BRUNO-PASCAL CHEVALIER > Depuis quelques années, plusieurs s’accordent à dire que l’accès aux traitements anti VIH est en progrès (en France, et pour plus de 5 millions de personnes dans les pays en voie de développement). Pour autant 10 autres millions de personnes attendent encore leur traitement. Tant que l’épidémie continue à se propager, il faut intensifier la lutte et augmenter les financements. Mais les politiques de lutte contre le sida de la France sont en dessous des enjeux de cette maladie.

Le montant promis par l’ensemble des pays atteint péniblement les 13 milliards de dollars, la France n’augmentant sa contribution que de 30%, à 400 millions d’euros par an, contre les 600 millions d’euros par an qu’elle peut et doit donner. Le compte n’y est pas.

En terme de santé publique sur le territoire français, voici une des répercussions de la politique du gouvernement concernant les étrangers malades : ils seront renvoyés dans leur pays et n’auront pas accès aux traitements et vont donc mourir ou bien ils resteront illégalement en France, et ne seront plus suivis. Depuis des mois, des baisses constantes de financements sapent le travail de prévention et de soutien aux malades des associations. Depuis trois ans, ce gouvernement détruit les acquis de 25 ans de lutte contre le sida !

Ce contexte social et économique absurde où des choix politiques nationaux et internationaux sont décidés, fait que les plus fragiles le sont encore davantage.

Appelons les dirigeants des pays riches à renforcer leur contribution financière à la lutte contre la pandémie dans les pays pauvres. On nous parle des dépenses, jamais des recettes, des sources de financement. Au lieu de cela  on ferme des lits, des services, au bénéfice d’une logique de santé marchandisée par toutes les mesures mises en place aujourd’hui : « loi Bachelot Hôpital patients territoire, les déremboursements de soins, les franchises dites médicales, le projet caché mais qui arrive pernicieusement de la remise en cause des prises en charge a 100 % des maladies longues durée dite ALD, et d’ouvrir ce marché au système assurantiel…

Depuis des années, les usagers de drogues détenus attendent de bénéficier de la politique de réduction des risques accessibles hors de la prison.

Depuis des années, l’accès aux soins est rogné et les personnes doivent de plus en plus se payer le droit d’être malade.

Depuis des années, les déclarations d’élus entretiennent l’homophobie d’une partie de notre société, rendant en cela plus ardue la prévention à l’intention des homosexuels.

Récemment, le Pape Benoît XVI évoque des situations où l’utilisation du préservatif lui semble admissible. Pour autant, et pour des raisons de morales religieuses, il prône l’abstinence et la fidélité. Moins de 20% de la population mondiale a aujourd’hui accès au préservatif, alors même que l’épidémie de sida touche plus de 40 millions de personnes et qu’elle continue de s’étendre dramatiquement.

L’utilisation du préservatif doit être promue de façon étendue partout où des hommes et des femmes sont exposés au VIH. La distribution de préservatifs et de lubrifiants, pour en faciliter son utilisation, doit être encouragée et facilitée partout là où ils sont difficiles d’accès.

La promotion du préservatif pour contenir et faire reculer l’épidémie d’infection au VIH et les autres infections sexuellement transmissibles, est une composante importante de la riposte nécessaire à l’épidémie, qui touche aujourd’hui plus de 40 millions de personnes dans le monde ; cette épidémie fera en 2010 près de deux millions de morts.

Aujourd’hui, j’ai demandé a Kévin GAGNEUL jeune séropositif de témoigner. Son Témoignage est fort et c’est sans jugement que je vous le livre et vous invite à le lire. Aujourd’hui, faute de véritable politique de prévention, d’accompagnement … Combien y a t-il de situations semblables a celle de Kévin ? :

« Il y a des matins comme ça, ou il faut rester au lit.

Ce matin là, je me suis rendu chez mon médecin, elle m’avait fait  faire tout une série d’examens… de routine. Elle avait l’air grave, mal à l’aise. Il faut dire qu’elle est mon médecin traitant depuis 10 ans maintenant, un lien particulier créé avec le temps. Elle me connaît bien, elle sait tout de ma vie. Elle sait avant moi que cette vie va changer.

C’est de la manière la plus simple qu’elle articule cette phrase qui résonne encore en moi « vous êtes séropositif ».

Les larmes ne me viennent pas, pas encore. Je suis assommé.

Elle a l’honnêteté de me dire qu’elle n’est pas assez compétente sur le sujet, malgré que je sente qu’elle aurait aimé me suivre. Nous parlons de l’hôpital qui pourrait me suivre… Déjà je sens que ma vie bascule, les hôpitaux… je vais devoir y passer du temps, bousculer ma vie, changer mon emploi du temps. J’enrage.

En sortant du cabinet de mon médecin, là, les larmes commencent à couler sur mon visage. Je me sens lourd, mes pas sont difficiles, mettre un pied devant l’autre me devient impossible.

Je me pose sur le premier banc venu, je prends mon téléphone et appelle une amie. Là, toute une série de questions me viennent en tête. Pourquoi moi ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi…

Je suis d’une génération oû la prévention était très présente, dans mon parcours scolaire, dans ma famille. Je n’avais aucune excuse. Mais voilà, c’est fait, le virus est là, dans mon sang, en moi. Je suis déjà en train de me chercher des arguments pour justifier ma contamination.

Un sentiment de honte me submerge, j’ai l’impression d’être un traître à la cause. Je participe à des réunions de prévention, j’en fais moi-même. Comment vais-je pouvoir continuer à faire de la prévention alors que moi-même, j’ai « merdé »?

Je rentre chez moi, je pleure tout l’après midi, je me demande comment l’annoncer à mon copain, première épreuve d’un cataclysme annoncé.

Etre un jeune gay aujourd’hui, et apprendre sa séropositivité, ne change pas la perception de la maladie telle qu’elle pouvait l’être avant, malgré les avancées médicales importantes. A cela un sentiment de culpabilité qui s’ajoute, combien de fois n’ai-je pas entendu « bah ouais, être contaminé aujourd’hui c’est vraiment que le mec l’a cherché ! ». Phrase lancée à la volée sans grande importance, qui malgré tout distille l’idée qu’être contaminé aujourd’hui est dû à une contamination volontaire. Je n’ai jamais eu en tête d’être contaminé, je sais qu’à un moment de ma vie, j’ai baissé ma garde car je n’allais pas bien. C’est une dimension à prendre en compte maintenant, le bien être. Un bien être pour pouvoir se protéger, et maintenant un bien être pour mieux se soigner. »

Aujourd’hui samedi 27 novembre il y a les États Généraux de la prise en charge du VIH en Ile de France, je vous engage à prendre la parole dans le cadre de ces Etats Généraux : www.etatsgeneraux-vih.fr

Voulons-nous un système de soins qui ne prenne pas en charge les séropositifs au moment où le sida se déclare ? Voulons-nous que les malades soient privés des soins qui les aident à supporter les effets indésirables des traitements ou la douleur liée à la maladie ? Ce sont ces questions qui se posent à nous aujourd’hui et auxquelles il s’agit de répondre maintenant.

Alors le message d’espoir que j’ai envie de délivrer est que l’ensemble des associations, des politiques et citoyens, dans ce contexte de précarité et d’exclusion qui éloigne toujours plus de malades, se rassemble et agisse ensemble pour poursuivre la lutte pour interrompre la précarisation grandissante des malades dûe à leur faible pouvoir, non pas d’achat mais de reste à vivre, conséquence du reste à charge imposé par toutes les mesures qui les éloignent de l’accès aux soins.

Exigeons ensemble une véritable politique de prévention efficace contre la transmission du virus. Battons nous pour que nos amis, nos frères étrangers malades présents sur le territoire, continuent ou aient accès à l’aide médicale de l’état ; et ne soient plus expulsés dans leur pays d’origine, où ils ne peuvent avoir accès aux soins et sont discriminés parce qu’ils sont atteints du sida. Exigeons ensemble que nos amis du sud bénéficient des moyens nécessaires pour la mise en place de politiques de préventions, pour un accès aux soins pour tous et une prise en charge globale des malades du sida.

Dans ce terrible contexte, et par respect à ceux à qui nous rendons hommage aujourd’hui, nous prenons l’engagement de continuer à nous associer dans la lutte pour exiger que le sida soit pour l’ensemble des pays une cause nationale, afin d’enrayer la pandémie du sida — qui fait 6000 morts par jour. Or, sans une augmentation des efforts financiers, l’accélération des mises sous traitements, l’accès au dépistage, le passage à des traitements plus récents, le suivi biologique des personnes recevant des traitements, tout cela ne pourra avoir lieu. Il faut exiger que de réels moyens soient donnés pour gagner le combat contre cette pandémie. Nous savons que rien ne se fera sans vous à nos cotés, pour faire entendre nos voix.

Je vous invite aujourd’hui à venir nous rejoindre. Comme chaque année à l’occasion du 1er décembre, Sidaction organise avec le Parc de la Villette un temps de mémoire sur L’Artère – Le Jardin des dessins. (l’Artère est un monument commémoratif et informatif sur le VIH. La commémoration se fait avec des bougies, et une cérémonie du patchwork des noms (association que je préside)devrait avoir lieu. Les patchworks sont de grands carrés de tissus conçus par les proches de victimes du sida, une manière de faire leur deuil tout en laissant une trace forte.)

Créé en 1987 aux Etats-Unis, le Patchwork des noms est arrivé en France deux ans plus tard. A une époque où le sida faisait de nombreuses victimes, leurs proches ont trouvé ce moyen d’expression qui leur permettait de réaliser des panneaux de tissu à la mémoire de la personne décédée.

L’idée est que chacun puisse y réaliser son propre patchwork, y coudre des objets personnels, des messages, des fragments de vie, des souvenirs et rendre un hommage particulier à la personne disparue, pour qu’ensuite ceux-ci soient rassemblés par 8 panneaux pour constituer un carré.

Les manifestations du PATCHWORK DES NOMS sont destinées à attirer l’attention du public sur l’épidémie, mais aussi, à perpétuer la mémoire de ceux qui sont morts du Sida, à combattre l’exclusion et la discrimination des personnes. C’est aussi permettre aux familles le souhaitant d’affirmer la cause véritable du décès des leurs, à oeuvrer dans le sens d’une plus grande visibilité, susceptible de mobiliser et d’entraîner une prise de conscience, et de créer un espace symbolique de réflexion et d’émotion devant la mort, en laissant à chacun la liberté de l’exprimer ou de l’intérioriser. C’est donc un acte hautement militant.

À l’inverse d’un Mausolée ou d’un Mémorial, les Patchworks sont nomades. Ils sont déplacés, flexibles. Ils sont comme un coeur qui bat.

La cérémonie se déroulera en 3 temps :

  • 1.       Au pavillon Janvier, discours :
    a.       M. Jacques Martial, président du Parc de la Villette
    b.      M. Bergé, président de Sidaction
    c.       M. Mitterrand
  • 2.      Discours et   Lecture des noms par Bruno Pascal Chevalier pour l’association des Patchworks tout au long du trajet du pavillon à l’Artère
  • 3.       Recueillement sur l’Artère avec intervention de M. Fabrice Hyber
  • 4.       Café

  • Temps de mémoire sur L’Artère 2009 avec Pierre Bergé, président du Sidaction

QUELQUES ADRESSES UTILES :

SIDA info service : 0 800 840 800

Sur le département :

  • DIAGONALE  IDF : 20, avenue de la Terrasse 91260 JUVISY SUR ORGE tel 01 69 24 85 60
  • AIDES : 7 r Carnot 91260 JUVISY SUR ORGE 01 69 38 54 57. 01 60 48 72 79

Les centres de dépistage anonyme et gratuit en Essonne

  • CDPS d’Arpajon : mardi et jeudi de 9h30 à 12h30 – Tél. : 01 64 90 14 54
  • CDPS de Corbeil-Essonnes : mardi et vendredi de 14h à 17h – Tél. : 01 64 96 02 49
  • CDPS d’Étampes : mercredi de 14h à 17h – Tél. : 01 64 94 53 99
  • CDPS d’Évry : lundi de 14h à 17h, mercredi de 9h30 à 12h30, et jeudi de 9h30 à 12h30 – Tél. : 01 60 77 73 52
  • CDPS de Juvisy-sur-Orge : lundi de 15h à 17h et mardi de 9h30 à 12h30 – Tél. : 01 69 21 49 22
  • CDPS de Massy : lundi de 9h30 à 12h30, mercredi de 9h30 à 12h30, jeudi de 14h à 17h et vendredi de 9h30 à 12h30 – Tél. : 01 69 20 88 87

ET BIEN SUR SOYONS NOMBREUX (SES) à la Manifestation – mercredi 1er décembre 2010 – 18h30 – Bastille

Journée mondiale de lutte contre le sida

Tout recule sauf le sida

A bientôt

BPC