Le soutien à la loi 96 au Québec est alimenté par la fausse idée que le français est en déclin.

Le Québec est un endroit fascinant et compliqué qui est également garanti de vous frustrer si vous y vivez assez longtemps.

En prenant un café à Knowlton, dans les Cantons de l’Est, je réfléchissais à la façon de commencer cet article lorsque deux femmes anglophones d’un certain âge se sont assises à côté de moi. Dès qu’elles ont ouvert la bouche, j’ai su qu’il s’agissait d’habitantes de la campagne, du genre de celles avec qui j’ai grandi.

Elles ont regardé le nouveau café chic avec de grands yeux et j’ai tendu l’oreille à leur conversation. La plupart des clients à l’intérieur, comparés à eux, étaient des francophones aisés.

« C’est incroyable », a chuchoté l’un d’eux. « Knowlton et Sutton étaient totalement anglais avant. Et maintenant c’est surtout français. »

Je raconte cette anecdote pour deux raisons :

1. Elle illustre comment le Québec est composé de plusieurs régions constituées de réalités démographiques et historiques différentes.

2. Il va à l’encontre d’un nouveau dogme maintenant accepté comme une vérité incontestable par une bonne partie de la majorité francophone du Québec : la langue française est en déclin périlleux et pourrait bientôt disparaître complètement.

Une récente tribune libre pleine de sarcasmes publiée dans le Star par l’ancien chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée, fait la promotion de cette notion désormais bien ancrée, en s’appuyant sur toutes les statistiques biaisées habituelles.

Par l’exagération et l’hyperbole, Lisée tente de discréditer les critiques légitimes de la Loi 96. Et par extension, de convaincre les lecteurs qu’il existe une menace existentielle pour une majorité qui représente entre 80 et 84 % des 8,7 millions d’habitants de la province.

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Tout cela est très étrange. Surtout quand on sait que, cumulativement, il n’y a jamais eu autant de francophones au Québec ou au Canada.

C’est un fait avéré. Le nombre de locuteurs natifs du français continue de croître année après année, pour atteindre les 7 millions en 2021. La seule façon concevable de dire que le français est en déclin dans la province, c’est dans un sens étroitement proportionnel, et même ici, vous devez choisir des statistiques et couper les cheveux en quatre en référence à une courte période entre 2001 et 2016.

Le changement démographique est inévitable, et oui, il y aura dans un avenir proche un peu moins de Pelletier et de Tremblay, au sens proportionnel, et plus de Perez et d’El-Shorbagy. Cela ne signifie toutefois pas que l’on parlera moins de français dans l’ensemble.

Mais c’est en partie ce à quoi Lisée, la CAQ et les autres partisans du nationalisme ethnique font référence lorsqu’ils parlent d’un  » déclin  » du français.

Nous choisissons tous les statistiques qui illustrent le mieux nos positions. de bonne guerrecomme on dit. Mais il y a tout autant de statistiques et d’articles qui contredisent les propos de Lisée et des alarmistes linguistiques.

Je pourrais choisir n’importe quel chiffre dans les derniers rapports de Statistique Canada – par exemple, le fait qu’il y a eu une augmentation de 28 % des immigrants francophones admis au Canada à l’extérieur du Québec depuis 2020, ou que le taux de bilinguisme chez les anglophones du Québec est passé de 37 % en 1971 à 70 % en 2022 – et en faire un plat.

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Vous pouvez facilement faire valoir – et je le ferais – que la culture française au Québec, après deux générations de croissance solide de la classe moyenne, n’a jamais été aussi vitale, sûre et dynamique.

Mais les bonnes nouvelles ou les effets positifs ne servent à rien aux politiciens et aux médias nationalistes du Québec de nos jours. L’objectif final, conscient ou non, est de garder les gens inquiets/ flexibles/motivés pour le prochain projet « national » (c’est-à-dire provincial), ou la prochaine élection, justifiant ainsi une autre expansion des pouvoirs du gouvernement québécois dans la vie quotidienne des simples citoyens.

Pour les anglophones, les minorités et les personnes qui n’ont pas adhéré à la notion d’un « peuple québécois » monolithique qui ne peut être sauvé que par un gouvernement fort et une autre couche de réglementation, nous avons souvent l’impression de vivre dans un univers parallèle.

Le projet de loi 96 est tout simplement une mauvaise loi : un écran de fumée populiste qui crée la division et cause plus de problèmes qu’il n’en résout.

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