CULTURE > Le roman Apocalypse Bébé de la romancière et réalisatrice Despentes, sortie aux éditions Grasset a reçu hier le prix Renaudot. Quatre ans après le stimulant « King-Kong Théorie », l’auteur repart sur les routes du roman féminisme et de l’écriture punk. Un livre qui ne laisse pas indifférent.

Houellebecq au féminin ?

La sortie au même moment des nouveaux romans de Vincent Ravalec1 et de Michel Houellebecq2 peuvent facilement faire croire que Virginie Despentes s’inscrit dans la veine de ce « nouveau réalisme » qui cherche à décrire la société telle qu’elle est, davantage qu’à s’attacher à la profondeur des personnages. Les personnages d’Apocalypse Bébé sont d’abord tracés à la va-vite. Lucie, jeune femme qui passe de boulot précaire en travail mal payé, et on le suppose de mec en mec, doit retrouver pour son travail la jeune Valentine, « adolescente nymphomane, défoncée à la coke et hyper active ». Comme elle n’a pas particulièrement envie de s’y consacrer, elle demande de l’aide à la « Hyène », lointaine cousine de la Lisbeth Salander des Millénium, détective privée un peu trouble, qui revendique son homosexualité débordante. L’enquête en elle-même n’est pas bien compliquée, Valentine ayant simplement fuit la routine de sa vie avec son père, un vieil écrivain raté vaguement conservateur, pour rejoindre sa mère adoptive partie vivre à Barcelone. Mais les pérégrinations des deux privées les amènent à côtoyer les milieux traversés un à un par Valentine. On découvre alors un caméléon, qui passe en un clin d’œil de « Panique Dans Ton Cul », groupe de rock défenseur du White Power aux squatteurs anars. Valentine semble affirmer, reprenant les mots de Brassens, « Mourir pour des idées, c’est bien beau mais lesquels ? », et le portrait s’affine peu à peu. La jeune fille se cherche, s’intègre facilement dans des groupes aux codes vestimentaires et moraux bien établis, puis se retrouve rejeté avec la même facilité. Loin des préjugés, Virginie Despentes dépeint parfaitement le désarroi d’une génération dont la société attend d’elle qu’elle revendique une identité précise alors que justement tout semble trouble. Les quêtes initiatiques de Valentine et de Lucie finissent par démontrer qu’une vie rangée, ennuyeuse, peut devenir rapidement beaucoup plus vivante quoique dangereuse.

Vitalité punk

Ce qui fait la force des romans de Virginie Despentes, depuis le sulfureux « Baise moi » parue en 1994, c’est son style. Despentes est de la génération de ceux qui ont connu le « No Future » des groupes punks. Son écriture, bien mieux maitrisée que dans ses précédents romans, est imprégnée de toute la vitalité punk. Ça joue fort, vite, ça déborde de partout. Ça joue même parfois un peu faux mais peu importe. Le roman commence au quart de tour et ne vous lâche pas avant la fin. On est emporté dans un tourbillon de force et de fulgurances. Virginie Despentes réussit à merveille à faire entendre la voix intérieure de chaque personnage. Alors, sous l’ennui affiché par la plupart des personnages, surgit la brutalité et l’urgence de la vie.
Incontestablement, Virginie Despentes signe un grand retour avec ce roman débordant. Certains seront sans doute déconcertés par la violence affichée, par le lesbianisme militant. Tout le monde en tout cas aura quelque chose à en dire.

  • Virginie Despentes, Apocalypse Bébé, Grasset, 19 euros.