POLITIQUE > Suite de notre sujet sur la situation dans les quartiers dits « sensibles », cinq ans après les événements survenus dans les quartiers populaires, notamment en banlieue parisienne. Dans un précédent article, nous posions trois questions au journaliste Nadir Dendoune (lire notre article). Après plusieurs exigences soulevées, il semble que beaucoup attendent des réponses concrètes de la part des partis politiques. Essonne Info a souhaité interroger Marianne Louis, secrétaire nationale du Parti Socialiste à la Politique de la Ville et adjointe au maire d’Evry à l’urbanisme.

Essonne Info > Quel est selon vous l’état social actuel au sein des quartiers dits « difficiles »?

Marianne Louis > La situation sociale dans les quartiers difficiles est objectivement connue grâce au rapport annuel de l’ONZUS. Les indicateurs sont inquiétants : Malgré de relatives avancées en matière de renouvellement urbain grâce à la mobilisation des acteurs locaux, et notamment des collectivités de gauche, la situation est inquiétante : 1 habitant sur 3 qui habite dans une zone urbaine sensible vit sous le seuil de pauvreté. Le taux de chômage y atteint des sommets, particulièrement chez les jeunes. Le taux de chômage des hommes de 15 à 24 ans monte à 41,9% fin 2008 contre 36,9% fin 2006. Le rapport 2010 n’est pas encore public mais il y a peu de chance qu’il marque une amélioration. Au contraire, il y a fort à craindre que la crise sociale qui s’est déployée ait touché fortement les populations déjà précaires.

En même temps, si on limite son approche à cette vision statistique, on passe à côté d’une très grande diversité des situations et des initiatives locales. On ne peut pas mettre dans « un même panier » un quartier qui bénéficie des transports en commun et d’un programme de renouvellement urbain, où tous les acteurs sont mobilisés, de l’éducation nationale au service local de l’emploi, comme aux Pyramides à Evry, et un quartier comme Grand Vaux à Savigny sur Orge, où la mairie refuse d’entreprendre une réelle action de développement social du quartier.

Il y a réalité sociale dans tous les quartiers que les coups de mentons sécuritaires du Président de la République et les mesures gadgets de la secrétaire d’Etat n’ont pas résolu, loin de là, mais tous les quartiers ne font pas hélas l’objet de la même mobilisation locale.

Essonne Info > Il y a 3 ans, Fadela Amara, ministre de la ville, lançait le Plan Espoir Banlieues. Quels sont ces effets concrets?

Marianne Louis > Rien, ou presque. Le plan « Espoir banlieues » n’existe nulle part ailleurs que dans les annonces médiatiques de la secrétaire d’Etat. Soyons réalistes : combien d’enfants ont réellement participé au « Busing », au delà des mots, avez vous déjà vu une « cordée de la réussite ? », une application Iphone « job2.0 » pour trouver un stage… est-ce une politique de l’emploi pour les jeunes ? Cela n’a pas de cohérence, ne ressemble à rien…Tandis que les habitants des quartiers les plus isolés sont confrontés à une aggravation de leur situation, les acteurs de la politique de la ville sont totalement désemparés face à une secrétaire d’Etat qui ne leur propose ni crédits, ni méthode, ni cap et objectifs partagés et portés au plus haut niveau de l’Etat.

« C’est d’un présent dont les quartiers ont besoin. »

Côté renouvellement urbain, l’ANRU est clairement confronté à un assèchement de ses crédits, et si le levier du renouvellement urbain est de plus en plus compromis, le volet cohésion sociale est lui aussi en pleine déshérence. Sur le terrain, faute d’une réelle « politique de la ville » et d’objectifs partagés par les acteurs locaux et associatifs, les contrats urbains de cohésion sociale sont prorogés chaque année, sans laisser la place à l’évaluation et à l’adaptation aux situations locales. En refusant de faire de la cohésion sociale une priorité budgétaire, le gouvernement tente de renvoyer dos à dos les communes en difficulté… c’est scandaleux. Incapacité à dépasser les effets d’annonce et les coups médiatiques, ni réforme, ni évaluation de la géographie prioritaire, crédits en baisse…c’est encore un triple échec pour Fadela Amara.

Essonne Info > Quelles sont les priorités immédiates à mettre en oeuvre dans les quartiers?

Marianne Louis > Je vous remercie de parler d’immédiateté. Maintenant il faut arrêter de renvoyer en permanence les banlieues à un « avenir radieux ». C’est d’un présent dont les quartiers ont besoin.  Depuis deux ans, le Parti socialiste, avec ses élus, ses militants associatifs, des habitants, des professionnels, a dressé un état des lieux complet et objectif sur la situation des quartiers. Sans se voiler la face ni sombrer dans les tropismes médiatiques du sensationnel. Nous présenterons samedi prochain, à Lille, dans une forum consacré à la ville, des propositions concrètes, en péréquation entre collectivités, loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU), développement économique, priorité éducative, sécurité, accès au service public et à la santé… nous reviendrons sur toutes ces questions… rendez-vous samedi 6 novembre !