Culture. L’orchestre de Massy est venu au théâtre de Longjumeau ce samedi 28 janvier interpréter Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, le divertimento pour cordes K.136 de Mozart, une œuvre de jeunesse et la Simple Symphony de Britten rendant hommage à Audrey Alstone, son professeur d’alto.

Photo : Paule Onteniente la récitante, le chef d’orchestre Constantin Rouits, et quelques membres de l’orchestre de Massy. (FV/EI)

En première partie, l’orchestre composé uniquement de cordes joue le divertimento de Mozart qui se trouve être par son effectif, entre la musique de chambre et la symphonie. Le compositeur ne précisera pas le nombre exact de musiciens pour jouer cette œuvre. Contrairement à la plupart des symphonies qui comportent quatre mouvements, ce divertimento est en trois mouvements. Il s’agit d’une musique de salon avec un premier mouvement allegro mêlant légèreté et sautillement. Les cordes aiguës nous charment d’une mélodie mozartienne accompagnées des violoncelles exécutant des soubresauts sonores avec l’archet. Le deuxième mouvement peut sembler légèrement lent même si le tempo indique qu’il faut le jouer comme tel. Le dernier mouvement est un vivace où violons et altos alternent mélodie virtuose et saltato rythmé à l’archet ; les violoncelles s’adonnent également à ce rôle d’accompagnement par des spiccati. La mélodie étourdissante aux cordes aiguës est reprise en imitation par chaque instrumentiste. Un mouvement qui vivifie pour la suite du concert.

S.S. comme Simple Symphonie, B.B. comme Benjamin Britten

A.A. comme Audrey Alstone, son professeur d’alto dans son enfance, le compositeur ne manque pas d’humour lorsqu’il décide de nommer sa symphonie ainsi, car même les titres de chaque mouvement ont cette particularité. Il présente un programme éclectique et original en quatre mouvements. Pour commencer, une Boisterous bourrée qui est une danse folklorique et champêtre répétée « bruyamment » sur un motif de deux notes par les cordes graves sur lequel les violons brodent leur mélodie. Le deuxième mouvement, un Playful pizzicato est une approche intimiste et discrète donnant un effet « sourdine ». Cette manière de jouer est intéressante pour son côté « charnel », un rapport plus proche entre l’instrument à cordes et l’homme. Cela peut faire penser aux lyres de l’Antiquité, une sorte de retour aux sources où l’homme n’avait pas encore inventé l’archet et devait jouer avec ses doigts. Le troisième mouvement s’appelle Sentimental sarabande, son tempo lent, ses grands coups d’archet legati, ses notes qui se prolongent dans le temps donnent une certaine langueur aux sentiments ; ses contrastes forte et piano cherchent à nous émouvoir, nous attendrir, nous immerger dans cette part de mystère qu’est l’amour, nous plonger dans une rêverie mélancolique. Par-ci, par-là, un pizzicato égrené par un violoncelle puis par un violon accompagne la mélodie legato des cordes aiguës. L’orchestre a puisé sa force et sa passion dans les sentiments. Pour finir, un Frolicsome final, « gambadant et joyeux » selon les propos du chef d’orchestre Constantin Rouits. Ajoutons que ce final est frétillant, les instrumentistes jouent avec frénésie.

Le Carnaval des animaux pour les grands et les petits

Paule Onteniente, une récitante du théâtre du Soleil, est venue nous imager les animaux entre chaque partie du Carnaval des animaux. Non dénuée d’une certaine excentricité voulue et recherchée avec un texte aux jeux de mots faciles, l’idée de faire venir un conteur est une excellente idée en soi, encore faut-il que la mise en scène et le jeu le soient. Le personnage clownesque pouvait gêner la plénitude de l’écoute du Carnaval des animaux par son manque de raffinement. Quoiqu’il en soit, l’orchestre a pris plaisir à participer à cette mise en scène ; flûte, clarinette, xylophone et piano ont rejoint les cordes pour nous transporter dans le monde de l’enfance, celui des animaux imaginaires, de l’inconscient collectif créé par les sons instrumentaux. Le lion majestueux et terrifiant, des poules picorant le sol imitées par les cordes aiguës, l’éléphant à la démarche lourde et lente incarné par une contrebasse, la volière dont la flûte virtuose imite le son de ces animaux heureux de chanter au  lever du soleil, le cygne paisible et gracieux sur un lac, nous sont apparus. Les grands comme les petits ont pu réécouter ce grand classique notamment avec le célèbre aquarium où les bulles d’air remontent à la surface pour éclater au son du xylophone, elles alternent avec ces sonorités descendantes du piano nous immergeant en profondeur. La mélodie est épurée et crée cet univers aux sonorités aquatiques. Le final avec l’ensemble des animaux imaginaires, a été rejoué une seconde fois par l’orchestre pour remercier le public. Cela reste une œuvre indémodable.