La chronique de Franck Senaud. Là où il faut être cette semaine. Quatre raisons parmi des milliers de voyager loin sans bouger de chez soi.

  • Photo : Canton, 1844, musée français de la photographie.

C’est décidé, on ne part pas !

Faute de vous rendre au coquet musée de la photo de Bièvres (des premières « machines à dessiner » aux briquets espions (25 000 objets, un million de photographies)) ou de découvrir les fascinantes réserves d’Etiolles (invisitables), il y a le site www.museedelaphoto.fr : 11 759 images qui vous expédient ailleurs, dans le temps, le monde, l’univers, la fascination. En quatre clics :

1/ Direction Canton, novembre 1844

Un daguerréotype sur plaque de cuivre qui nous rappelle que la photo, la ville et la Chine lointaine existent depuis bien longtemps. Et comme un fil humain, à peine tendu vers notre histoire, politique, une légende manuscrite au stylo à bille bleu : « maison d’un notable à Canton ».

2/ Direction l’invisible. Hippocampe en couleur

Qui a vu cette merveille dans son labo de Paris ? Isaac Kitrosser a lui-même beaucoup voyagé : né en Russie en 1899, ingénieur à Prague, photographe de plateau pour Abel Gance, photo-reporter pour l’agence Vu, correspondant à Life, résistant, interné au camp de Septfonds, publiant des images dès 1942 dans Paris-Match, portraitiste aux ultraviolets sur des modèles féminins, il délaissera en 1950 le photo-reportage et s’attache à rendre visible l’invisible. Le rôle de l’art ? Un shoot de couleur et de science-fiction en tout cas, ce procédé de microphotographie qui allie rayons infrarouges, ultraviolets ou X et la couleur nous offre des clichés d’insectes et de végétaux, à la frontière de la science et de l’esthétisme.

3/ Destination souvenirs. Publicités 1950

Jeanne Moreau en torero pour Pschitt Limonade, les nappes à carreaux rouges pour mettre en valeur les bons raviolis Buitoni, le tee-shirt cadeau de la regrettée firme Kodak, des voyages dans l’image publicitaire de notre société (à quoi voulait-on ressembler ?) encore et encore. Un voyage intersidéral.

4/ Direction ici et ailleurs

En 2005, l’artiste Orlan (de Saint Étienne), s’autohybride en Indienne américaine, ça dit beaucoup avec une grande simplicité : ce que l’on veut être (comme un enfant déguisé), paraître, le léger ridicule de nos ambitions et, malgré cela, nous nous habillons avec nos rêves. Un magnifique voyage.