Pierre Poilievre est impopulaire dans la deuxième plus grande province du Canada – et ses politiques le sont aussi.

MONTRÉAL-Il est difficile d’avoir une deuxième chance de faire une bonne première impression. C’est ce que Pierre Poilievre tentera de faire lors de sa visite au Québec la semaine prochaine, en début d’année.

Le dernier chef conservateur a du pain sur la planche. Dans la deuxième plus grande province du Canada, Poilievre est non seulement beaucoup moins populaire que ses principaux rivaux, mais il a également pris un moins bon départ que ses trois prédécesseurs.

Dans les intentions de vote, le parti conservateur est loin derrière les libéraux et le Bloc Québécois. À 19 pour cent, le score du parti au Québec est son plus faible score provincial.

Les chiffres du leadership de Poilievre sont encore plus sombres. À la fin de l’année, un sondage Angus Reid a montré que près des deux tiers des électeurs québécois avaient une mauvaise opinion du chef conservateur.

Tout au long de son histoire et sous ses diverses incarnations, le parti conservateur fédéral a presque toujours été confronté à des batailles électorales difficiles au Québec.

La décennie Mulroney a été une exception. C’est aussi la seule fois dans l’histoire récente qu’un chef québécois est à la tête d’un parti conservateur uni.

La campagne à la direction de Poilievre et ses conséquences ont aggravé le désavantage de longue date que représente son statut d’outsider au Québec.

En route vers sa victoire au premier tour, Poilievre a mené une campagne sans merci contre Jean Charest. Il aurait pu susciter davantage d’admiration dans la province s’il avait battu l’ancien premier ministre à la loyale dans l’arène des débats. Mais après une première confrontation avec son principal rival, M. Poilievre a choisi de ne pas se présenter sur le podium du débat. Il est difficile de gagner le respect par contumace.

Les dommages collatéraux subis par le parti au Québec à la suite de la campagne de la terre brûlée du chef de file ont été aggravés par le départ de l’ancien lieutenant québécois du parti du caucus fédéral.

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Avant sa décision de siéger comme indépendant, Alain Rayes était l’un des députés conservateurs les plus connus de la province, ainsi qu’un recruteur solide pour un parti qui n’attire pas facilement les talents québécois.

Il se trouve que Charest et Rayes ont tous deux une plus grande audience au Québec que Poilievre. C’est peut-être encore plus vrai quatre mois après le début du mandat de ce dernier qu’au lendemain de sa victoire.

En vertu de son rôle de chef de l’Opposition officielle, Poilievre est maintenant le principal critique du premier ministre. Mais le plus souvent, sa rhétorique semble s’adresser à des convertis.

Dans la province natale de Trudeau, la tendance du chef conservateur à exagérer au détriment des faits concrets est surtout perçue comme un symptôme d’immaturité politique.

S’il y a quelque chose à dire, en ce qui concerne l’électorat québécois mais aussi la classe politique de la province, la rhétorique exagérée de Poilievre peut agir comme un antidote à la lassitude du public envers Justin Trudeau.

Ces jours-ci, il y a une sorte de dégel en cours dans la relation entre François Legault et le premier ministre. Leur dernière rencontre en face à face de 2022 s’est terminée sur une note remarquablement cordiale, avec un optimisme débordant de la part du premier ministre quant à la possibilité d’un accord fédéral-provincial sur le financement des soins de santé.

Pour sa part, M. Poilievre n’a pas encore eu de rencontre en personne avec M. Legault. Dans ses commentaires publics, le premier ministre s’est montré résolument non engagé à l’égard du nouveau chef conservateur.

Lorsque Erin O’Toole a été évincé du bureau du chef l’année dernière, il semble qu’il ait emporté avec lui le capital de bonne volonté qu’il avait accumulé au nom de son parti avec le gouvernement de la CAQ.

Il ne fait aucun doute que Legault et son équipe surveillent de près les liens entre Poilievre et son ami, le chef du parti conservateur provincial, Éric Duhaime. Tout signe de rapprochement coûterait probablement à Poilievre tout espoir d’une relation électoralement productive avec la CAQ.

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Enfin, des signes inquiétants indiquent que la croisade de Poilievre pour le porte-monnaie manque la cible au Québec, ou du moins qu’elle ne permettra pas au Parti conservateur de se débarrasser de l’albatros que constitue le fait de ne pas être perçu comme sérieux en matière de changement climatique.

À ce sujet, un sondage gouvernemental commandé par le Conseil privé en août dernier et récemment rapporté par David Akin de Global suggère qu’en matière de politiques vertes, les Québécois sont nettement plus enclins à joindre le geste à la parole que leurs homologues du reste du pays.

Soixante et onze pour cent des Québécois souhaitent que le gouvernement fédéral prenne davantage de mesures à cet égard, contre sept pour cent qui souhaitent qu’il en prenne moins. À l’extérieur du Québec, 25 pour cent sont en faveur d’un retrait sur le front du climat.

À la question de savoir si l’inflation ou les changements climatiques devraient être la principale priorité du gouvernement fédéral, 56 pour cent des Québécois ont choisi la seconde. À l’extérieur de la province, la proportion de Canadiens qui estiment que le climat devrait être la priorité n’est que de 30 %. Et lorsqu’on a demandé aux Québécois si la réduction du prix de l’essence devait avoir la priorité sur l’atténuation des changements climatiques, 60 pour cent n’étaient pas d’accord.

Si Poilievre insiste pour continuer à prêcher dans le désert au Québec, c’est là qu’il se retrouvera le soir des élections.

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