Politique. Dialogue de sourds entre les trois communes qui composent la Communauté d’agglomération Sénart Val de Seine. La semaine dernière, le maire de Montgeron a demandé la démission de son homologue de Draveil à la tête de l’intercommunalité. La crise s’aggrave entre les protagonistes locaux.

  • Photo : les bus ne peuvent plus passer dans ce sens de la rue du Chemin-Vert. (© JM/EI)

Le maire de Draveil et président de la Communauté d’agglomération Sénart Val de Seine (CASVS) fait l’objet de tirs nourris. Tandis que ses opposants locaux l’attendent avec une manifestation ce jeudi soir lors d’une réunion publique organisée dans sa ville, il vient de s’expliquer au micro de RTL sur ses mises en cause judiciaires, promettant de « sortir les éléments qui [lui] permettent de réaffirmer très fortement : oui il s’agissait bien d’un complot politique » contre sa personne.

La tension est à son comble au sein de l’agglomération qu’il préside, et regroupe les communes de Draveil, Montgeron et Vigneux-sur-Seine. A la suite des accusations portées à son encontre l’année dernière, les maires de Montgeron et de Vigneux-sur-Seine lui avaient demandé de renoncer à sa fonction de président d’agglomération « afin de ne pas pénaliser l’image et le fonctionnement », déclaraient-ils conjointement dans un communiqué. Le premier magistrat de Montgeron Gérald Hérault a réitéré sa demande, avec l’envoi la semaine dernière d’une lettre demandant à Georges Tron de « remettre [son] mandat de président » .

Le sens interdit de la discorde

Tout est parti d’une histoire de sens interdit. Avec la mise en place d’une nouvelle liaison de bus début avril reliant le Val d’Yerres à Orly vingt-quatre heures sur vingt-quatre via les communes de la CASVS, décision a été prise par la ville de Vigneux-sur-Seine de procéder à une déviation de la ligne, avec la mise en sens unique de la rue du Chemin-Vert, attenante à Draveil et parcours d’origine du bus. Conséquence directe : les habitants du quartier des Bergeries doivent marcher jusqu’à l’arrêt situé trois cents mètres plus loin, ce qui pénalise notamment les mères de famille avec des enfants en bas âge ainsi que les plus âgés.

  • Photo : les habitants des Bergeries n’ont eu d’autre explication qu’une feuille apposée sur l’ancien arrêt de bus. (© JM/EI)

C’est par arrêté municipal que le sens unique a vu le jour le 1er avril. Ce qui a énervé Georges Tron, déjà en très mauvais termes avec son voisin de Vigneux-sur-Seine Serge Poinsot. Après le vote d’une motion avec son conseil municipal contre cette décision, c’est en sa qualité de président de l’agglomération qu’il a attaqué au tribunal administratif de Versailles l’arrêté municipal de Vigneux. Ce recours s’est attiré les foudres de Gérald Hérault, le maire de Montgeron, qui le considère comme une « décision unilatérale » de Georges Tron.

Une agglo dans l’impasse politique

Dans une lettre envoyée le 23 avril à son homologue de Draveil, le maire de Montgeron l’accuse de « violation pure et simple de l’accord tripartite » de gestion de l’agglomération. Se désolidarisant du recours intenté, Gérald Hérault lance à Georges Tron : « Vous avez franchi les limites », et l’invite à « prendre la décision qui s’impose, seule solution pour retrouver sérénité et quiétude » dans le fonctionnement de la CASVS. Du côté de Draveil, on rejette la faute sur la décision prise par Vigneux, « de manière unilatérale, sans concertation, de mettre une portion de la rue en sens unique » selon les mots de Patrick Barranco, élu à la ville et à  l’agglomération. « On a cherché à négocier mais ils ne veulent rien savoir », s’énerve l’élu de Draveil, pour qui la solution à cette crise ouverte devrait passer par « une reprise du débat » concernant le tracé de la ligne et les rues empruntées. Dans l’entourage du maire de Vigneux, on renvoie les élus de Draveil dans les cordes :  » Chacun est maître dans sa collectivité, nous gardons notre compétence sur la voirie », précise-t-on.

Mais au-delà d’une simple querelle de sens interdit, cet épisode juridique montre l’état des relations entre les élus de l’agglomération, pourtant censés devoir travailler ensemble sur plusieurs thèmes concernant le territoire, à l’image ici des transports en commun. La question d’une mise en suspens des grands projets de la CASVS n’est aujourd’hui plus tabou. « Il faudra donner une nouvelle impulsion, une nouvelle dynamique à cette agglomération si on veut qu’elle ait un avenir », siffle-t-on en mairie de Vigneux. Sous-entendu, en changeant de président.