Social. Le 10 avril, les juges rendront leur verdict sur l’affaire opposant les magasins Marionnaud et le groupe CEPL, aux salariés de l’entrepôt de Courtaboeuf. Mais à deux doigts du dénouement, les tensions n’ont jamais été aussi fortes entre les salariés et les deux coemployeurs.

  • Photo : les salariés dénoncent des conditions de travail « insupportables ». (© DR)

Lors des précédentes audiences au tribunal, ses avocats révélaient que Marionnaud avait pris sa décision depuis le mois de mars et, immédiatement avait prévenu les trois candidats parmi lesquels ID Logistics et CEPL. Sur le banc des plaignants, les salariés s’avouaient écœurés par leurs employeurs, qui ne les ont prévenus de la perte du contrat que le 16 septembre. « On aurait eu le temps de négocier un vrai plan social. Au lieu de cela voilà qu’on nous propose des départs au rabais dans l’urgence », affirme Guy-Samuel Nyoumsi. De plus, dans le cadre des négociations du plan social à venir, le comité d’entreprise de CEPL a fait conduire une analyse financière des activités du groupe. Dans le rapport rendu par le cabinet Sextant, il apparaît qu’après une LBO organisée par CEPL, une plus-value de plus de quatre cents millions d’euros a été redistribuée entre les actionnaires. Des chiffres qui ont fait bondir les salariés, qui négocient actuellement leurs indemnités de départ.

De plus, CEPL a intenté un procès à Marionnaud pour avoir démarré le transport de marchandise entre Courtaboeuf et le site ID Logistic. Pourtant, l’avocat des salariés qui réclamait un transfert de dossier pour se constituer partie civile n’a reçu aucune réponse de la part des avocats de CEPL.

Du côté des salariés, on s’étonne de la stratégie du groupe CEPL dans cette affaire. Refusant de transférer le dossier à leur avocat afin qu’ils se constituent partie civile dans cette affaire, les avocats de CEPL sèment le doute dans l’esprit des travailleurs déjà en opposition avec Marionnaud. « C’est à se demander s’il n’ont pas assigné Marionnaud juste pour se dédouaner et ainsi éviter toute responsabilité dans l’accélération du processus de déménagement « , s’interrogent certains. Ce que craignent les salariés, c’est effectivement une entente entre CEPL et Marionnaud qui bloquerait les marges de négociation des indemnités à percevoir.

Les salariés de CEPL dénoncent des conditions de travail « insupportables »

Devant le manque de considération de leur employeur, les salariés CEPL-Marionnaud n’accordent plus aucun crédit à leurs employeurs : « Quelle que soit l’issue du procès, nous ne souhaitons plus collaborer, d’une manière ou d’une autre, avec CEPL. Non seulement nous n’avons jamais profité à hauteur de ce qui avait été promis, des bénéfices faits par le groupe, mais on nous traite comme des indésirables, alors que nous avons travaillé six ans chez eux. D’autant que les conditions de travail y sont insupportables, fustige le délégué CFDT. J’en veux pour preuve les nombreux départs et arrêts-maladies, pour lesquels j’ai souvent tiré la sonnette d’alarme. »

Arrivés sur leur nouveau lieu de travail en mai 2006, les premiers salariés « transférés » sont surpris, dès les premiers jours, par la teneur de leur mission. « On a dû installer les racks et les rayons de l’entrepôt, alors que nous gérons habituellement les stocks et les flux de marchandises, se souvient l’un d’entre eux. Mais à l’époque, on n’allait pas l’ouvrir, on était déjà heureux d’avoir encore un travail. »

Si l’on en croit le délégué syndical, ce sont neuf personnes qui, dès le mois de mai 2006, choisissaient de partir après avoir fait le choix d’être transférées chez CEPL. Pour Guy-Samuel Nyoumsi, ces départs et ceux qui ont suivi seraient le résultat d’une pression exercée par le haut au sein de l’entreprise.

  • Photo : les salariés en lutte rencontrent le maire de Villebon-sur-Yvette, Dominique Fontenaille. (© DR)

Pour illustrer l’atmosphère qui régnait dans l’entrepôt, Guy-Samuel tient à évoquer un épisode « que personne n’a oublié  » :

«  C’était un vendredi, commence le délégué du personnel. Nous avons été convoqués à plusieurs par notre hiérarchie, ils nous ont annoncé que nous travaillerions exceptionnellement le lendemain. Plusieurs d’entre nous ne pouvaient pas pour des raisons personnelles et familiales. C’est alors que le directeur général de l’entrepôt de l’époque a bousculé et mis à terre plusieurs salariés. Après cette histoire, j’ai interpellé la direction du siège qui s’est déplacée, et a entendu les témoignages de plusieurs personnes confirmant les faits. Malgré ces témoignages le mettant en cause, le responsable en question n’a jamais été inquiété. Aujourd’hui, il travaille encore pour CEPL. »

Joint par téléphone, la direction du groupe CEPL n’as pas donné suite à nos nombreuses demandes d’interview, fidèle à sa stratégie de communication depuis le début de l’affaire.

Accumulant indignation, frustration et rancœur envers leurs employeurs, et face aux reclassements proposés par CEPL, la majorité du personnel issue du transfert ne souhaite plus continuer à travailler pour CEPL. «  Si, malgré la cogestion, réaffirmée par les transferts de marchandises anticipés, Marionnaud n’est pas forcé de nous reprendre, alors nous voulons qu’ils nous indemnisent à la hauteur du travail qu’ils nous font perdre. Cela ne devra pas empêcher CEPL de nous indemniser dans le cadre d’un plan social équitable, au vu du rapport du cabinet Sextant « , ponctue Guy-Samuel Nyoumsi.