Ce jeudi 17 janvier était une date très attendue, pour les acteurs du conflit opposant les salariés de la collecte des déchets, sur le territoire du SIOM (nord-ouest Essonne), avec leur nouvel employeur, l’entreprise Sepur qui a repris le contrat anciennement tenu par Otus-Veolia. Cette passation de marché, en œuvre le 1er novembre, ne s’est pourtant pas passée sans encombre. Puisque les éboueurs concernés par ce changement d’employeur n’ont pas accepté les conditions formulées par ce dernier dans ce transfert. Une journée de grève, puis une  situation de « lock-out » (fermeture de l’établissement par l’employeur) depuis le 2 novembre, que dénoncent ces salariés, accompagnés par leur syndicat CGT. Du côté des dirigeants de Sepur, on réfute ce terme de « lock-out » et le blocage est imputé aux éboueurs mobilisés qui refuseraient de prendre leur poste de travail. L’affaire a donc été portée aux Prud’hommes, ce tribunal composé à parité de représentants de salariés et d’employeur du territoire, qui devra déterminer la nature du conflit, et le paiement éventuel de salaires. Sa décision sera rendue le 7 février.

En attendant, les éboueurs ont connu un deuxième mois, fin décembre, avec un bulletin de paye égal à 0. Situation extrême qui devrait s’arrêter là, puisque les tournées ont complètement repris fin décembre, et les payes devraient suivre pour janvier. N’empêche, ces deux mois de tension, avec la tenue d’un piquet à l’entrée de l’usine de Villejust du SIOM, l’organisation et la participation à diverses réunions, des actions de solidarité envers les éboueurs émanant du territoire, comme les élus siégeant au SIOM mis face à leur responsabilité (lire notre article), laisseront des traces sur le territoire.

Notre dossier sur le conflit dans les ordures ménagères de la vallée de Chevreuse

Au sortir de l’audience de Longumeau, où chaque partie a pu plaider sa cause avec ses arguments, les dizaines d’éboueurs présents restent sur le qui-vive. Le délégué CGT du personnel Steeve Avisse, pense que l’audience a permis « de démontrer point par point le refus de Sepur de nous faire travailler ». Comme arguments présentés ce jour, « des constats d’huissiers, des vidéos montrant qu’il n’y avait pas les moyens matériels et l’accès interdit à l’agence, les confirmations écrites de la disponibilité de chaque salarié pour travailler » égraine-t-il. Jusqu’à la prise de poste après Noël, pour la quasi-totalité des salariés concernés, après une formation sur les nouveaux camions benne. « Au final on a repris à partir du 27, sans signer leurs conditions, avec un transfert normal de notre contrat » ajoute le représentant du personnel.

Une lecture de la situation nouvelle que ne partage pas le principal dirigeant de Sepur, Youri Ivanov. « Le plus important pour moi est la reprise du travail, c’est ce qu’on disait depuis deux mois, il y avait un certain nombre de passages obligés comme ces formations sur le matériel » détaille-t-il. Dans le fond, « leur contrat de travail est transféré, même si les accords d’entreprise sont différents, c’est ce qu’on a toujours dit » assure-t-il, après n’avoir pas réussi à faire signer les salariés ces nouvelles conditions. Il se dit toutefois « relativement serein » quand à la décision attendue des Prud’hommes : « je ne vois pas comment on pourrait dire qu’il y’a eu « lock-out ». Il a ainsi fait constater tout au long du conflit par des huissiers ce que l’entreprise chargée de la collecte présente comme « une grève ».

Une fois la décision rendue par les Prud’hommes, les éboueurs du SIOM pourraient ne pas en rester là. Ils envisagent très sérieusement de mener « une deuxième étape » judiciaire. Depuis la reprise du travail, plusieurs d’entre eux témoignent de difficultés rencontrées dans le ramassage des ordures, du fait de leur nouvel employeur. Ils sollicitent de nouveau l’inspection du travail et demandent des mises en demeure. « Tous les jours on va travailler la peur au ventre, ce harcèlement on en a mare de le subir » raconte un salarié de la collecte devant ses collègues. Selon le délégué syndical Steeve Avisse, « ils n’ont pas tenu leurs engagements, cassent les équipes et les tournées, essayent de déceler la moindre petite erreur dans notre travail pour nous tomber dessus ». Des accusations pour lesquelles Youri Ivanov s’inscrit en faux : « une des règles dans l’entreprise, c’est que l’organisation du travail, c’est du ressort de l’employeur ». Pour le reste, celui-ci préfère saluer les tournées de « ceux qui ont assuré le service public » de la collecte durant cette période, « ils méritent le respect ». Parmi eux, les 30 embauchés de l’hiver qui restent rattachés aux tournées du SIOM, en plus de 84 éboueurs déjà en poste. Devant le tribunal des Prud’hommes de Longjumeau, ce matin là, tandis que les éboueurs sortent de la cour, un camion de Sepur procède au même moment à une tournée de ramassage dans les rues. Le passage de ces « nouveaux » collègues devant les agents mobilisés, et les regards échangés, montrent que la plaie mettra du temps à se refermer après deux mois et demi de conflit.