnes, et je respecte le droit des enfants. Personne ne peut me reprocher quoi que ce soit. Je tiens les deux bouts.

Essonne Info : Comment les habitants vivent-ils cette cohabitation avec le bidonville ?

Stéphane Raffali : La commune est composée de plein de gens. Il y a des gens qui sont en colère sur cette commune. Qui sont en colère, parce que ça crée des troubles de voisinage, évidemment. Ca crée des troubles à l’ordre public aussi.  Dire le contraire serait mentir. Donc, soit on agit en conscience, et de manière objective avec une connaissance complète de ce dossier, soit on crée la radicalité, on crée l’affrontement, on créé la déchirure sociale, et du coup on ne règle rien du tout.

« Quelques excités qui se refont une virginité politique »

Essonne Info : Expliquez-nous comment vous le gérez ?

Stéphane Raffali : Mon souci, c’est d’éviter les images de Marseille. C’est à dire les habitants de la commune qui vont déloger les Roms. Mon obsession c’est d’éviter cela. Et c’est ce que j’arrive à faire pour l’instant. Je traite ce dossier dans un climat apaisé. Il y a quelques excités qui se refont une virginité politique à l’occasion de ce dossier là. On voit bien, les drapeaux rouges du Parti de gauche, les représentants locaux qu’on connaît par cœur. Qui sont employés d’ailleurs par Viry-Châtillon, la base arrière de Jean-Luc Mélenchon. On voit parfaitement par qui c’est organisé. Ce sont des gens qui n’ont jamais rien géré. Moi, je gère une commune et je veille à sa cohésion.