Politique. La construction prévue de l’axe sud du futur métro Grand Paris s’attire les foudres d’une partie des habitants du plateau de Saclay. Depuis qu’ils ont appris que le tronçon Massy-Versailles prendrait la forme d’un métro aérien, des citoyens réunis dans un collectif ont entamé une mobilisation locale, relayée par des élus locaux en pleine campagne des législatives.

  • Photo : les habitants ont souhaité se faire voir en plantant des figures symboliques des futurs piliers du métro aérien. (© JM/EI)

Impossible de les rater. A l’entrée du village de Villiers-le-Bâcle, connu pour la présence de la maison-atelier du peintre Foujita, d’énormes bottes de paille censées représenter les futurs poteaux du métro aérien donnent le ton. En décembre, le projet de métro desservant le plateau de Saclay a été présenté aux élus du plateau. Le choix de l’aérien y est justifié par la Société du Grand Paris (SGP) pour des raisons financières, l’enterrement du tracé revenant plus cher.

La mairie de Villiers-le-Bâcle présente à son tour l’état des discussions à ses habitants à la mi-janvier, avec les représentants de la SGP. Trois cents personnes sont présentes, et promettent de se battre pour que la future liaison soit enterrée le long du RD 36, entre le CEA et Guyancourt dans les Yvelines. Un collectif de citoyens se met alors sur pied, et prend pour mot d’ordre : « Oui au métro, mais enterré » . Ces habitants des villages de l’ouest du plateau, parmi lesquels Villiers-le-Bâcle, mais aussi Saint-Aubin et Rochefort (Yvelines) craignent les nuisances sonores et visuelles qu’entraînera la construction du métro devant leurs fenêtres.

Quelle préservation des 2 300 hectares?

La chambre régionale d’agriculture tend également à se positionner contre le passage de l’ouvrage au-dessus des champs. Pour Olivier Boucharlat, représentant du collectif Enterrons le métro, la sanctuarisation promise par la loi des deux mille trois cents hectares de terres agricoles, pourrait être remise en cause par cette construction :  » Sous l’ouvrage, les champs deviendront non-cultivables, c’est-à-dire qu’on enlève quatre cents des deux mille trois cents hectares censés être préservés », poursuit le représentant. « A terme, on va flinguer les terres les plus fertiles d’Ile-de-France », insiste Olivier Boucharlat.

Même son de cloche pour le maire (Divers gauche) de Villiers-le-Bâcle Jacques Gimel : « Nous avons été informés au dernier moment du choix de l’aérien », indique l’édile, qui craint que les riverains subissent le passage à pleine vitesse du métro sur le secteur, entre les deux stations distantes de huit kilomètres. Selon lui, « le passage d’un train toutes les deux minutes à 120 km/heure perturbera fortement le quotidien des habitants » aux alentours de villages « qui existent depuis très longtemps, et qui ne sont pas adaptés aux nuisances », ajoute-t-il.

  • Photo : le collectif a réuni une marche le 12 mai dernier de six cents personnes entre Villiers-le-Bâcle et Châteaufort sur le tracé du futur métro. (© JM/EI)

Mais au-delà des conséquences directes sur le cadre de vie, c’est bien la question de l’urbanisation à venir du plateau qui est posée. La venue du métro automatique est attendue autour du cluster scientifique de Saclay, et les stations prévues, au sud du CEA, au Moulon à Gif ainsi qu’à la sortie de Palaiseau à Polytechnique, correspondront à la construction d’équipements universitaires, mais aussi de logements et d’infrastructures autour du tracé. L’agglomération du plateau de Saclay (CAPS) prévoit ainsi la présence de soixante mille personnes venant travailler sur le plateau à l’horizon 2025, contre vingt et un mille aujourd’hui. Le délégué communautaire aux transports collectifs et élu de Palaiseau David Bodet précise :  » Notre objectif est de conduire 50% des personnes en transports en commun, ce qui veut dire que le métro se substituera à l’existant » . Il croit ainsi en un métro aérien entre Palaiseau et le CEA, avant de l’enterrer en direction de la vallée de Chevreuse.

Enterrer partiellement ou totalement

Olivier Boucharlat craint de son côté une « urbanisation massive » du plateau avec l’arrivée du métro. A l’ouest du plateau, sa présence en aérien signifierait pour le collectif « des pressions pour rajouter des gares, et donc tendrait vers de nouvelles constructions en lieu et place des champs ». Pour le maire (UMP) de Gif-sur-Yvette Michel Bournat, il s’agit de « maîtriser » cette urbanisation, et de tendre vers « des quartiers spécifiques à dominante enseignement supérieur, qui laissent la place à de l’habitat familial et du développement économique », tout en construisant un métro, « qui soit enterré sur l’ensemble du plateau » . Pas question d’enterrer à l’est du plateau pour Olivier Bodet, qui raille le « double discours » de la droite locale. Valérie Pécresse a notamment participé à la manifestation « alors que son gouvernement avait décidé unilatéralement de construire le tout en aérien » . Et d’insister : « Si le métro ne vient pas sur le plateau, ce sera la voiture, et là ça se verra » .

Un débat qui s’est invité dans la campagne des législatives. Le collectif rencontre un bon écho auprès des différents candidats aux législatives, qui ont pour la plupart manifesté le samedi 12 mai dernier avec les habitants. Une pétition pour l’enfouissement du métro a recueilli à ce jour plus de mille sept cents signatures, et l’on se veut confiant du côté du collectif Enterrons le métro . « Il faudrait déjà mener une étude sérieuse sur le coût d’un métro souterrain, construit en tranchée couverte » avance le représentant du collectif, pour qui « une augmentation du coût d’environ 30% pourrait être comblée par un amortissement sur le plus long terme » du métro.

Du côté de la SGP, on promet que tout se fera en concertation, et que « pour l’instant, il n’y a pas de position arrêtée » . Alors que les candidats aux législatives sur la cinquième circonscription soutiennent avec des appréciations différentes la volonté de protéger le cadre de vie en enterrant le métro, on reste serein du côté de la Société du Grand Paris : « Tout cela ne sera pas tranché avant cet été, c’est-à-dire après les élections », souffle-t-on au sein de l’institution. La récente nomination de François Lamy au gouvernement pourrait également faciliter un accord local qui convienne à toutes les parties, ou presque.