Le pedigree d’Hervé Renard est un atout majeur pour l’Arabie Saoudite à l’approche du redoutable match contre l’Argentine.

L’horloge a enregistré un peu plus de trois minutes. Le Maroc concède un corner et, sur un simple centre flottant, le mal est fait. La Coupe du monde 2018 était à peine entrée dans sa deuxième journée, Cristiano Ronaldo avait marqué de la tête son quatrième but du tournoi et l’équipe d’Hervé Renard se dirigeait vers sa sortie prématurée.

Renard, l’entraîneur qui a beaucoup voyagé et qui présente mardi son plan pour que l’Arabie saoudite étouffe l’Argentine, aborde sa deuxième Coupe du monde en espérant que les chances de passer au deuxième tour durent plus longtemps que lors de sa première participation à l’événement.

En Russie, il y a quatre ans, il était l’animateur sur le banc de touche d’une équipe marocaine dont les défaites lors de ses deux premiers matches l’avaient reléguée au bas de son groupe, mais dont les performances laissaient présager un meilleur avenir. Ils ont pris l’avantage à deux reprises contre l’Espagne lors de leur dernier match de groupe, qui s’est soldé par un match nul.

Renard s’est alors douloureusement rendu compte du pouvoir d’une mégastar sur le match. Le coup de tête de Ronaldo, le seul but du Portugal-Maroc, a scellé l’élimination de son équipe. Pour sa prochaine participation à l’épreuve reine, Renard est immédiatement confronté à un autre géant de tous les temps, Lionel Messi.

« Je ne suis pas vraiment du genre à me focaliser sur les superstars », a déclaré Renard à l’AFP. Le Figaro, « mais on ne peut que respecter un joueur fantastique, sa grande carrière et ce qu’il représente. L’Argentine a la capacité de gagner cette Coupe du monde et comme Messi ne l’a jamais fait, c’est un désir farouche pour lui. »

Renard peut résister à une trop grande focalisation sur les superstars individuelles, mais elles ont marqué sa vie dans le football. En tant que joueur, il était un solide défenseur dans sa France natale, mais il a reconnu le plafond de ses ambitions lorsqu’il était à Cannes. Suivre le rythme d’un jeune dribbleur brillant nommé Zinedine Zidane, un prodige cannois alors que Renard atteignait le niveau senior, était l’un des défis à relever.

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Renard allait trouver sa vocation idéale en tant qu’entraîneur, studieux, charismatique, fort communicateur et ouvert à des expériences d’apprentissage aussi diverses que l’assistance à Cambridge United, du quatrième échelon du football anglais, le championnat chinois, au début des années 2000, avant qu’il ne devienne à la mode et riche, et le jeu de club au Vietnam.

Lorsqu’il a pris le poste d’assistant manager au Ghana en 2007, Renard, qui n’avait pas encore 40 ans, avait déjà entraîné dans quatre pays différents sur deux continents.

En Afrique, son troisième continent, il s’imposerait comme un manager superstar, immédiatement reconnaissable dans ses chemises blanches impeccables et repassées, une tenue de touche qui a longtemps été sa marque de fabrique. Il a supervisé deux triomphes en Coupe d’Afrique des Nations, le premier en 2012 avec la Zambie, qui n’était pas favorisée, et le second avec la Côte d’Ivoire en 2015, mettant fin à une longue séquence d’échecs ivoiriens dans le tournoi. En qualifiant le Maroc pour Russie 2018, il a mis fin à 20 ans d’absence des Lions de l’Atlas en Coupe du monde.

Le défi avec l’Arabie saoudite est distinct. Il s’agit de la sixième Coupe du monde du pays en huit éditions. La barre avait été placée très haut lors de la première édition, en 1994, lorsque l’Arabie saoudite avait terminé à la deuxième place du groupe, grâce à un but intemporel de Saeed Al-Owairan contre la Belgique, ce qui lui avait permis de se qualifier pour les huitièmes de finale.

Depuis, l’histoire s’est résumée à chaque fois à une élimination en première phase et, comme Renard en est parfaitement conscient lorsqu’il observe la forme et la motivation de Messi et d’une Argentine tout juste sortie de sa victoire de cinq buts sur les Émirats arabes unis, à des débuts notoirement mauvais : une défaite 8-0 contre l’Allemagne lors de la première journée en 2002 ; 5-0 contre la Russie lors de la soirée d’ouverture il y a quatre ans.

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Renard a été nommé en 2019, après une élimination en huitièmes de finale de la Coupe d’Asie sous la direction de Juan Antonio Pizzi. S’appuyant largement sur les joueurs d’Al-Hilal, qui ont été deux fois champions d’Asie pendant son mandat, il a créé une dynamique formidable pendant les qualifications pour la Coupe du monde : 13 victoires et une seule défaite, contre le Japon, en 18 matches lors des deux phases de groupe.

Hervé Renard est lancé en l'air par des joueurs d'Arabie saoudite après que l'équipe a confirmé sa qualification pour la Coupe du monde 2022. AFP

Son palmarès fait déjà de lui l’entraîneur étranger le plus titré de l’Arabie saoudite. Et il y en a eu plusieurs qui se sont distingués : Pizzi est arrivé au poste après avoir remporté la Copa America avec le Chili. Bert Van Marwijk, en poste jusqu’en 2017, a emmené les Pays-Bas en finale de la Coupe du monde ; Frank Rijkaard, en poste pendant deux ans jusqu’en 2013, a remporté la Ligue des champions européenne avec Barcelone.

Le privilège de Renard est d’être en poste pour la Coupe du monde la plus proche de chez lui, bénéficiant d’un fort soutien sur place de la part des fans qui ont traversé la frontière du Qatar. Mais l’Arabie saoudite subit des pressions supplémentaires car il s’agit de la première Coupe du monde dans la région.

« Les supporters ne sont pas toujours réalistes et, dans certains esprits, si nous ne passons pas au prochain tour, c’est un échec », a déclaré Renard. « C’est notre rêve de nous qualifier dans le groupe mais l’Argentine, le Mexique et la Pologne, les adversaires du groupe, sont au-dessus de nous. »

Bien au-dessus : à la troisième, 13e et 26e place du classement Fifa, contre la 51e place pour l’Arabie saoudite. Et c’est un groupe avec une présence super concentrée de superstars. Une fois que lui et ses joueurs ont vécu l’expérience Messi, Renard a quatre jours pour préparer la Pologne et Robert Lewandowski.

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