Social. Avec 80 000 suppressions de postes en cinq ans, Nicolas Sarkozy a laissé l’Éducation nationale sous tensions, au bord de l’asphyxie. Avec l’élection de François Hollande et l’arrivée de la gauche au pouvoir, la communauté éducative voulait croire au changement. Aujourd’hui, une semaine après la rentrée scolaire, le doute persiste et le temps presse.

  • Photo (archive) : mobilisation des parents et des professeurs en février, devant la préfecture de l’Essonne à Évry. (© DM/EI)

Du temps, il en faudra pour réparer les dégâts qui ont été faits à l’école. C’est du moins le message délivré par le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon. Depuis le mois de juin, le gouvernement Ayrault a tout de même donné quelques coups de pouce à l’école, priorité du programme du candidat François Hollande. Ainsi, le 1er degré a obtenu mille postes de professeurs des écoles en plus, permettant de maintenir 700 classes programmées à la fermeture. Le 2nd degré doit quant à lui se contenter de deux mille postes de surveillants supplémentaires pour le moment. « Nous avons fait le maximum pour que cette rentrée se passe le mieux possible », estimait le ministre quelques jours avant la reprise. Enseignants et parents d’élèves en attendent d »avantage.

« A moitié satisfait »

Sur les mille postes de professeurs débloqués par le gouvernement Ayrault, l’Essonne en récupère tout juste vingt. Les écoles maternelles et primaires du département perdent ainsi dix-neuf postes par rapport à l’an dernier, au lieu des trente-neuf prévus. « On est à moitié satisfait », déclare Alain Goiny, enseignant et secrétaire général de la FSU91, « c’est une toute petite bouffée d’oxygène. Disons que c’est moins pire que ce qui se dessinait sous Sarkozy ». Depuis près de vingt ans, l’Essonne enregistre un des taux d’encadrement les plus faibles de France. Cette année, le département compte moins de cinq enseignants (remplaçants compris) pour cent élèves. « C’est la première fois qu’on passe sous la barre des cinq », alerte Alain Goiny, « la situation reste très tendue ».

Des parents d’élèves obtiennent gain de cause

Preuve de ces tensions, il n’aura pas fallu attendre longtemps avant que la mobilisation reprenne dans plusieurs écoles maternelle et élémentaire du département. Dès mardi dernier, jour de la rentrée, des parents d’élèves occupaient l’école maternelle Jean-Ferrat de Longpont-sur-Orge pour réclamer la réouverture d’une troisième classe. Même scénario à l’école Anatole-France à Saulx-les-Chartreux, au Pré-aux-Agneaux à Épinay-sous-Sénart ou encore à Viry-Châtillon, où une trentaine de parents d’élèves ont occupé l’école René- Descartes vendredi dernier, pour exiger l’ouverture d’une treizième classe. Des mobilisations récompensées, puisque ce lundi, la direction académique a publié la liste de trente et une ouvertures et dix-huit fermetures de classes, donnant gain de cause aux parents d’élèves des quatre écoles citées précédemment.

« Le changement c’est pour quand ? »

Pour ce qui est du 2nd degré, le bilan est tout aussi mitigé, même si il est encore tôt pour tirer des conclusions. Au lycée professionnel Auguste-Perret à Évry, « on se débrouille comme on peu, avec les moyens du bord », déplore Fréderic Moreau, enseignant et secrétaire académique de la CGT Educ’Action. Il y a encore quelques mois, les enseignants de ce lycée se mobilisaient pour s’opposer à la suppression de sept postes, due à la réduction des dotations horaires globales (DHG). « Pour le moment, en terme de moyens, on a obtenu à peine un tiers du minimum qu’on réclamait, c’est pas terrible », constate Frédéric Moreau, « il y a eu des petits arrangements, par exemple il nous ont rajouté un professeur d’espagnol qui fera aussi du français, on récupère surtout des demi-postes ». Mais ici, les enseignants attendent beaucoup plus. « Nous, la question qu’on pose c’est, le changement c’est pour quand ? », s’interroge t’il, « il y a beaucoup de choses que le gouvernement aurait déjà pu faire, comme sur la garantie de l’emploi des non-titulaires. A l’heure d’aujourd’hui, 50% des non-titulaires (surtout en lettres et histoire) n’ont pas été repris par l’académie alors qu’ils auraient pu servir à améliorer la rentrée. Ce sont les ravages de la réforme du bac pro en trois ans », conclut Frédéric Moreau.

Relation tendue avec le ministère

Même constat pour Alain Goiny : « On attendait des mesures peu coûteuses en termes budgétaires, des signes gratuits pour le gouvernement, même si on attend aussi des mesures coûteuses, mais on ne voit rien venir. » Autre point d’accord entre les deux hommes, le dialogue avec le ministère semble de plus en plus difficile. « Ça se tend un peu sur les relations avec le ministère », note Frédéric Moreau. « Sur le chantier de la rénovation de l’école, ça discute beaucoup au niveau du ministère, mais il n’y a pas de débat sur le terrain », constate Alain Goiny, « or l’Éducation nationale est une grande maison où tout ne peut pas venir du ministère, ils doivent écouter les professionnels, sur le terrain. » Les syndicats ont donc décidé d’organiser le débat sur la rénovation de l’école, lors des états généraux de l’enseignement pour le 2nd degré, et à travers une « grande consultation » dans les écoles du 1er degré. « Puisque ce n’est pas le ministère qui l’organise, nous l’organisons nous-mêmes », conclut le secrétaire général de la FSU91.

François Hollande a répété qu’il voulait faire de l’éducation « une grande cause nationale » tout au long de sa campagne. En Essonne encore plus qu’ailleurs, la communauté éducative attend désormais le changement au tournant.