Culture. Un concert guitares du monde a été proposé par le label Les alliances de la guitare, la MJC Cyrano et l’Association de photographie Mocca, ce samedi 7 avril en soirée à Gif-sur-Yvette. Jo Vurchio, Frasco Santiago, Jean-Félix Lalanne et Solorazaf nous ont honorés de leur présence par une prestation scénique.

Ce qui est exceptionnel avec ce concert, c’est la réunion de quatre guitaristes aux différents styles. Jo Vurchio nous interpelle avec ses sambas aux multiples rythmiques, musiques originaires du Brésil ; Frasco Santiago nous déroute avec son flamenco à la beauté magistrale ; Jean-Félix Lalanne nous fait rêver par ses reprises de Peter Gabriel avec des sonorités mi-cristallines, mi-clavecin ; Solorazaf nous trouble par sa voix mélodieuse et planante alternant avec ses onomatopées rythmées, ainsi que ses airs malgaches à la guitare. Chacun d’entre eux a fait un solo montrant leur capacité à dominer la scène et à toucher le public.

Les rythmiques ternaires des uns sont adaptés en binaire pour les autres permettant à l’ensemble de jouer essentiellement en duo puis en un quatuor improvisé, où la musique puise le meilleur d’elle-même par l’inspiration et la créativité.

Les artistes se présentent…

  • Photo : Jean-Félix Lalanne, guitariste classique jazz rock. (© FV/EI)

Jean-Félix Lalanne : « On n’a pas eu beaucoup de temps pour répéter, on s’est vus il y a quelques jours pour choisir les morceaux. L’avantage quand on se connaît bien et qu’on s’apprécie, c’est qu’on n’a pas besoin de beaucoup de répétitions car on laisse beaucoup de place à la spontanéité. Quand on joue comme cela ensemble, la musique est une conversation.

On se voyait souvent, puis Jo maintenant est entre Aix et Paris et comme je bouge beaucoup on ne se voit plus autant.

D’habitude, je fais beaucoup de formules de concert différentes, soit je suis tout seul, soit je suis avec un batteur ou avec un orchestre symphonique. C’est différent, le répertoire n’est pas le même. J’aime changer de style et d’univers en fonction des gens avec qui je joue.

Cette idée de concert vient d’un spectacle qui a plus de dix ans qui s’appelait Autour de la guitare, dans lequel le propos est de mélanger des guitaristes de styles différents, en petit comité sur scène.

La guitare est un instrument très jeune, il y a beaucoup de relief quand on joue. Michel Lag, luthier, a créé ma guitare [qui a servi au solo lors des reprises de Peter Gabriel], elle est vraiment magnifique et nourrit tous mes fantasmes. Non seulement elle a déjà un son particulier en elle-même, mais elle possède aussi un capteur RMC midi, donc je peux accrocher des effets. Je joue tout en temps réel, seul, et je passe d’un son à l’autre grâce à un switch sur ma guitare. Quand j’ai des idées d’arrangement et de spectacle, j’essaie de me faire des instruments en fonction. La nouveauté c’est que l’on passe d’un son à l’autre, plus rapidement, sur la guitare alors que normalement c’est avec le pied en activant une pédale.

Avec ce genre de concert, on est tous spectateurs des uns des autres, il y a à la fois le public qui écoute et nous qui écoutons sur scène et qui faisons partie du public. On est tous fans les uns des autres, on s’apprécie beaucoup musicalement et humainement. Il n’y a jamais un rapport de force. On a passé l’âge des problèmes d’égaux, on joue comme on est, on n’est pas mieux l’un que l’autre, on a son histoire, sa culture. A partir du moment où on est bien dans sa peau et dans ce que l’on fait, c’est l’essentiel. »

Jo Vurchio : enregistrement le 6 avril lors de l’émission Art’maniac sur radio EvryOne 95.4FM (guitariste samba) :


  • Photo : Solorazaf, guitariste world malgache. (© FV/EI)

Solorazaf : « Mon instrument a été conçu par un luthier québécois, il a fait la guitare et je me suis occupé de l’électronique. J’avais envie d’un petit modèle de guitare. Do, sol, ré, sol, si, mi sont les six cordes de cette guitare, accordé de manière peu traditionnelle. Une septième corde accordée une octave en-dessous est ajoutée sur le mi quand je joue en solo, cela fait des basses naturelles, cela double le mi. Tu as l’impression d’avoir une contrebasse. Comme j’étais bassiste avant, j’ai gardé cette technique du slap, même sur ma guitare.

J’ai l’habitude de jouer avec des musiciens aux styles différents mais pas avec les mêmes musiciens. C’est vraiment bien de se retrouver avec des guitaristes comme Frasco, on se connaît de réputation, mais quand tu le vois vraiment jouer, tu te dis que tu as une chance inouïe d’être avec un gars comme ça. Il est gitan, la musique a été transmise de générations en générations chez lui, c’est naturel. »

  • Photo : Frasco Santiago, guitariste flamenco. (© FV/EI)

Frasco Santiago : « Ça fait quarante ans que je fais de la musique, j’ai commencé à quatre ans. J’avais huit ans quand j’ai voulu apprendre la musique en conservatoire et le professeur m’a demandé de jouer. Mais après il m’a dit qu’il fallait que j’aille au centre-ville, il était à mon avis gêné parce que je jouais plus que lui. Je lui ai dit que je n’étais pas là pour un concours mais pour apprendre à lire. Il ne pouvait pas, il était mal. Je n’ai donc fait que deux mois de lecture. Je n’ai pas eu de chance.

Ce soir, j’ai fait une reprise de Bach, connue du public, qui s’enchaîne bien avec le flamenco.

On n’a pas beaucoup joué ensemble avec Jo, mais comme c’est un grand ami de mon frère, on a une grande complicité. »