Les « gilets jaunes » ne sont pas les seuls à occuper l’actualité sociale à coup de revendications à destination du sommet de l’Etat. Venus des quatre coins du territoire, des centaines d’ambulanciers s’étaient rassemblées début décembre à Paris, bloquant avec leurs véhicules de fonction le trafic près de l’Assemblée nationale et Concorde, à la suite d’une précédente opération sur le Boulevard périphérique. Depuis des semaines, ils interpellent le gouvernement sur la réforme du financement des transports sanitaires et dont ils réclament la suspension.

Parmi les mécontents se trouvent les salariés d’Isla Ambulances, à Evry. L’un des gérants, Faad Ilhamy est revenu pour Essonne Info sur l’application de l’article 80, inscrite dans la volonté gouvernementale de diminuer le déficit de la Sécurité sociale. La réforme confie aux seuls établissements de santé la responsabilité du financement des dépenses de transports sanitaires. Depuis le 1er octobre, date à laquelle la réforme est entrée en vigueur, l’Assurance maladie ne se voit plus facturée pour tout transport d’un patient déjà hospitalisé.

« On est obligé d’accepter les prix au rabais »

Et c’est bien là le souci pour cette petite société comptant trois véhicules pour une dizaine de salariés. « Le nombre varie en fonction du temps de travail. Avec les problèmes que l’on rencontre actuellement, on a du mal à embaucher », précise Faad Ilhamy. Pour lui, « la réforme menace les petites et moyennes entreprises du secteur. Hôpitaux et cliniques choisissent leurs ambulances par appel d’offres, à la place des patients, et en assument directement le coût. Pour pérenniser notre boîte, on est donc obligé d’accepter les prix au rabais. »

Un responsable de Gometz Ambulances (Bures-sur-Yvette), qui a participé à l’une des manifestations, partage l’inquiétude de son confrère évryeen. « On ne pourra pas prendre de contrats dans certains hôpitaux car on n’a pas suffisamment de personnels et de véhicules. Pour répondre à un appel d’offres, il faut travailler jour et nuit, être à la disposition des patients dans la demi-heure. C’est difficile pour une petite société comme la nôtre. Dans ces conditions, on ne peut pas rivaliser avec les grandes entreprises. »

Réunion prévue à la mi-janvier

Si les discussions avec le ministère de la Santé ont été engagées suite aux mobilisations, l’issue demeure en pointillés pour Faad Ilhamy. « Après la mobilisation du lundi 3 décembre, nous avons été reçus par les députés et le ministère de la santé sur les modalités de cette loi qui pénalise beaucoup plus les petites sociétés comme la nôtre. Personnellement, j’ai été déçu par cet entretien, juge-t-il. Le ministère nous a assurés avoir envoyer des inspecteurs auprès des hôpitaux et des cliniques privées pour veiller à ce qu’ils payent les ambulanciers conformément à la loi. Nous avons manifesté trois fois et j’ai l’impression qu’il n’y a pas eu d’avancées concrètes. Pourtant, nous avons fourni au ministère des éléments qui prouvent que certains hôpitaux et cliniques privées ont abusé de l’article 80 à plusieurs reprises. »

Pas question pour autant d’abandonner le bras de fer avec le gouvernement. « Une réunion est prévue le 15 janvier entre la ministre de la Santé et le président de l’Agence départementale des transports sanitaires pour continuer la discussion. » Les ambulanciers peuvent compter sur le soutien des fédérations hospitalières (FEHAP, Fédération hospitalière de France, Fédération de l’hospitalisation privée et Unicancer). « La question des transports dépasse le seul cadre budgétaire et doit être intégrée à une réflexion plus large sur la qualité et l’optimisation des parcours de soins », soulignent les organismes dans un communiqué, appelant à « engager une véritable démarche d’accompagnement pour les établissements afin d’en garantir le succès. »