Politique.  Campagne présidentielle, devenir du plateau de Saclay, cumul des mandats… Le président du conseil général Jérôme Guedj a échangé avec Essonne Info sur sa possible prochaine accession à l’Assemblée nationale, comme député de la sixième circonscription en remplacement de François Lamy.

  • Photo : Jérôme Guedj, président du conseil général de l’Essonne, suppléant de François Lamy sur la sixième circonscription de l’Essonne. (© DM/EI)

Jérôme Guedj est un homme pressé. A tout juste quarante ans, le président du conseil général depuis 2011 gravit peu à peu les échelons du pouvoir. Il pourrait faire son entrée au Palais-Bourbon comme député de la République, en remplacement de François Lamy récemment nommé ministre délégué à la Ville, si ce dernier obtient une majorité des suffrages sur la sixième circonscription au soir du 17 juin. Un temps évoqué parmi ces personnalités de la nouvelle génération politique à pouvoir faire leur entrée au gouvernement, c’est à l’Assemblée nationale que pourrait atterrir l’actuel président du conseil général, en cas de réélection de François Lamy devenu ministre, qui lui cèderait sa place de député.

Dans le cadre de ces élections législatives, il s’est entretenu avec la rédaction d’Essonne Info. Après Nicolas Dupont-Aignan et avant d’autres personnalités du département impliquées dans la campagne présidentielle et son dénouement, il se projette sur son possible mandat à venir.

« Baisser le reste à charge des personnes âgées »

Essonne Info : Ces derniers mois, vous étiez fortement impliqué dans la campagne présidentielle de François Hollande. Quel a été votre rôle ?

Jérôme Guedj : L’équipe de campagne était un peu à géométrie variable. Dans l’organigramme officiel, j’ai travaillé sur la question des transports auprès de Roland Ries [NDLR : sénateur et maire (PS) de Strasbourg]. Par ailleurs, j’ai une sensibilité historique sur les questions sociales et médico-sociales. J’ai beaucoup travaillé avec Marisol Touraine et Danièle Hoffman-Rispal [NDLR : respectivement ministre de la Santé et députée de Paris]. Nous avons contribué à ce qu’il y ait dans le programme de François Hollande une réforme de la dépendance des personnes âgées. Jusqu’à présent, j’étais plutôt dans le rôle d’un président de conseil général, en première ligne dans la mise en œuvre d’un dispositif, avec l’expérience qui est la mienne sur le sujet. Je siège à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, organisme qui gère un budget de vingt-trois milliards d’euros, avec notamment le jour férié de la Pentecôte. Je connais bien ces sujets. Donc c’était avec la légitimité d’un président de conseil général et mon expérience de maison de retraite publique qui est une miniréforme de la dépendance ou comment la solidarité départementale, c’est-à-dire l’impôt de tous les Essonniens, permet de faire baisser le prix de la journée pour les maisons de retraites publiques. Ce que nous voulons faire, c’est étendre ce dispositif à l’échelle nationale, avec de la solidarité nationale, ce qui permettra de faire baisser le reste à charge des personnes âgées.

Essonne Info : Ce dispositif est-il transposable à l’échelle nationale ?

Jérôme Guedj : La philosophie est transposable. Je n’ai pas créé un impôt spécifique, mais j’ai affecté une part de l’impôt départemental au financement de ces maisons de retraites publiques, ce qui permet de faire baisser le prix de journée. Ça c’est au conseil général, mais avec la nomination de François Lamy au gouvernement, il est clair que je choisirai de siéger à la commission des affaires sociales et que je choisirai de travailler sur cette question de la dépendance, car il y aura besoin de relais au parlement pour la préparer et la mettre en œuvre.

Essonne Info : Vu votre implication sur ces questions, est-ce que vous n’espériez pas mettre en œuvre vous-même cette réforme de la dépendance, comme ministre délégué ?

Jérôme Guedj : Il ne faut pas aller plus vite que la musique. Je ne suis pas pour taire des objectifs, si d’aventure la chose m’avait été proposée, bien sûr je l’aurais acceptée. Mais il y a un ordre des choses et je trouve largement légitime et mérité que François Lamy soit ministre. Partant de là, je ne vais pas vouloir aller plus vite. Comme d’autres, j’aurais été capable de le faire. Michelle Delaunay est une parlementaire qui suit ces questions depuis quelques années. C’est très bien ainsi.

« Je quitterai le conseil municipal de Massy »

Essonne Info : Si le 17 juin, au sortir du second tour des élections législatives, François Lamy est réélu et si la gauche devient majoritaire à l’Assemblée nationale, vous devriez y faire votre entrée. Ce nouveau mandat sera t-il compatible avec celui de président du conseil général de l’Essonne ?

Jérôme Guedj : Il faut distinguer ce qui est juridique et ce qui est politique et organisationnel. Juridiquement, il faudra que je quitte un mandat, car je ne pourrai pas être parlementaire et membre de deux assemblées locales. Sans surprise, je quitterai le conseil municipal de Massy. La question politique qui se pose par rapport au cumul des mandats, c’est que la loi n’est pas encore en vigueur. Je serai dans l’assemblée qui va voter cette loi, qui est un engagement de François Hollande. Au moment venu, s’ajoutera la question légale du choix. J’ajoute que me concernant, il y a une chose particulière, c’est que je suis le suppléant d’un ministre. Par définition, le job de ministre est précaire, il peut s’arrêter à tout instant. Et par conséquent, je ne me vois pas démissionner d’une fonction de président de conseil général, alors que le lendemain, pour des raisons diverses, le ministre peut redevenir député. Si j’ai démissionné de ma fonction de président de conseil général, qu’est-ce que je fais ? Réélire un président de conseil général c’est recomposer tout l’exécutif. C’est une raison supplémentaire pour ne pas être dans la démission.

Après il y a l’aspect organisationnel, je pense que c’est jouable, car le fonctionnement que j’ai institué depuis quelques mois n’est pas celui de l’hyper-président. J’ai une équipe compétente qui avance et met en œuvre les engagements que l’on avait prévus. Moi je suis dans un rôle d’arbitrage et d’impulsion.  Je préfère continuer à m’appuyer sur la collégialité. Il est même envisageable que je monte en gamme dans les responsabilités. Je suis président du conseil général à plein-temps, même si j’ai conservé un bout d’activité professionnelle. Je continue à travailler à l’Igas [NDLR : Inspection générale des affaires sociales] car c’est une hygiène de comportement, j’ai toujours considéré que je ne voulais pas être uniquement élu. Mais j’arrêterai cette fonction, car c’est incompatible d’être fonctionnaire et parlementaire.

« Vincent Delahaye est un menteur »

Essonne Info : Il y a des dossier locaux importants qui concernent cette circonscription…

Jérôme Guedj : Il y a un sujet à cheval sur cette circonscription et ma fonction de président de conseil général, qui est de savoir quelle va être la structuration et l’organisation du Grand Paris, dans le cadre de la réforme de la décentralisation. L’acte III de la décentralisation va venir assez vite en débat. La gouvernance du Grand Paris, les choix de François Hollande dans son discours à l’hôtel de ville de Paris, sur l’autorité organisatrice en matière de logement, sur les suites à donner sur les financements du transport avec la nécessaire conciliation de la modernisation de l’existant, sur les RER. C’est vrai qu’à Massy-Opéra, nous avons à la fois le RER et le métro. Je ne suis pas mécontent, avant j’avais des pudeurs à le dire, mais j’ai obtenu une gare pour desservir ce quartier.

Essonne Info : Vincent Delahaye dit que c’est lui…

Jérôme Guedj : Vincent Delahaye est un menteur. Lors des cantonales, il a fait une campagne en disant que je m’opposais au projet du Grand Paris. Oui je m’opposais à un projet qui était un projet de métro automatique lourd, qui passait sous les pieds des gens. Vous pouvez prendre le cahier d’acteur de la ville de Massy, il ne demande pas une gare, contrairement à celui du conseil général qui demande un métro léger avec plus de gares présentes. Moi immédiatement j’ai dit que l’on pouvait en faire une ici. Derrière il fait la stratégie du coucou, mais au début il soutenait le métro lourd. Il a fait une campagne contre moi en sortant des tracts, en disant « Il s’oppose à ce projet de métro ». Je m’opposais non pas à la philosophie d’un métro, mais à la manière dont il s’organisait.

« Une urbanisation maîtrisée et respectueuse du caractère particulier du plateau de Saclay »

Essonne Info : Ce que les habitants craignent sur la mise en place du métro automatique, c’est que le RER B soit laissé à l’abandon. Est-ce un risque réel ?

Jérôme Guedj : Il y a plein de risques, c’est pour ça qu’il faut être extrêmement vigilant. C’est le fait qu’il y ait une desserte qui soit partielle et qui ramène sur le RER B encore plus de monde et qui le sature, alors que la fréquentation a augmenté de 35% dans les dix dernières années. Il y a un autre risque qu’il ne faut pas méconnaître, c’est que cette ligne verte du métro automatique soit la moins pertinente économiquement. Pour l’instant, de tout le réseau du Grand Paris, c’est celle qui aura le moins de fréquentation. Je vais être attentif et vigilant à ce que l’on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. Je continue à penser que c’est structurant pour l’aménagement du plateau de Saclay dès l’instant où on confie aux élus locaux la maîtrise de ce dispositif. La position de François Lamy aujourd’hui est intéressante, car il va pouvoir, d’une certaine manière, dire que l’État va faire confiance aux élus pour l’aménagement du plateau. Même si l’Etat via l’établissement public Paris Saclay (EPPS) a un rôle déterminant à jouer sur le rapprochement universitaire. Pour faire une ville, il faut faire confiance aux élus locaux.

Essonne Info : Avec cette ligne verte (NDLR : le tracé du métro) qui longe les bassins de vie existants, ne se dirige-t-on pas vers une urbanisation du plateau de Saclay, que certains disent à outrance, avec des terres fertiles complètement rognées ?

Jérôme Guedj : Il ne faut pas être naïf. Il y a une crise du logement dans ce pays, on veut créer un campus universitaire, une zone de développement économique… Il ne s’agit pas de faire une ville nouvelle posée anarchiquement sur le plateau, mais il va y avoir en effet une urbanisation maîtrisée du plateau de Saclay, c’est là tout l’enjeu des élus locaux. Je n’ai pas l’hypocrisie de dire que le plateau de Saclay va être une réserve d’Indiens. Dès l’instant où il y aura quarante ou cinquante mille étudiants, il faut aussi que ça ait du sens. Il doit donc y avoir une urbanisation maîtrisée et respectueuse du caractère particulier du plateau de Saclay.

Entrevue de Julien Monier / Retranscription de Quentin Brarda