CULTURE > Vendredi 12 novembre, un spectacle féministe ouvre le débat sur le viol, au Centre social de Saint- Michel-sur-Orge.

Pour la deuxiéme fois en l’espace de six mois, le centre social Nelson Mandela à Saint-Michel-sur orge a accueilli le théâtre du Kariofole, compagnie essonnienne, travaillant depuis de nombreuses années avec différents publics, jeunes et femmes des quartiers en particulier.

Vendredi dernier, c’est avec émotion, que les trois comédiennes ont dréssé un panorama dur et sans complaisance des violences infligées aux femmes dans le monde. A partir de textes de Samira Bellil, Souad, Calixthe Beyala, Amélie Nothomb, Taslima Nasreen, Chadortt Djavann, elles racontent l’histoire d’une « blonde »: une occidentale qui se convertit au féminisme, au fur et à mesure d’une prise de conscience difficile, elle même cantonnée à un rôle depuis l’enfance.

Mme Lebras, responsable du centre, souhaite avec ce spectacle « C’est dans les yeux brûlés des femmes », sensibiliser les publics et voir se développer le travail sur la thématique des violences faites aux femmes dans les centres en Essonne: « Suite au premier passage de la troupe lors du 8 mars dernier (la journée internationale des droits de la femme), nous avons eu beaucoup de retours du public car la pièce est très poignante. Nous souhaitons donc continuer dans cette voie ».

On estime à 75 000 le nombre de viols en France chaque année et il est souvent difficile d’aborder le sujet.

Dominique, éducatrice spécialisée présente dans le public, est intéréssée par cette problématique qu’elle rencontre depuis de nombreuses années dans le cadre de son travail avec les jeunes et les femmes. Elle pointe le réalisme de la pièce : « Je suis touchée par le spectacle car j’ai entendu des choses que j’ai entendu de la bouche des jeunes, la consommation de cannabis de la jeune fille de cité, son histoire dans la cave, et c’est un langage proche des quartiers, de la rue « .

Pour Alice, jeune polytechnicienne de 18 ans aussi présente dans l’assistance, le récit du viol dans la cité est le genre d’événements dont on entend beaucoup parler dans les médias : »Ce qu’on découvre surtout ici, c’est « l’après » viol, les années de destruction, la difficulté à se reconstruire….Même quand le criminel est en prison, on réalise que le calvaire est loin d’être terminé pour la victime. »

Comment la compagnie s’est-elle engagée sur ces sujets difficiles ?

Catherine Regula, directrice de la compagnie, a ouvert les yeux quand elle a commencé à travailler dans les quartiers : « les rôles hommes-femmes qu’on assigne dans les quartiers sont exacerbés. Aujourd’hui plus que jamais, il faut défendre les valeurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité ….Et puis ce spectacle, c’est aussi un hommage à Samira Bellil qui a oeuvré, bataillé, pour retrouver une dignité, c’est ça le message du spectacle ».

« C’est dans les yeux brûlés des femmes » sera joué à la prison des hommes de Fleury-Mérogis le 10 décembre.
Mais c’est sur un autre tabou – l’homophobie dans les quartiers – que l’on pourra retrouver la compagnie très prochainement avec 15 jeunes sur scène dans « Place des mythos », le 26 novembre, 20h30 à la MJC de Ris-Orangis.