Culture. Le guitariste Tomas Gubitsch a joué un tango original au théâtre de l’Agora ce jeudi 19 janvier, avec un groupe d’instrumentistes talentueux. Le lendemain, c’était au tour de Vicente Amigo de démontrer que le flamenco reste une musique bouleversante par ses pulsions de passion.

Tomas Gubitsch a été influencé par le rock, des Beatles à Hendrix, de Led Zeppelin à Franz Zappa, des sources d’inspiration diversifiées. Il ne sait pas si c’est « le tango qui s’est infiltré par effraction dans sa musique ou si sa musique est entrée dans l’univers du tango sans lui demander l’autorisation », mais le résultat est magique. Tomas Gubitsch est accompagné par des musiciens exceptionnels : Juanjo Mosalini au bandonéon, Eric Chalan à la contrebasse, Iacob Maciuca au violon et Gerardo Jerez Le Cam au piano.

Le groupe joue sur le contraste des nuances piano puis forte, le spectateur se laisse surprendre par la richesse des sons expérimentaux en guitare, les soubresauts des masses sonores, le minimalisme raffiné des sonorités cristallines et la virtuosité de l’ensemble musical. Une grande complicité donne lieu à l’harmonie, à la puissance et au raffinement. A l’arrivée du violoniste, nous avons assisté à un tango aérien et pur, un voyage qui transporte l’âme dans un ailleurs, nous vidant l’esprit, une vraie « décantation ». Nous retrouvons la solitude et le sautillement du tango, le rythme « percussif » du rock. C’est une musique vivante qui a un souffle humain. Avec Tomas Gubitsch, le tango prend un coup de jeune, assurément, il fait fonctionner tous nos sens. Astor Piazzolla, qui a fait une tournée européenne en 1977 avec lui, peut être fier de sa musique.

Vicente Amigo, un virtuose qui déchaîne les passions

Le public est venu des quatre coins de la France, voire même d’Italie. Quelle passion pour cette puissance fougueuse qui s’est déchaînée sur la scène du théâtre de l’Agora ! La guitare sèche de Vicente Amigo devient un instrument soliste merveilleux aux accents contrastés de mélodies délicates et de cordes pincées avec force. La technicité est féroce, l’homme commence seul et ne s’octroiera aucun répit. Sa virtuosité mains droite et gauche résonne dans la salle silencieuse, à chaque fin de morceau le public s’exclame avec admiration pour ce musicien accompagné par ses percussionnistes Patricio Camara Alonso et Francisco Gonzales Agudo, son bassiste Juan Manuel Ruiz et son chanteur Rafael Usero Vilchez. Un second guitariste Antonio Fernandez Perona consolide la rythmique effrénée, la basse devient un soutien harmonique qui enrichit les mélodies de Vicente Amigo. Le chanteur a une voix de ténor aux sonorités flamenco, sa capacité de souffle est exceptionnelle, chantant longuement avec de puissants mélismes. Il transporte l’auditoire dans une Espagne traditionnelle où danseurs et danseuses se dessinent sous nos yeux, exprimant en quelques pas et gestes, ce cri de douleur et de passion. Les percussionnistes ont joué en polyrythmie avec énergie et fougue, nos cœurs ont alors battu de manière irrégulière, ils les ont fait chavirer.