Il y a déjà plus de vingt ans, d’éminents sociologues comme Pierre Bourdieu ou Patrick Champagne, décryptaient l’évolution du « champ journalistique », ses rapports de force, la dictature du « scoop », l’influence de la loi du marché comme la propension à « l’uniformisation » de l’information. On revoit cette scène du square avec la caméra TV dans le film La Haine de Mathieu Kassovitz (1997). Désormais, s’y ajoute l’instantanéité de l’actualité, le « buzz » et la communication à tout-va, sans compter une accentuation du phénomène de concentration économique des principaux médias papiers et télévisuels. Trop proches et à la fois trop loin de la capitale, nous sommes habitués à ce traitement médiatique déconnecté des réalités, très en surface, en grande partie basé sur les faits divers.

Comme le montre la très sérieuse étude réalisée chaque année par le journal La Croix, la confiance des Français envers leurs médias ne cesse de décroitre d’année en année. Le baromètre publié dans leur édition de ce jeudi 24 janvier relève que seuls 32% des sondés considèrent que le mouvement des « gilets jaunes » a été bien traité dans les médias. D’une manière générale, la profession de journaliste n’a jamais été autant décriée qu’aujourd’hui, bien qu’elle suscite encore une certaine attirance. Même si les Français montrent plus d’intérêt à l’actualité (67% y porte un grand intérêt), la suspicion à l’égard des journalistes est très forte (seuls un quart les considèrent comme « indépendants », des forces politiques et du pouvoir 24%, et des forces de l’argent 26%).

Mais comment être satisfait aujourd’hui de la « soupe » qu’il nous est donné de voir sur certaines chaînes comme à travers les partages de nos médias sociaux, tels Facebook, Twitter ou encore Instagram. Deux rappeurs de 40 ans qui font les guignols par vidéos interposées constituent-t-ils une information de premier ordre ? L’énième débat caricatural entre pseudo-experts – qui soit dit en passant ont tous quelque chose à vendre à côté – sur la dernière polémique futile, hors-sol ou bien inutile, mérite-t-il vraiment notre attention ? Les plus hauts dirigeants de notre pays doivent-ils se rabaisser à faire marcher « l’infotainement » (info et divertissement) dont la qualité est parfois plus que décriée? L’information débitée à travers certains médias « mainstream » est comme mise sous un moule, et calquée à l’infini à mesure que l’on appuie sur sa télécommande.

Cet état de fait ne doit pourtant pas cacher l’extraordinaire et riche travail fourni par des journalistes et rédactions consciencieux, qui cherchent à aller au delà de « l’évènement », cultivent une éthique et une ouverture d’esprit, et parviennent à raconter la société telle qu’elle est. Les nouveaux médias ont joué un rôle majeur depuis 10 ans, dans ce renouvellement des pratiques et l’approfondissement de démarches intelligentes en matière d’information. Parce que nous nous y référons et que nous sommes les premiers « consommateurs » de l’information, nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner et faire vivre la presse et les médias qui donnent du sens à l’actualité dans notre pays. Générale ou spécialisée, en ligne ou en papier, traitant de thématiques internationales comme proposant des reportages riches, cette presse nous permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Les raisons d’espérer

Le journalisme auquel nous croyons ne consiste pas à rester pas derrière son écran (même si la tentation est souvent grande), à compiler des dépêches ou paraphraser des communiqués. Il se creuse d’abord les méninges sur ce qui se joue sur nos territoires, questionne les différentes actualités comme le flux.

Le journaliste est sur le terrain, car rien ne vaut l’information recueillie de première main. Il doit saisir les ambiances et comprendre les réalités pour cerner son sujet. La prise de recul et le temps du reportage sont plus que nécessaires pour vraiment aller dans le fond des choses. Une fois rentré au bureau, un autre travail commence, celui qui consiste à chercher de nouveau, se réinterroger, remettre en question ses données comme les informations brutes reçues.

Un bout de mur du bureau de rédaction d'Essonne Info

Un bout de mur du bureau de rédaction d’Essonne Info (EI)

Il passe des coups de fil, en ayant au préalable cerné la problématique, et pose les bonnes questions aux interlocuteurs les plus fiables, recoupe, analyse, propose des perspectives et pistes de réflexion supplémentaires. Il choisit son angle, en proposant les axes les plus pertinents et informatifs possibles. Bref, il se donne du mal, pour bien faire les choses, car son métier et sa déontologie le lui imposent.

Cette exigence, ce sérieux, nous le retrouvons, fort heureusement dans de nombreux médias. Presse internet indépendante, quelques radios généralistes de grande qualité, nouveaux médias spécialisés et crédibles, journalisme au long court pratiqué dans certaines rédactions mensuelles ou hebdomadaires, reportages pertinents et angles renouvelés par moment dans la presse quotidienne et régionale. Mais cela ne masque malheureusement pas le paysage peu reluisant de la presse et nos médias que l’on peut qualifier de « mainstream » ; avec une concentration des principaux titres de presse et chaînes de télévision dans des groupes industriels dont l’activité principale n’est pas la presse et l’édition. A ce jour, seuls deux quotidiens nationaux (La Croix, L’Humanité), font partie de structures réalisant la majorité de leur chiffre d’affaires dans ce secteur économique.

En cela réside aussi la responsabilité du public, notre responsabilité à tous. On n’apprécie guère le traitement et les omissions de certains titres de presse, mais beaucoup d’entre nous ne font pas l’effort d’aller chercher plus loin. Combien de fois nous-même, en couvrant des initiatives ou mobilisations locales (parents d’élèves, santé, transports..), n’avons-nous entendu de la bouche de nos interlocuteurs, le questionnement sur la présence espérée des caméras d’une certaine chaîne d’information en continu, considérant que leur action ferait du bruit, si et seulement si elle était diffusée à cette antenne. Soyons exigeant envers nos médias, et envers nous-mêmes.

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