Culture. Le spectacle Les Fuyantes créé par Boris Gibé est mis en scène par Camille Boitel de la compagnie Les Choses de rien. En amont de la représentation, Nicolas Rosette, conseiller artistique aux arts numériques, explique que ce spectacle est à la fois du cirque, du spectacle vivant mais aussi de l’art numérique. Il offre un spectacle conceptuel qui nous fait réfléchir sur un monde parfois déshumanisé par l’apparition des nouvelles technologies.

Ce vendredi 10 février au théâtre de l’Agora, Les Fuyantes se sont déroulées sur la grande scène dans le cadre des circuits éclectiques #11 avec notamment le spectacle intimiste Pygmalion miniature. Les cinq interprètes de la pièce poétique et absurde Les Fuyantes font partie d’un monde illusoire, où de nouvelles perspectives sont mises au-devant des scènes telles des dessins d’Escher, nos sens visuels sont troublés par des représentations spatiales et des personnages étranges. La répétition des gestes dans un monde créé par les individus, leur déshumanisation par l’uniformisation et l’acceptation du monde et ses technologies tel qu’il est, donnent à réfléchir sur le sens de nos vies qui s’écoulent rapidement sans en avoir compris grand-chose en restant bloqués dans notre univers fictif.

Une recherche de point de fuite, de lignes spatiales nous interpelle sur ce qu’est la troisième dimension actuellement, la reconstruction d’espaces qui n’existent pas mais pourtant où nous nous mouvons avec le sentiment de vivre réellement ce moment. Nous sommes de plus en plus imprégnés et happés par des univers d’un esthétisme flamboyant qui se réalise dans ce qui n’existe pas dans la réalité. L’homme se forge des rêves et oublie parfois la réalité de ce monde.

Avec Les Fuyantes, il ne faut pas chercher de logique mais juste se laisser guider par les lumières pop’ art, les escaliers sur les murs, le haut et le bas mélangés. Un rythme soutenu, une performance physique incroyable, une réalité en construction décomplexée, ce spectacle nous engage sur de nouvelles rives chavirantes.

Pygmalion, entre poésie et imaginaire

Pygmalion miniature est un spectacle de marionnettes contemporaines conçu par Renaud Herbin de la compagnie LàOù. Notre marionnettiste est également directeur du TJP Strasbourg – CDN d’Alsace depuis janvier 2012.

Il s’agit d’une histoire d’amour impossible entre Pygmalion et sa création. A la différence fondamentale de l’histoire d’Ovide dans les Métamorphoses, livre X, le souhait ardent de Pygmalion se réalise puisque la déesse Vénus donne vie à la statue d’une femme qu’il a sculptée. D’une certaine manière la fiction devient une réalité alors que dans ce spectacle de marionnettes , la réalité est une fiction ou une illusion. La statue de Pygmalion disparaît comme elle est apparue en forme d’ombre chinoise, l’obscurité fait place à son image. Pygmalion, sculpteur solitaire, tombe amoureux de sa création, il est incarné par une marionnette qui conçoit sa statue, laquelle est une autre marionnette, il monte dans son atelier et sculpte avec poésie une forme informe de papier imitant un bout de marbre brut.

Le papier s’envole comme si le sculpteur avait réalisé sa statue, la marionnette est translucide, on voit un buste et une tête, des jambes longues et fines, un fessier rebondi. Les jeux de lumières jaunes ou blanches donnent vie à une statue miniature de toute beauté. Porté par le désir de la voir s’animer, il croit à cette création vivante jusqu’à l’extinction de son ombre chinoise. Poésie et humour ornent ce spectacle de marionnettes qui nous plonge dans une enfance rêveuse. L’inconscient collectif de cette métamorphose ovidienne nous interpelle : ce spectacle pose la question sur la naissance du vivant et sa disparition. La vie naît par cette lumière en chacun de nous et s’éteint comme une ombre chinoise disparaissant sous le halo du projecteur.