Interview. L’ancien député de l’Essonne retourne à ses fondamentaux en intégrant l’aile gauche du Parti socialiste, à l’occasion de son congrès. Il s’explique sur son parcours pour Essonne Info et fait le point sur ses engagements dans le département.

  • Photo : Julien Dray retrouve un positionnement à la gauche du PS à l’occasion de ce congrès (© JM/EI)

On l’avait cru enterré, au mois de juin, après la fin de vingt-quatre années de mandat de député de l’Essonne, et une campagne présidentielle marquée par son éviction de l’équipe de François Hollande. Durant l’été, Julien Dray a peaufiné son retour, en signant une contribution pour le prochain congrès du PS sous la forme d’une pièce de théâtre (lire notre article). Il a depuis formé avec d’autres membres de la gauche du PS une motion qui sera présentée au vote des militants socialistes lors de leur congrès. Julien Dray, l’ancien leader de la Gauche socialiste, après une vie de militant qui l’aura vu passer par la LCR, l’Unef ou SOS-Racisme, assure n’avoir pour le moment aucune ambition. Mais son replacement politique et sa prise de position contre le traité budgétaire européen lui ouvrent un espace dans le débat public. Il revient pour Essonne Info sur son parcours militant de ses derniers mois et années. Julien Dray s’exprime également sur son avenir politique en Essonne.

« J’ai préféré me mettre en retrait »

Essonne Info : Quel bilan tirez-vous de ces 10 dernières années au PS ?

Julien Dray : C’est un bilan mitigé. J’ai pu peser dans le parti, jusqu’à la dernière campagne. Aujourd’hui la gauche est au pouvoir, mais j’ai été en retrait lors de cette campagne présidentielle. Il y avait pour moi des choses qui étaient difficiles à assumer idéologiquement, parce qu’elles n’étaient pas les miennes. J’ai préféré me mettre en retrait.

Essonne Info : Mais pourtant vous faisiez parti de l’organigramme de campagne de François Hollande pendant les primaires…

Julien Dray : Oui, mais pour m’occuper de choses sur lesquelles on me laissait une certaine liberté idéologique. Ce n’était pas le cas en  2007 pour la campagne de Ségolène, il y a certes eu des erreurs, mais j’en assume le contenu idéologique.

« J’ai des désaccords sur un certain nombre de choix »

Essonne Info : Le dépôt de votre contribution puis d’une motion pour ce congrès, est-ce la continuité de cette campagne présidentielle ?

Julien Dray : J’ai tiré de la campagne un certain nombre de conclusions, qui m’ont conduit à penser qu’il faut reprendre la parole sur le plan politique, c’est-à-dire d’abord sur le plan des idées. Il convient de faire très attention aux choix qui sont faits au début du mandat car, après, on ne peut que très difficilement les corriger. C’est ce que j’ai dit dans la pièce de théâtre. J’ai des désaccords sur un certain nombre de choix. Mon désaccord majeur est que l’on n’a pas pris la responsabilité de poser le problème de la refondation de l’Europe. Oui, en acceptant le cadre tel qu’il est fixé par le traité budgétaire, en acceptant les choses telles qu’on va prochainement les voter au Parlement (avec tous les principes que cela implique), on n’arrivera pas à s’en sortir !

Essonne Info : Pour ce traité, est ce que vous considérez qu’il faille voter non ?

Julien Dray : J’ai déjà voté non à ce traité. Je suis cohérent avec moi-même. Je rappelle que j’ai fait partie des quelques parlementaires qui, en février 2012, ont voté non à ce traité. Je ne vais pas aujourd’hui changer d’avis. Malgré les quelques modifications apportées, le contenu reste le même. Tous les observateurs objectifs le pensent.

« Une démarche novatrice, refondatrice, salutaire »

Essonne Info : Pour le congrès de Toulouse vous vous placez à l’aile gauche du PS en signant la motion 3, c’est un retour aux sources ?

Julien Dray : Je pense que c’est une démarche nouvelle qui permet de retrouver des gens qui ont, pendant des années, mené des combats communs. Ce qui est intéressant c’est qu’il y a aussi une nouvelle génération qui vient à ce combat à l’intérieur du Parti Socialiste. Tout cela est nécessaire. Je pense que c’est une démarche novatrice, refondatrice, salutaire.

Essonne Info : Vous avez bien conscience qu’on peut faire des parallèles avec l’ancienne Gauche Socialiste ?

Julien Dray : Je n’ai jamais renié ce que j’ai fait pendant dix sept ans à la Gauche Socialiste. On voit qu’elle a été sacrément utile au Parti Socialiste à tous les niveaux.

« C’est une nouvelle vie pour moi »

Essonne Info : C’est un peu ce rôle là que vous voulez faire jouer à cette motion?

Julien Dray : On ne refait pas deux fois la même chose dans la vie. Aujourd’hui, il y a la volonté de reformer une gauche idéologique à l’intérieur du Parti Socialiste.

Essonne Info : Et vous espérez faire quel pourcentage au vote des motions ?

Julien Dray : Je n’en sais rien. C’est une nouvelle vie pour moi, on va voir… Ce congrès se fait dans des conditions très particulières de précipitation. Donc je suis sûr que la qualité du débat va s’en ressentir. Est-ce qu’on aura le temps pour pouvoir faire passer des arguments ? Ou est-ce qu’on va demander de serrer les rangs face à l’adversité…

Essonne Info : Par rapport à la situation en Essonne, le fait que vous intégriez cette motion, ça change aussi les rapports de force politiques dans le département. Parmi les premiers signataires de la motion 3, il y a votre ancienne suppléante Fatima Ogbi. Qu’est ce que vous visez en Essonne avec ce congrès ?

Julien Dray : Il y a des traditions historiques, l’Essonne a toujours été une terre favorable à la gauche du parti. J’espère qu’elle restera fidèle à la gauche du parti.

« A Saint-Michel je suis avec des amis »

Essonne Info : Sur Saint-Michel-sur-Orge, où en êtes-vous ? (ndlr : il a intégré cette section du PS en juin, lire notre article)

Julien Dray : Je n’ai pas changé d’avis. Cette question ne se pose pas. Nous sommes dans le temps du congrès du Parti Socialiste et les autres questions ne m’intéressent pas.

Essonne Info : Donc vous ne postulerez pas à un secrétariat de section ?

Julien Dray : Non et à rien d’autre. Je suis dans un autre temps politique. Et je ne veux pas ouvrir de conflits ou de blessures inutiles. A Saint-Michel je suis avec des amis et il n’y a pas de conflit personnel, tant mieux. Pour le reste je laisse les gens à leurs fantasmes car je ne sais pas les combattre… les fantasmes !

Essonne Info : Vous vouliez absolument rester dans la dixième circonscription ?

Julien Dray : Je suis encore jusqu’à maintenant, redevable et comptable de mon statut de vice-Président à la région et tête de liste en Essonne aux élections régionales de 2010. Je ne peux pas dire demain aux Essonniens, avec tout ce j’ai fait, que je pars. Je rappelle qu’en 2010, j’ai fait un score historique à la tête de la gauche et je me voyais mal leur dire « maintenant je n’en ai rien à faire ». J’ai essayé de trouver la solution la plus calme, la plus présentable et celle porteuse d’aucun conflit, encore une fois. Je commence une autre histoire politique, elle est pour moi grave et ne se résume pas à une quelconque ambition personnelle.

A lire sur Essonne Info : Les enjeux du congrès du PS en Essonne

Entretien réalisé par Julien Monier.