L’application jeudi du relèvement de l’altitude de vol des avions atterrissant dans les aéroports de la région, plusieurs associations dénoncent une opération de communication du ministère de l’environnement et des transports.

Les mesures de la ministre de l’écologie et des transports Nathalie Kosciusko-Morizet, visant à réduire les nuisances aériennes en Ile-de-France, ne font pas l’unanimité. Jeudi, l’altitude d’arrivée des avions atterrissant sur les aéroports du Bourget, d’Orly et de Roissy sera relevée de 300 mètres (lire notre article). Les associations de défense des riverains d’Orly et de Roissy dénoncent « une opération de communication, visant à masquer les conséquences négatives de l’allongement et de l’élargissement des couloirs aériens ». Dans un communiqué, ces dix associations estiment que cette décision « prise en accord avec l’industrie aéronautique, aura pour conséquence d’augmenter la consommation de Kérosène ».

Des mesures contraires au Grenelle de l’environnement ?

La nouvelle circulation aérienne en Ile-de-France ne sera pas sans impact sur la pollution atmosphérique. Elle pourrait même être contraire aux objectifs du Grenelle de l’environnement. Le collectif contre les nuisances aériennes sur Dourdan et sa Région (CNADR), parle même d’une augmentation de la pollution, équivalente à la circulation quotidienne de 250 000 véhicules supplémentaires. En cause, un rallongement de 20 kilomètres minimum des différentes trajectoires d’atterrissage.

Dans ces mesures appliquées lundi, le ministère de l’environnement et des transports prévoit le relèvement général de 300 mètres de l’altitude d’approche finale des avions arrivant sur la région parisienne. Un rehaussement qui ne sera pas sans conséquences sur la consommation de Kérosène. En juin, le Canard Enchainé relevait l’avis de l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA), qui dénonçait dès novembre 2010, les risques d’accentuation des émissions de carbone, « contraires au Grenelle de l’environnement ».

Selon le CNADR, un avion consomme plus de 1 000 litres de carburant pour 100 kilomètres parcourus, multiplié par 800 avions qui atterrissent chaque jour, en moyenne, sur les aéroports d’Orly et Roissy. Soit « un avion toute les deux minutes ». Au total, « 17 000 tonnes de Kérosène/an seront gaspillées et près de 45 000 tonnes/an de C02 rejetées dans l’atmosphère ».

Un impact minime sur la baisse des nuisances sonores ?

Pour le ministère, la mesure de relèvement de l’altitude des vols permettrait « une réduction de 50 % du bruit subi par les populations survolées et une baisse de 60 % des personnes exposées à un bruit supérieur à 65 décibels. » Une diminution de trois décibels qui, selon une étude de BruitParif sur la perception du son, aurait un impact minime : « On fait difficilement la différence entre deux lieux où le niveau diffère de 3 dB ». Autrement dit, le gain obtenu sera imperceptible à l’oreille humaine.

Seule une des mesures du plan mis en place par Nathalie Kosciusko-Morizet trouve la satisfaction des collectivités locales. Pour les Conseils généraux de l’Essonne et du Val-de-Marne, les dépenses d’insonorisation, prises en charge maintenant à 100 % pour les logements situés autour des aéroports, sont « une victoire pour le territoire ». Cependant « ces quelques annonces ne suffisent pas ». Jérôme Guedj, le Président (PS) de l’assemblée départementale de l’Essonne, avait demandé à la ministre, « des propositions alternatives, celles-ci n’y figurent pas. Le Conseil général de l’Essonne poursuivra donc sa mobilisation pour que les populations du sud du département ne soient pas impactées ».

Une manœuvre électorale ?

« Si ce projet est vraiment d’intérêt général, pourquoi le justifier par des propos trompeurs ? » Derrière cette question posée par le CNADR se cache une interrogation légitime, quand on sait que l’une des mesures de Nathalie Koscuisko-Morizet aura comme effet d’écarter le survol des avions au dessus de la quatrième circonscription de l’Essonne. Circonscription dont elle est l’élue depuis 2002, suite à la nomination du député Pierre-André Wiltzer dans le deuxième gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. « NKM dégage le ciel de sa circonscription », écrivait alors le Canard Enchainé.

Associations et élus, de gauche comme de droite, s’opposent depuis des années à ce relèvement de l’altitude (Lire notre article). Mais cette union sacrée des élus du sud du département n’aura pas été suffisante. Les avions passeront désormais à la verticale de Dourdan, « sans qu’aucune étude d’impact sur les personnes les plus fragiles » ne soit menée, s’agace le Président du CNADR. L’association s’inquiète des conséquences du passage des avions, notamment au dessus des écoles du Sud-Essonne.

Contacté ce lundi dans la journée, le cabinet de la ministre n’a donné pour l’heure, aucune suite à nos questions.