Politique. Dans une interview exclusive accordée à Essonne Info, Nicolas Dupont-Aignan revient sur sa campagne présidentielle et évoque sa bataille pour les législatives. Le député-maire de Yerres vise un quatrième mandat dans la huitième circonscription de l’Essonne.

  • Photo : Nicolas Dupont-Aignan, député-maire de Yerres, candidat sur la huitième circonscription de l’Essonne. (© DM/EI)

A cinquante et un ans, celui que l’on surnomme NDA enchaîne les campagnes électorales. L’ex-candidat à la présidentielle se présente aux législatives pour un quatrième mandat dans la huitième circonscription de l’Essonne. Mais cette fois le scénario s’annonce plus compliqué pour le président de Debout la République qui aura fort à faire face au candidat UMP et maire de Brunoy Laurent Béteille. Sans compter sur la candidate socialiste Aude Bristot, boostée par l’élan de la gauche, dans cette circonscription où François Hollande est arrivé en tête sur l’ensemble des cinq villes.

« Il y avait trois votes utiles devant moi »

Essonne Info : On se retrouve après une campagne présidentielle où vous étiez parmi les dix prétendants au premier tour. Quel regard portez-vous sur votre parcours dans cette élection ?

Nicolas Dupont-Aignan : Je suis plutôt satisfait. On aimerait toujours faire plus, mais dans le contexte du vote utile, du laminage des petits candidats et d’une participation très forte, je trouve que je n’ai pas démérité. J’aurais aimé dépasser la barre des 2% mais nous n’en avons pas été très loin. Je pense que je suis celui qui s’en est le mieux sorti des cinq « petits candidats ». Honnêtement, je pense que j’ai fait la campagne la plus honorable et j’en suis plutôt content.

Mais au delà des votes, il y a trois choses que je retiens : notoriété, crédibilité, et vote. On a beaucoup gagné en notoriété, c’est un fait. En crédibilité, je le pense aussi. En revanche, le vote n’a pas été transformé autant que l’on aurait espéré, pour une raison très simple, c’est qu’il y avait trois votes utiles devant moi : le vote utile UMP, le vote utile Hollande et le vote utile Front national. D’ailleurs c’est dans la rue que je le constate. Les gens me disent : « Vous êtes super, on vous adore, mais on a hésité, on a voté Bayrou, on a voté Le Pen, on a voté Sarkozy ou on a voté Hollande ». Je pense qu’au-delà même des idées, la différence de personnalité a bien été repérée par les Français.

Essonne Info : Vous présentez trois cents candidats aux législatives. On a l’impression que votre parti a gagné en implantation.

Nicolas Dupont-Aignan : Nous avons trois cents candidats et le MoDem en a quatre cents. Je trouve que l’on s’en sort bien, mais ça a été dur. Nous avons des candidats presque partout, dont six dans l’Essonne. Nous n’en avons pas dans la 6e ni dans la 10e. C’est par choix. Dans la 10e, Marianne Duranton [NDLR : candidate du parti radical, soutenue par l’UMP] m’avait parrainé.

« Être une troisième force au sein de l’opposition »

Essonne Info : Vous soutenez la candidature de Marianne Duranton ?

Nicolas Dupont-Aignan : Il n’y a aucun soutien au premier tour. J’ai retiré le candidat par correction, parce qu’elle a été correcte. Et dans la 6e, nous n’avons pas de candidat, car je ne voulais pas en mettre. Nous n’avons pas mis des candidats pour mettre des candidats. On en a mis quand il y avait une qualité réelle.

Essonne Info : Combien espérez-vous conquérir de sièges de député ?

Nicolas Dupont-Aignan : Il faut être honnête. On en aura très peu car le scrutin est majoritaire à deux tours, ça ne donne pas de force aux petits partis. En revanche, ça nous permettra de mieux nous faire connaître. Ça permettra à nos militants de s’implanter dans leur territoire, de préparer les cantonales et les municipales. Ça va permettre aussi de financer le parti, ce n’est pas négligeable. Les législatives permettront aussi de préparer le combat des européennes, qui va vite arriver [NDLR : en 2014 ou 2015]. Car c’est le vrai débat qui a été masqué par cette présidentielle.

Et puis après cette échéance, il faut participer à la reconstruction de la droite et au-delà même de la droite, car nous sommes gaullistes. On ne peut pas laisser l’opposition ni à l’UMP qui a échoué en laissant la porte ouverte au socialisme, ni au Front national, avec ses excès. Il faut donc un troisième larron. L’objectif c’est d’être une troisième force au sein de l’opposition.

« Le laxisme de Christiane Taubira »

Essonne Info : Comment voyez-vous la candidature UMP du maire de Brunoy et ancien sénateur, Laurent Béteille, face à vous dans la huitième circonscription de l’Essonne ?

Nicolas Dupont-Aignan : Laurent Béteille est un concurrent et les électeurs vont choisir au premier tour entre moi et lui. Et au second tour, ils arbitreront probablement entre moi et la candidate socialiste [NDLR : Aude Bristot, adjointe au maire de Montgeron]. Nous nous sommes vus avec Laurent Béteille, on a même déjeuné ensemble. Il m’a annoncé sa candidature, je l’ai regrettée. Mais pour autant, c’est son choix. Je lui ai dit deux choses : soit c’est une candidature pour témoigner de ses idées, et c’est tout à fait louable. Soit c’est une candidature pour me faire perdre, par rancune, pour faire disparaître le porte-parole d’un courant politique qui mérite d’exister en France. Et à ce moment-là, je suis moins d’accord. C’est pour ça que j’appelle les électeurs à me soutenir, à ne pas céder aux diktats des partis.

Essonne Info : Du coup, votre principale concurrente est la candidate socialiste Aude Bristot ?

Nicolas Dupont-Aignan : Les électeurs de ma circonscription ont voté Hollande, mais pour autant, ils ne veulent pas du vote des étrangers, de l’augmentation des prélèvements, du laxisme de Christiane Taubira. Aude Bristot fait campagne sur le fait qu’elle veut amplifier la victoire socialiste. Mais sinon, elle ne fait pas campagne.

Je dis à mes électeurs, que s’ils veulent garder un esprit libre qui bosse sur le terrain, gardez-moi. Si vous voulez un candidat qui n’a aucune proposition sur l’avenir et qui ne fera pas de terrain, libre à eux. Après, chacun est respectable. Madame Bristot est respectable. Monsieur Béteille est respectable.

Essonne Info : Pour vous ce n’est pas gagné ?

Nicolas Dupont-Aignan : Non, il faut se battre et convaincre. Tous les jours je suis auprès de mes électeurs. Le matin je prépare la journée et l’après-midi je fais du porte-à-porte, je suis devant les supermarchés, je suis en réunion, je n’arrête pas. Je me bats et je ferai électeur après électeur.

« Je serai largement en tête devant Laurent Béteille »

Essonne Info : Même si ils ont moins voté pour vous à la présidentielle, pensez-vous que les habitants de la huitième circonscription vous font plus confiance au niveau des législatives ?

Nicolas Dupont-Aignan : Je pense que oui. Je ne dis pas que c’est facile, mais je suis plutôt optimiste. En tout cas je serai largement en tête devant Laurent Béteille, j’en suis convaincu. Après il faut gagner la bataille face aux socialistes, avec un bon report de voix. Mais je suis plutôt confiant car il y a une affection réelle et les habitants savent que je suis courageux et que je travaille. Ce n’est pas la personnalité politique mais le travail de terrain qui paye. Après, c’est le choix des électeurs. S’ils veulent un robot socialiste ou un robot UMP alors ils voteront pour eux.

Essonne Info : Dans cette campagne, vous êtes un peu la cible de vos concurrents. Comment vous le vivez ?

Nicolas Dupont-Aignan : Bien sûr que je suis la cible. C’est normal, ils m’ont vu à la présidentielle, donc obligatoirement je suis la cible. J’assume mes choix. Je n’ai aucune rancœur, c’est la loi de la démocratie. Il y a un premier tour et un second tour. Au premier tour, se présente qui veut. Simplement, je dis très clairement aux électeurs de droite, attention, le seul qui peut gagner face à la gauche sur cette circonscription, c’est moi.

« C’est le régime des partis qui veut abattre un homme libre »

Essonne Info : Et en cas de défaite ?

Nicolas Dupont-Aignan : On continuera le combat. Ça ne changera pas, ça sera plus difficile. Mais bon on va gagner, il ne faut pas imaginer la défaite. Mais c’est dur. C’est clair qu’ils veulent ma peau. Ils ne sont pas candidats pour défendre leurs idées, vu qu’ils n’en ont pas. Je n’ai pas vu une proposition, ni de Laurent Béteille, ni d’Aude Bristot ni des autres sur la circonscription. Pas une. Ils représentent des partis. C’est le régime des partis qui veut abattre un homme libre. C’est le peuple qui tranchera, on est dans la main du peuple. Moi qui veux toujours que le peuple tranche, je suis servi. Il va me sauver ou me tuer.

  • Entrevue de Julien Monier / Retranscription de Quentin Brarda