Zoom sur les législatives (10e circonscription). Sujette à de nombreux articles de la presse nationale, la dixième circonscription de l’Essonne verra l’élection d’un nouveau représentant à l’Assemblée nationale le 17 juin prochain. Le représentant de François Hollande, Malek Boutih, part favori, mais son atterrissage pourrait être contrarié à gauche par la candidature de François Delapierre, tandis que la droite n’a pas l’intention de jouer les arbitres.

  • Carte : la dixième circonscription de l’Essonne comprend les villes de Fleury-Mérogis, Grigny, Morsang-sur-Orge, Sainte-Geneviève-des-Bois et Saint-Michel-sur-Orge. (© DM/EI)

Après vingt-quatre ans de mandat, Julien Dray s’apprête à quitter son fauteuil de député, acquis en 1988 à la suite du redécoupage électoral. Une circonscription « gravée dans le marbre en 1987 pour être tout le temps à gauche » selon les mots de Marianne Duranton, conseillère générale apparentée UMP et candidate du parti radical. « Il faut reconnaître que la victoire à droite au soir du 17 juin sera difficile », lâche de son côté l’autre candidat de droite Thomas Zlowodzky, du parti libéral démocrate.

Il faut dire que la médiatisation de cette circonscription de l’Essonne a de quoi décourager ces postulants. La victoire est considérée comme acquise par la gauche sur le papier. François Hollande a réalisé plus de 58% sur l’ensemble des cinq communes et deux personnalités nationales de gauche font figure de favoris. Le candidat investi par le PS Malek Boutih dispose d’une base de 33,45% réalisés au premier tour de la présidentielle. Dans la douleur, le parti s’est choisi un candidat, labellisé « diversité » pour représenter ses couleurs. C’est l’ancien président de SOS racisme, appuyé par quelques caciques locaux, qui s’est finalement imposé pour tenter de garder ce siège dans le giron de la gauche. Il compte « porter la voix de la circonscription dans la future majorité de François Hollande » a-t-il expliqué à Essonne Info. « Il n’y a pas d’effet de vote utile dans cette configuration », analyse de son côté François Delapierre du Front de gauche dans un entretien avec Essonne Info. Dans cette circonscription où Jean-Luc Mélenchon a totalisé ses meilleurs scores en Essonne avec 15,62% le 22 avril, le directeur de campagne de ce dernier prend appui sur les deux maires communistes de Grigny et Morsang-sur-Orge, ainsi que sur des soutiens plus larges, pour rivaliser à gauche avec le candidat PS.

« On a tué le père »

Certains socialistes locaux ont mal digéré l’installation sur la circonscription de celui qu’ils appellent « le Parisien« . A l’image de l’adjoint de Sainte-Geneviève-des-Bois Cyril Jouan, qui a ouvertement appelé à voter Delapierre. « Cet élu est seul et habite en province », conteste Malek Boutih. Pourtant, plusieurs militants locaux qui n’ont pas apprécié la façon dont le candidat s’est comporté avec son ancien mentor Julien Dray ne sont guère impliqués dans la campagne, et le cachent difficilement. Ses adversaires n’oublient d’ailleurs pas de rappeler les conditions de son arrivée sur place. François Delapierre parle d’une « guerre parricide de Malek Boutih contre Julien Dray » et « on a tué le père » pour Marianne Duranton.

Serein, Malek Boutih tranche sur ces questions de désignation : « Les débats internes sont dépassés, et tous les élus socialistes sont maintenant avec moi et font campagne ». Il peut compter pour cela sur l’implantation du PS à Sainte-Geneviève-des-Bois ou encore à Fleury-Mérogis, commune administrée par son suppléant. Il se déclare ainsi être dans « la filiation socialiste » sur la circonscription. Mais le passage de relais ne se fera pas sans embûche. C’est en tout cas ce que veulent croire les principaux concurrents face à un homme « qui ne fait pas campagne car il se voit déjà député », attaque Marianne Duranton.

De son côté, Malek Boutih assure que cette campagne se déroule « très bien » et que ce scrutin qu’il définit comme national lui fait rencontrer des personnes « qui se posent des questions sur le Smic, les transports, la santé, donc des sujets nationaux ». Il insiste aussi sur le débat du Grand Paris, dont « les cartes pourront être rebattues au profit de la grande couronne » selon lui. A l’inverse, c’est une campagne très locale que réalise Marianne Duranton, qui affirme « représenter mieux ce que les habitants peuvent attendre » en jouant la carte de la proximité.

Un centre beaucoup recherché

« Cette circonscription n’est pas du tout ingagnable », assure la conseillère générale, qui se pose en candidate de « l’union de la droite et du centre ». D’ailleurs, s’interroge-t-elle, « si on ne la gagne pas maintenant, quand le pourrons-nous ? ». Si un duel à gauche fait les gros titres de la presse nationale en recherche de combats de coq locaux, une autre partie se joue à droite. Affichant les soutiens de l’UMP 91 dont l’industriel et sénateur Serge Dassault, du parti radical et du Nouveau Centre, Marianne Duranton doit pourtant composer avec un autre prétendant qui se réclame de son côté « candidat de la droite et du centre ». Thomas Zlowodzki briguait d’abord l’investiture MoDem, après son soutien à François Bayrou, « pour ses positions sur la dette publique » puis s’est résolu à partir seul.

Ce libéral pur jus, souhaite « libérer les énergies » sur le territoire et « porter des solutions nationales aux problèmes quotidiens ». Âgé de 36 ans, il mise sur le renouvellement et assure vouloir limiter strictement dans le temps les mandats électifs, « les autres candidats sont des professionnels de la politique, ils en vivent », affirme-t-il. Pour Marianne Duranton, la candidature de Thomas Zlowodzki est un « épiphénomène », elle pense être largement devant lui au premier tour et se projette en positon de rassemblement à droite pour le second.

Plusieurs mouvements en embuscade

La déléguée de circonscription de l’UMP, la conseillère municipale d’opposition de Morsang-sur-Orge Laurence Gaudin, ne se montre pour le moment pas trop dans cette campagne, espérant « recoller les morceaux » entre les deux prétendants de droite avant le second tour. Quant au MoDem, Serge Gaubier, élu d’opposition à Grigny, se positionne comme « le véritable centre indépendant » et réalise une campagne « des élus locaux contre les apparatchiks parisiens » selon ses mots. « Un député doit travailler sur le terrain », provoque le président du MoDem 91 sur le fait que ses concurrents « visent d’autres ambitions » .

Présent au second tour des élections cantonales en 2011 à Sainte-Geneviève-des-Bois, Gaël Fouilleul (FN) espère rééditer ses bons scores locaux sous la bannière du Rassemblement Bleu Marine. A Grigny et Sainte-Geneviève-des-Bois, le parti des gens qui dispose d’une implantation locale peut également peser, tout comme les écologistes qui émettent des propositions sur le maraîchage local pour créer de l’emploi et une nouvelle conception des problématiques urbaines.